Après un premier volet présentant comment le Haras de Brullemail est devenu incontournable en France (lire ici), plongeons-nous avec Bernard LE COURTOIS dans l’analyse du marché du cheval et les secrets de la réussite !

Le circuit jeunes chevaux est-il un passage obligé pour accéder au haut niveau ?

« Ce circuit SHF est le meilleur circuit possible à condition de bien l’utiliser en fonction de la maturité de chaque cheval (formation ou qualification / aller ou pas aux finales). On n’est pas obligé d’aller jusqu’aux finales, notamment à quatre et cinq ans. Seuls les étalons ont cette obligation pour des raisons purement commerciales et promotionnelles dans un marché très concurrentiel. »

En quels jeunes chevaux fondez-vous vos espoirs ? À qui les confiez-vous ?

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« Un jeune cheval reste toujours un peu un mystère. Pour certains, on pense que c’est une évidence (parfois à tort ou à raison) et pour d’autres, il est difficile de présager son avenir à haut niveau. J’ai fait naître suivant les époques de dix à vingt cinq poulains par an dont sûrement la moitié des femelles sont restées poulinières sans faire de sport. Maintenant, depuis que j’ai passé les soixante ans, j’ai commencé à « réduire la voilure » en ne produisant plus qu’une dizaine de foals par an, Selle-Français et Pur-Sang. Ce que je peux affirmer en revanche, c’est que parmi mes produits qui ont fait une grande carrière internationale en CSI et aussi en CCI, ceux qui ont le mieux réussi sont souvent ceux dont j’ai maîtrisé la carrière partiellement jusqu’à six ou sept ans et encore plus quand je décidais de les garder pour la reproduction (mâle ou femelle). Quand on vend un poulain très jeune (six mois, deux ou trois ans, voire quatre ans), vous ne pouvez contrôler dans quelles mains bienfaisantes (ou pas) ils vont tomber. Depuis 1988 et jusqu’en 2010, avec les deux dernières générations des « A », j’ai produit ou élevé une bonne quarantaine de gagnants en CSI et CCI dont une douzaine de très haut niveau (CSI 5* ou CCI 3*). Les plus célèbres sont les mâles Alligator Fontaine, Chergar Mail, Fersen Mail, Frascator Mail, Hoggar Mail (champion des six ans) exporté en Argentine, Ikat Mail (champion d’Italie), Jaguar Mail (Sire of The World, cinquième par équipe des Jeux Olympiques de Pékin 2008), Quarto Mail exporté en Espagne, puis Irlande et maintenant USA, les juments Katchina Mail (championne des six ans, quatorzième mondiale 2008, onzième Finale Coupe du Monde de Genève en 2010, vice-championne du Monde par équipe aux Jeux Equestres Mondiaux de Lexington en 2010), Moon Mail exportée en Espagne, Cadeau Z exportée en Irlande, Ornella Mail (quatorzième finale Coupe du Monde à -s’Hertogenbosh en 2012) tous gagnants en France ou à l’étranger en CSI-W, CSIO et CSI 5* et en CCI, Famoso Mail (championnat d’Europe Junior), Jessy Mail (seizième championnat d’Europe Fontainebleau), Risotto Mail (champion de France des sept ans) ou Tresor Mail (Jeux Equestres Mondiaux à Tryon de 2018).

