Sélectionné par Thierry POMEL pour le CSIO 3* de Lisbonne et récent vainqueur du Grand Prix du CSI 3* de Maubeuge, Geoffroy DE COLIGNY fait partie de cette jeune génération de Français qu’il faudra suivre de près. C’est ce qu’a fait Jump’inside en allant à la rencontre de ce jeune talent tricolore …

Peux-tu nous retracer ton parcours ?

« Je suis issu d’une famille d’éleveurs. Nous avons une grosse écurie dans l’Eure. On avait près d’une centaine de chevaux sur site, répartis entre l’élevage, les chevaux de concours, les jeunes chevaux… Il y a également une école d’équitation ; j’étais donc dans un milieu où j’avais toutes les facettes de l’équitation rassemblées dans un seul  et unique lieu. C’est tout naturellement que j’ai été pris par cette passion. Ce qui est étonnant, c’est que je ne suis pas passé par l’étape poneys, je suis directement passé sur de grands chevaux, j’avais d’ailleurs à peine les pieds qui dépassaient des quartiers de la selle sur ces chevaux immenses (rires). Je pense que c’est d’ailleurs ce qui a fait mon caractère de cavalier, et qui m’a appris à m’adapter aux chevaux, à les comprendre, à travailler sur moi… J’ai toujours eu cette manière de m’adapter au cheval et je pense que ça vient vraiment des chevaux que j’ai pu monter très jeune.

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J’ai assez vite fait des championnats jeunes : les poussins, benjamins… C’est ce qui m’a vraiment donné le goût de la compétition, ça m’a donné la gagne, la soif de toujours plus de victoires… Des titres come celui de champion de Normandie, de champion de France, me faisaient rêver. Cela représentait quelque chose pour moi et j’ai vraiment pris goût à ces compétitions là !

En parallèle de tout ça, j’ai commencé dès l’âge de quatorze ans à monter les jeunes chevaux avec des six ans, puis des cinq ans et enfin des quatre ans. J’ai appris ça très tôt, c’est une équitation bien différente car on doit toujours s’adapter un peu au cheval, ne pas trop y toucher, ne pas trop en demander. Ce sont des jeunes chevaux donc les parcours sont juchés d’imprévus contrairement à un cheval bien rodé sur les concours. D’autant que j’en montais beaucoup donc je ne passais pas le temps que j’aurais voulu dessus. J’ai aussi beaucoup monté ‘au pied levé’, ce qui se fait beaucoup moins maintenant. »

Tu as donc toujours été attiré par le haut niveau ?

« Oui complètement, j’allais toujours regarder les vidéos des cavaliers de haut niveau, regarder les compétitions… Le dimanche soir je ne pouvais pas aller dormir sans avoir regardé le Grand Prix qui était diffusé sur Equidia. Pour certains jeunes, c’était jeux vidéos, séries, …  Moi je ne faisais pas cela, c’était toujours haut niveau, haut niveau, haut niveau.

Quand on voyait des parcours de Rodrigo PESSOA et Baloubet du Rouet avec le tempérament du cheval, c’était beau à regarder. Après il y a eu Kévin STAUT qui a été champion d’Europe ! Ce sont des évènements dont on se souviendra toujours, d’autant plus que c’était un jeune cavalier qui arrivait, et c’est toujours marquant. »

Pourquoi avoir quitté l’entreprise familiale ?

« C’était il y a sept ans je crois, car j’étais justement tombé dans un fonctionnement  où on avait beaucoup de chevaux et où la quantité primait au détriment de la qualité, dans mon équitation et mon évolution. De plus, on avait un système financier complexe qui ne me permettait pas de faire du haut niveau. Et il faut se le dire, c’est toujours compliqué de travailler en famille, je sentais bien que je devais prendre un tournant. J’avais des propriétaires qui me suivaient, qui avaient investi pour moi, comme Monsieur REBIFFE qui a été mon premier investisseur. C’était le bon moment pour me lancer, et j’ai en même temps eu la chance de rencontrer Coralie LEDUCQ. Ses parents étaient touchés par notre projet et nous ont donc aidés. On veut tous faire du haut niveau mais savoir allier le côté sportif et le côté chef d’entreprise n’est pas simple, c’est tout le paradoxe de notre sport … « 

Pourquoi avoir décidé de t’installer très jeune à ton compte ?