Concernant mes jeunes talents actuellement, j’ai des étalons comme Andain du Thalie*Mail (Calvaro x Polestar Mail x Quick Star) dont je gère la carrière (sans en être propriétaire) qui aborde à huit ans les épreuves 1.50m. Il a le potentiel pour les CSI 5* … à suivre en 2019. Catchar Mail (Diamant de Semilly x Katchina Mail x Calvaro) champion des cinq ans 2017, va aborder les choses sérieuses à sept ans en 2019 avec François-Xavier BOUDANT. Son frère cadet Delstar Mail (Utrillo vd Heffinck x Katchina Mail x Calvaro), champion des quatre ans en 2017, va poursuivre monte et concours l’an prochain avec Grégoire HERCELIN aux Ecuries d’Outremer (50). Chankar Mail (Quidam de Revel x Traviatta Mail x Kannan), étalon un peu tardif comme ses origines le laissaient penser, qui révèle sa qualité à six ans cette année tout en faisant la monte près de Poitiers. J’ai deux autres étalons très bien nés dont j’attendais beaucoup mais qui ont connu chacun un accident de parcours qui a retardé leur progression : ce sont Tygar Mail (Quidam de Revel x Orangeade Mail x Fergar Mail) monté maintenant par Valery BREANT, et Ulgar Mail (Corrado x Elvira Mail x Laudanum ps) avec Armand MALLET. Ils abordent cette année les Grands Prix 1.40m et j’espère encore mieux en 2019. Ils ont le potentiel pour le faire mais avec deux ans de retard. J’ai aussi Baloubar Mail (Baloubet du Rouet x Tosca Mail x Alligator Fontaine) un magnifique et talentueux fils du champion olympique et triple vainqueur de la World Cup. Hélas, Baloubar a eu un grave accident l’an dernier après des débuts plus que prometteurs à quatre et cinq ans avec François-Xavier BOUDANT. On ne sait pas encore s’il pourra reprendre la compétition et en attendant il fait la monte.

J’ai aussi des hongres et juments de quatre, cinq ou six ans au travail. Notamment Dunbar Mail (Utrillo) qui a surement un bon potentiel. C’est le dernier produit de ma jument « base » Elvira Mail (Laudanum ps x Adoret Z x Almé) donc un petit frère des champions Jaguar et Katchina. J’ai vendu une excellente six ans cette année en Espagne, Calukya Mail (Utrillo x Halliga Mail x Alligator Fontaine) sur laquelle j’ai eu un embryon de Catchar avant son départ, comme je l’avais fait l’an dernier avec la bonne Byzance Mail (Iowa x Matahari Mail x Carthago) exportée aux USA à six ans dont j’ai cette année une sublime pouliche de Delstar par transfert d’embryon. J’ai gardé pour l’instant deux juments de quatre et cinq ans, Estella Mail (Utrillo x Anouchka Mail x Quality Touch) une surdouée délicate avec laquelle on prend notre temps (montée par Grégoire HERCELIN) et une cinq ans, talentueuse mais pour l’instant encore un peu émotive, Deauville Mail (Stakkato x Orangeade Mail x Fergar Mail), donc petite fille de Katchina, qui conjugue un peu de compétition et des transferts d’embryons (une sublime pouliche noire d’Andain en 2017 et un embryon d’Utrillo en 2018). L’avenir nous dira lesquels feront du haut niveau ! »

Jaguar Mail … Un étalon maison olympique ! Quelle a été la vie de ce cheval (Laissait-il présager dès son plus jeune âge un tel avenir ?) ?

« Jaguar est issu de trois générations d’étalons mythiques de Brullemail : Hand In Glove – Laudanum Almé. Il est issu d’une souche exceptionnelle, l’une des meilleures du monde. Il a toujours été très doué et dès l’âge de deux ans en liberté, il démontrait des moyens hors normes. Jaguar Mail a été débuté par Bruno COUTUREAU à quatre et cinq ans avec succès aux finales. Pour un grand cheval (1.76m), il était finalement très précoce grâce à son haut degré de sang (75%). À partir de six ans, il a été monté par Patrice DELAVEAU avec beaucoup de réussite (deuxième des étalons de sept ans) puis débutant en CSI 5* à La Baule à huit ans. Il a été loué en Suède en vue des Jeux Olympiques de Pékin à Peter ERIKSSON avec qui il a eu de formidables succès (vice-champion de Suède, cinquième du Grand Prix du CSIO 5* d’Hickstead, septième du Grand Prix du CSIO 5* de Rotterdam, vainqueur du Sire of the World en 2007, cinquième par équipe et finaliste des JO de Pékin dans l’équipe Suédoise…). Ensuite il fut confié trois mois à la junior Margaux ROCUET à l’issue de la monte 2010 et remporta le championnat de France Jeunes Cavaliers. Enfin il fut loué en 2011 au haras du Val Henry pour leur cavalier Ronan LERAT afin qu’il débute en Grand Prix 1.50m. Jaguar a pris sa retraite sportive en 2012. Jaguar est parti en Grande-Bretagne en fin de saison de monte pour deux ans, puis il est parti deux ans en Hollande pour la monte également et reparti en Grande-Bretagne deux ans où il a beaucoup de succès (voisin de boxe d’un certain Big Star). Jaguar revient en France pour la monte 2019 mais je ne sais pas encore où il sera stationné. Sans doute là où il y aura le plus gros potentiel d’éleveurs intéressés ! Jaguar est important dans ma carrière car c’est mon premier cheval « Olympique ». J’espère qu’il y en aura d’autres ! De plus Jaguar a une belle production internationale. Outre tous les cracks que l’on voit en CCE (Tenareze, Takinou d’Hulm, Tresor Mail etc…), Jaguar est numéro deux mondial comme père de gagnants en CCI en 2017. Mais on commence à voir aussi des produits de Jaguar gagner en CSIO, notamment ceux nés en Argentine ou en Suède. À Aix-la-Chapelle en 2018, Westport (Jaguar x Cardento) se classe quatrième du fameux Grand Prix d’Europe ! »

Est-ce le cheval de votre vie ou du moins la plus belle réussite du Haras ?

« J’ai l’incroyable chance d’avoir eu à ce jour plusieurs chevaux que je pourrais considérer comme le « cheval de ma vie », Jaguar fait partie de ceux-là ! J’ai aussi adoré parmi les chevaux que j’ai fait naître certains dont j’ai toujours cru en leur énorme talent comme Chergar Mail (Laudanum x Adoret Z x Almé) que j’avais vendu l’équivalent de 70 000€ à six mois. Ce fut mon premier gagnant en CSIO (deuxième de la Coupe des Nations de Rome avec Philippe ROZIER), puis son frère cadet le sublime Fergar Mail (Laudanum x Adore Z x Almé) vendu une fortune à six ans à Jan TOPS pour le haras La Silla (Mexique). Fersen Mail (Laudanum x UmbrellaMail x Almé), un talentueux poulain gris que je n’ai pas réussi à vendre à un bon professionnel à trois ans et finalement vendu à des amis pour leur fille pure amateure. Heureusement, j’ai gardé un œil sur ce petit cheval doué et quand j’ai vu qu’elle ne s’en sortait pas, je les ai envoyés chez Jérôme HUREL où Fersen a bien débuté avant de passer sous la selle experte de Gilles DE BALANDA et devint gagnant en CSIO. J’ai eu le plaisir de la revoir au CSIO de Dublin plus tard.

Dans ma génération exceptionnelle des «F » de 1993 , j’avais aussi Frascator Mail (Jalisco B x Nighty Fontaine x Dark Tiger ps) qui débuta avec Guillaume BLIN LEBRETON à cinq ans, puis proposé avec Fergar à Eric NAVET qui ne voulut pas le prendre. Frascator alla chez Patrice DELAVEAU à sept ans. Le sort est parfois drôle, Patrice étant à Calgary pendant la Finale des jeunes chevaux à Fontainebleau, il demanda à Eric de le monter au pied levé. Eric NAVET, ne se souvenait pas du cheval, il fut donc surpris quand à la remise des prix du championnat des sept ans où ils terminèrent seconds derrière le véloce Flipper d’Elle, je lui disais qu’il l’avait essayé un an plus tôt ! Frascator fut le premier cheval dont j’étais éleveur-propriétaire qui faisait partie de l’équipe de France de CSIO. Ses faits de gloire furent, entre autres, cinquième du Grand Prix du CSIO de La Baule et vainqueur de la Coupe des Nations du CSIO de Dublin.