« Tout s’est fait très vite, j’avais déjà les propriétaires qui me suivaient donc je n’ai jamais eu la crainte de manquer de chevaux. Maintenant je sais qu’on a beaucoup de choses auxquelles on doit penser, et beaucoup de travail. L’association avec Coralie est vraiment précieuse car ce sont beaucoup de responsabilités, d’autant plus que je l’ai fait jeune, mais je ne le regrette pas du tout. Si quelque chose se passe mal en concours je ne peux m’en vouloir qu’à moi-même. Je suis chef d’entreprise, maître de mes décisions, et je gère mes équipes avec Coralie donc j’assume chaque responsabilité en conséquence. »

Comment fonctionne votre haras ?

« Aujourd’hui on fait un tout petit peu d’élevage à raison d’un ou deux poulains par an, toujours dans le soucis de retrouver des bons chevaux à venir avec de bons croisements et les meilleures souches. On a beaucoup de chevaux de propriétaires, qui se décomposent en deux parties, d’abord les propriétaires qui investissent pour moi, pour faire évoluer un cheval ou le vendre au meilleur moment si ceux-ci ne me conviennent pas. J’ai également des propriétaires qui, eux, sont éleveurs, et font donc naitre leurs poulains avant de me les confier pour les former. J’aime aussi beaucoup la facette de la transmission donc je coache quelques cavaliers. On fait aussi du commerce en parallèle, activité que je vais essayer de développer. C’est le nerf de la guerre, ce qui nous permet d’évoluer au niveau des infrastructures notamment. »

Pourquoi cette localisation, à Deauville ?

« J’aime beaucoup la région premièrement, même si ce n’est pas le plus important. Je trouve ça bien que dans cette zone géographique, beaucoup de cavaliers soient concentrés. Cette vision s’est en partie développée grâce au Pôle International  du Cheval de Deauville qui est un peu l’épicentre du secteur de Deauville. Le fait qu’il y ait de grands sportifs ici va permettre qu’il y ait des infrastructures qui se développent autour de ça, comme des selleries, des cliniques, des nouveaux concours… Je vois bien pour mes écuries, ça me permet même d’acheter mes copeaux en commande groupée afin de réduire les frais. Les gens autour de nous pensent et vont penser cheval, une bonne dynamique est en train de se créer. Je trouve que l’autre point fort de cette localisation est la concurrence sur les concours. Que je sois n’importe où en Normandie, je suis toujours confronté aux meilleurs, tout le temps, dans toutes les épreuves. On est toujours dans le vrai et c’est ça qui fait la différence dans notre apprentissage en tant que sportif. »

On te voit souvent très rapide et tout faire pour la victoire. Sont-ce deux traits qui te définissent ?

« Oui c’est exactement ça, c’est vraiment mon tempérament ! Depuis deux années, je me suis beaucoup cherché dans mon équitation, en essayant de repasser par les bases fondamentales parce qu’auparavant je voulais toujours gagner, gagner, et encore gagner. Maintenant je travaille beaucoup avec Bertrand DE BELLABRE qui est très dirigé vers le fonctionnement du cheval, la connaissance de l’animal, et ça m’apporte beaucoup. Il a fallu que j’assimile un peu ça dans mon équitation mais ce sont toutes ces petites charnières qui font la différence sur la piste. Certains chevaux que je monte sont des chevaux que j’ai formés et avec qui j’accède au haut niveau, il n’y a pour moi rien de plus beau que ça. Monter sur un cheval que tu as presque débourré et voir que tout se déroule facilement en piste, avec une belle osmose, c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Donc j’ai ce côté vraiment compétiteur mais aussi un peu formateur. »

Comment vois-tu ton avenir sportif dans les prochains mois ?

« Cette saison, j’ai Sorrento du Plessis qui a récupéré un très bon niveau. Je le monte depuis toujours, c’est une belle histoire qui s’était malheureusement interrompue il y a deux ans après des coliques alors que nous débutions de belles épreuves avec l’équipe de France. Il revient donc maintenant à son top niveau et j’ai hâte d’être au CSIO 3* de Lisbonne avec lui, après son classement dans le Grand Prix de Bonheiden et son sans-faute dans celui du Touquet. »

Obtenir une sélection comme celle que tu viens d’avoir à Lisbonne, est-ce la concrétisation d’un long travail ?

« Oui complètement, surtout pour toute mon équipe et mes propriétaires. C’est très motivant, monsieur et madame VOLKAERT, mes premiers propriétaires avec monsieur REBIFFE, ont leurs premiers chevaux courant des Coupes des nations et c’est très stimulant pour tout le monde ! »

Propos recueillis par Théo FIEFFE. Photo à la Une : Mélanie DENIS.