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Patrice DELAVEAU et Katchina Mail aux championnats du Monde © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Bien sûr il y a Katchina Mail (Calvaro x Elvira Mail x Laudanum ps) qui est sûrement ma préférée… s’il doit y en avoir une. J’ai consenti de très gros sacrifices financiers pour refuser de la vendre avant les championnats du Monde de Lexington en 2010, mais au bout du chemin une magnifique récompense pour Patrice et nous avec cette médaille d’Argent par équipe et un titre de vice-championne du Monde qui reste dans les annales et gravé dans nos cœurs. De plus elle s’avère une reproductrice hors pair quand on voit le talent de ses deux fils étalons Catchar et Delstar ! Il y a bien sûr également Ornella Mail (Lando x Jenna Mail x Alligator) qui était une impressionnante guerrière. Comme elle faisait figure de star à six ans, j’ai proposé à un ami, Patrick BIZOT, d’en acheter 50% en 2008 et finalement quand Patrice a rencontré les PERRON-PETTE qui voulaient acheter leur premier cheval de haut niveau, il leur conseilla Ornella. Ils en achetèrent d’abord seulement un quart fin 2011. Puis ils investirent dans la moitié de Patrick BIZOT et enfin comme je ne trouvais pas d’intérêt à rester propriétaire du dernier quart, ils me l’ont acheté quelque temps après, je me souviens que c’était lors du Saut Hermès où la jument sautait. En effet, je ne suis pas resté copropriétaire car avec seulement un quart, je n’avais évidemment pas droit au chapitre sur la gestion de sa carrière et j’avais autant de plaisir à aller la voir gagner en concours en tant qu’éleveur. De plus, la part restante valait tout de même beaucoup d’argent. Je dois dire qu’ils m’ont épaté quand ils m’ont fait l’offre pour cette dernière part. Compte tenu qu’en un an la jument avait franchi un cap en CSI 5*, ils ont doublé le prix de base sur lequel l’estimation était faite pour ce dernier quart. Évidement je connais peu de gens (même fortunés) qui aurait eu ce même fairplay ! C’était une vraie preuve d’amitié. Cette année, huit ans après la participation au JEM de Lexington de Katchina avec Patrice en 2010, c’est au tour de Tresor d’être sélectionné pour les JEM de Tryon 2018 avec Sidney DUFRESNE. J’espère qu’ils auront également une belle réussite. »

Éric NAVET, Pénélope LEPRÉVOST, Patrice DELAVEAU, trois palmarès étoffés avec une équitation assez similaire car légère et en équilibre… Sont-ils des critères que vous recherchez chez un cavalier à qui vous confiez vos chevaux ?

« Ce sont trois cavaliers exceptionnels même s’ils n’ont ni les mêmes tempéraments, ni les mêmes techniques de travail. Je les ai croisés à différentes étapes de ma vie d’éleveur-propriétaire. Vous auriez pu citer aussi Michel ROBERT ou Olivier GUILLON parmi les cavaliers français de très haut niveau avec qui j’ai eu l’occasion de collaborer. Mais il y a eu aussi le grand champion suédois Peter ERIKSONN qui a monté Jaguar aux Jeux Olympiques de Pékin. Il se trouve que j’ai confié effectivement des chevaux aux trois cavaliers que vous citez. J’ai confié des chevaux à Pénélope LEPRÉVOST quand elle débutait. Elle a fait, me semble-t-il, ses premiers Grands Prix avec Alligator puis Hoggar Mail. Depuis, évidemment son équitation a beaucoup évolué. Elle est devenue une star mondiale. Et Eric NAVET a remporté beaucoup d’épreuves internationales avec Alligator Fontaine (parfois deux épreuves courues, deux victoires par concours !) et le titre de champion de France en 1999. Il est arrivé dans son piquet au bon moment. Eric est un grand champion, très méticuleux, méthodique, aimable mais pas très communiquant. Mais j’ai beaucoup aimé travaillé avec lui. On a fait évidemment beaucoup de concours ensemble.

Patrice DELAVEAU a monté mes chevaux pendant plus de dix ans et des Mail plus de quinze ans. Les débuts ont été un peu compliqués au niveau de la communication mais son épouse Sabrine nous a beaucoup aidés et assez vite les choses sont devenues faciles et agréables. C’est un type tellement doué. Quand il est dans un bon jour, il peut tout rafler. Ce que j’aime par dessus tout chez lui (contrairement à d’autres dont je connais bien les méthodes coercitives), c’est qu’il aime ses chevaux. C’est un Homme de cheval. C’est le meilleur compliment que je puisse lui faire. Pourtant avec Katchina et Ornella je ne lui ai pas confié les plus simples. Mais il les a de suite adorées et la complicité a été immédiate. Toutes ces années ont été formidables, que de souvenirs inoubliables. Même si l’on ne rajeunit pas l’un et l’autre, peut-être y aura-t-il d’autres collaborations avec Patrice ! »

Katchina et Ornella laissaient-elles présager de telles capacités lorsqu’elles étaient encore pouliches ?

« Ce sont deux juments qui ont toujours eu une très forte personnalité. Pour concevoir le croisement de Katchina, je cherchais un étalon avec de la taille et de la force pour croiser avec Elvira, typiquement Laudanum, très facile mais dont les moyens à l’obstacle étaient difficiles à évaluer à quatre ans. Comme je lançais en France la carrière de l’étalon Calvaro qui avait le profil recherché, le mariage fut fait avec succès. Katchina était une « extra-terrestre » puisque née Licorne (on a du enlever cette corne grosse comme le pouce au milieu du front le jour de sa naissance !). Et dès l’âge de deux ans, à l’obstacle en liberté c’était aussi une extra-terrestre. Une surdouée comme j’en ai rarement vu. Mais son apprentissage fut un peu compliqué malgré le très bon travail de Gilles WILLEMANN et Fabien DARRICAU à quatre et cinq ans et peu de cavaliers ont cru en elle jeune à cause de son tempérament à la fois violent et flegmatique au travail à la maison. Elle fut essayée par Eric LOURADOUR , Michel HECART, Hubert BOURDY et Marie PELLEGRIN… sans succès ! Finalement tant mieux, comme cela je l’ai gardée ! De plus, s’ils ne l’aimaient pas, ils n’auraient pas pu la comprendre et s’entendre avec elle comme l’a fait Patrice.

Notre premier grand souvenir en concours a été la victoire au Championnat et au Criterium des six ans en 2004. Quelle émotion ! Elle a battu les mâles dans le championnat des jeunes chevaux et le criterium (depuis, les championnats sont séparés). La veille, le mâle en tête était Quaprice Bois Margot qui avait un point de plus à la NEP. Je me souviens que son propriétaire était venu me voir pour me suggérer de croiser Katchina avec le futur champion des six ans ! Je lui ai répondu que le championnat se finalisait le lendemain et que n’avions pas dit notre dernier mot. Il faisait 35 degrés, Patrice avait promené Katchina dans la forêt de Fontainebleau au frais pendant que Nicolas DELMOTTE s’escrimait sur Quaprice au paddock pour le rendre plus respectueux. Le cheval vengeur s’en souvint et fit vingt points dans la finale. Katchina fut double sans-faute et la plus rapide au barrage. C’est elle qui fut championne ! Par la suite j’ai toujours refusé les offres que l’on me faisait pour aller jusqu’au bout de notre histoire à trois. Patrice, qui ne parle pas anglais couramment, savait tout de même répondre « not for sale » quand un cavalier des Émirats s’est approché pour lui dire qu’il voulait l’acheter (et non lui demander si elle était à vendre !). La médaille d’Argent du championnat du Monde de Lexington avec l’équipe de France en a été l’aboutissement heureux. Merci aux jeunes cavaliers qui l’ont débutée avec patience à quatre et cinq ans avant que la jument se révèle avec Patrice pour devenir la grande championne qu’elle a été.

Pour concevoir Ornella je cherchais un étalon de petite taille et très souple pour croiser avec Jenna Mail (Alligator x Galoubet), une très grande jument, pleine de force mais très rigide que peu de cavaliers ont aimé à part celui qui l’a débuté, Bruno COUTUREAU. Comme je venais de signer un contrat avec Paul SCHOCKEMOHLE, propriétaire du récent vice-champion Olympique de Sidney, Lando, pour le diffuser en France, c’est lui que j’ai choisi. Le croisement a fonctionné à merveille même si elle hérita aussi du fort tempérament de son père ! Concernant Ornella, il m’a fallu un peu plus de temps pour me rendre compte qu’elle allait être exceptionnelle. C’est durant l’été de son année de trois ans qu’elle a montré tout son talent à l’obstacle en liberté. Ronan LERAT qui l’a débutée à quatre et cinq ans m’a incité à la garder mais il en a bavé ! Par la suite, il a fallu toute la patience et le flegme de Patrice pour la comprendre sans la brusquer. Cela dit l’entente fut immédiate (même si le premier jour quand il a mis la jambe un peu plus fort, elle s’est arrêtée, retournée et lui a mordu le pied !). Ils ont fait un couple formidable et très spectaculaire pendant de nombreuses années. J’aime revoir ses deux victoires dans le Derby de La Baule ou celle des Six Barres du CSI de Genève par exemple. Ce sont bien sûr les deux juments qui ont marqué ma carrière d’éleveur et de propriétaire, pour l’instant. J’espère qu’il y en aura d’autres à venir.

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Ornella Mail passant 2.12m lors de la puissance de Genève ! © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Sur le plan de la reproduction, Ornella ne m’avait donné qu’un seul poulain de Quite Easy (qui est mort à deux mois). Ensuite mon copropriétaire, Patrick BIZOT, mal conseillé, m’a demandé de ne pas faire de transfert d’embryon pendant sa carrière sportive. Puis elle fut vendue. J’ai d’autres juments de cette souche maternelle, nièces ou cousines. Quant à Katchina,elle a eu cinq pouliches par transfert d’embryons pendant sa carrière sportive dont trois sont encore poulinières à Brullemail avec elle. Puis l’année de sa retraite sportive (2012), elle eut son premier fils, le jeune et puissant champion Catchar Mail, fils du champion du Monde Diamant de Semilly. L’année suivante, elle eut aussi un mâle de notre étalon vedette Ultrillo vd Heffinck (Clinton x Heartbreaker), c’est le ravissant champion Delstar Mail. Puis en 2014, Katchina eut la même année quatre poulains : Elysa Mail (Utrillo) vendue foal à Valérie ALLIX (haras de Pleville) et qui est finaliste des quatre ans cette année, une pouliche avec un fort potentiel d’avenir. Puis la sublime Eluna Mail (Numéro Uno) vendue foal lors de la vente Big Apple Deauville 2014 et exportée en Colombie. La ravissante Ekita Mail (Quality Touch) vendue cette année à quatre ans et le puissant hongre bai Evestar Mail (Quality Touch), confié à Armand MALLET pour débuter sa formation.

En 2015, Katchina a eu Fedora Mail (Stakkato), pouliche alezane aussi ravissante que douée que nous avons vendue avec un contrat nous donnant la possibilité d’avoir un embryon. Après une pose, Katchina a repris du collier pour nous donner trois foals en 2017 : Hanisha Mail, une exceptionnelle fille de Diamant, une princesse propre sœur de Catchar. Halvar Mail (Baloubar Mail) un mâle bai foncé, gravure de mode comme un Pur-sang qui fut champion régional des foals l’an dernier. La petite dernière née plus tard en saison, Haviva Mail (Kannan), pas la plus jolie du lot de yearlings … mais qui sait avec ce « papier » exceptionnel ! Katchina en 2018 attend à nouveau un foal d’Ultrillo (qui sera propre frère ou sœur de Delstar) toujours par transfert d’embryon. Elle a vingt ans cette année. »