Grand Prix Coupe du Monde de Bordeaux en février, Longines Paris Eiffel Jumping en juillet et Grand Prix Coupe du Monde de Londres en décembre. En moins d’un an, Julien EPAILLARD remporte trois Grands Prix CSI 5* avec trois chevaux différents. Après sa récente victoire à Londres, le cavalier de quarante ans fait un point avec nous sur une année exceptionnelle !

Un mot sur votre victoire dans l’étape Coupe du Monde de Londres, trente-deux ans après Pierre DURAND et Jappeloup ?

« Je suis très fier c’est vraiment une belle victoire. Il est vrai que venir taquiner les Anglais chez eux n’est jamais quelque chose de facile, on sait qu’ils aiment être performants dans leur pays donc je suis très fier d’avoir gagné à Londres. »

Vous êtes-vous rendu compte de la difficulté du parcours dès la reconnaissance ?

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« Oui, c’était vraiment très technique, très délicat, très long. Il y avait des fautes à faire un peu partout mais des bonnes fautes. Le triple par exemple n’a pas vraiment donné de faute, ce n’est pas là qu’il y en a eu plus : on a vu des barres tomber en début de parcours, sur le vertical numéro huit et le dernier double également, donc les fautes étaient surtout sur des verticaux. On n’a pas vu de gros scratchs. Le parcours était vraiment délicat, il fallait anticiper toutes les difficultés techniques, avoir un cheval disponible et vraiment en bonne condition pour tenir la longueur parce qu’il n’y avait pas exactement le temps de souffler. La hauteur était de 1.60m donc c’était quand même difficile et il faut ajouter à cela que la piste n’est pas très grande ici à Londres, je pense qu’elle est plus petite que celle des Longines Masters de Paris : tout venait assez vite. »

Vous avez remporté trois Grands Prix 5* avec trois chevaux différents cette année. Comment pouvez-vous expliquer ce succès cette année ?

« Je n’ai pas fait une très bonne saison l’an dernier, j’avais de bons chevaux mais ça ne passait pas. J’ai donc fait une grosse remise en question l’hiver passé : j’ai commencé à prendre un entraîneur, revoir un peu mon système, ma façon de fonctionner. Je dois dire que cette année on a vu les résultats et c’était l’objectif. Je pense que j’avais besoin de me remettre en question dans ma façon de travailler et dans ma vision des choses. De plus, je pense qu’aujourd’hui le fait d’avoir gagné Bordeaux en début d’année m’a aussi mis en confiance : j’ai vu que c’était possible, que c’était faisable de gagner des CSI 5* et qu’il fallait donc prendre le problème dans le bon sens. J’ai aussi une vraie bonne écurie : il est sûr que faire du 5* avec des chevaux de 5* est quelque chose de plus facile à faire qu’avec des chevaux de 3*. Je pense globalement que ce succès est dû à un ensemble de choses : la remise en question et la qualité des chevaux, c’est tout cela qui a fait que cette année, j’ai eu une bonne saison. »

Pouvez-vous nous parler de vos trois chevaux de tête, Quatrin de la Roque*LM, Usual Suspect d’Auge et Toupie de la Roque ?

« Quatrin vient de la famille HÉCART, qui m’avait confié le cheval parce que nous travaillons de temps en temps ensemble. Ils me l’avaient confié et comme ça a tout de suite bien été, mon sponsor La Laiterie de Montaigu et moi étions très intéressés par le cheval : nous avons donc décidé d’en acheter la moitié chacun. C’est un cheval que j’aime beaucoup et qui va reprendre du service dans pas longtemps. Je lui avais laissé un bon break parce qu’il était un peu fatigué cet été, mais c’est un super cheval qui va prendre quatorze ans et je pense qu’il a encore quelques années devant lui.

Usual Suspect est un cheval de notre élevage, avec mon épouse, donc c’est génial de gagner un Grand Prix 5* avec. Il n’a que neuf ans donc de même, j’essaie de le gérer un petit peu : ne pas toujours le mettre dans les Grands Prix, ne pas toujours essayer de le mettre à l’effort pour quand même faire en sorte qu’il ait une carrière intéressante.

Toupie m’a été confiée aussi vers le mois de mars par la famille HÉCART et elle leur appartient toujours. C’est une jument qui est vraiment exceptionnelle, j’ai réellement de la chance de l’avoir dans mes boxes aujourd’hui. On sentait déjà dernièrement que je n’étais pas loin du but avec elle : elle est cinquième au concours de Maastricht, deuxième à Rouen en 4*, on a fait quatre points à Paris mais je sentais qu’elle n’allait pas tarder à passer dans un Grand Prix 5* et il manquait des petits détails. Elle a vraiment été formidable dans le Grand Prix Coupe du Monde de Londres, c’est une jument avec une qualité assez rare. »

julien epaillard toupie de la roque la baule
© Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com

Est-ce que vous auriez pu imaginer gagner TROIS GrandS Prix 5* lors de la même année ?

« On ne fait jamais vraiment de pronostiques en début de l’année, mais c’est vrai en tout cas que j’avais les chevaux pour le faire. Il fallait que mon fonctionnement, mon système évolue par rapport à l’année 2016 et j’ai travaillé pour. Maintenant j’espérais des résultats mais bon ce n’est jamais écrit d’avance, mais je savais que j’avais les chevaux pour le faire et j’espérais que ça passe cette année ! Je suis satisfait au quotidien, travailler avec les chevaux, faire le métier que j’aime, le sport que j’aime. »

Comment voyez-vous la suite de votre saison Coupe du Monde ?

« Avec cette victoire j’ai maintenant vingt-huit points au classement général provisoire de ce circuit, il faudrait que j’en prenne environ une douzaine espérer me qualifier pour la finale à Paris Bercy donc je vais encore monter à Malines et Bordeaux. On fera le point après Malines et peut-être que j’aurai besoin d’aller à Leipzig mais cela va dépendre un petit peu du concours belge en cette fin d’année. J’y suis d’ailleurs déjà allé mais cela fait longtemps maintenant. J’aimerais bien me qualifier pour la finale française mais on verra vraiment au moment venu. Je pense que Toupie est une jument qui est capable de sauter une finale Coupe du Monde donc je vais en tout cas essayer d’y aller mais il y a encore des points à prendre et le saut d’obstacles n’est pas une science exacte. »

Avez-vous pensé à partir aux Etats-Unis pour la circuit hivernal ?

« Non parce qu’à la base je ne savais pas trop comment Toupie allait évoluer en indoor, car c’est une jument qui avait surtout sauté à l’extérieur et qui a fait son premier indoor cette année. Elle n’avait jamais sauté à l’intérieur avant donc j’étais un tout petit peu dans le doute là-dessus. J’ai deux très bons chevaux de neuf ans, Usual Suspect et Instit de Jucaso mais il est encore trop tôt pour aller faire une finale Coupe du Monde avec eux. C’est pareil pour Quatrin à qui j’ai donné un bon break donc ce n’est pas dans le programme de faire une finale Coupe du Monde. Tout s’est un peu fait au fur et à mesure, je me suis dit que j’allais faire un peu les Coupes du Monde là où je pouvais aller et à la base la finale n’était pas un objectif du tout. C’est vrai que maintenant en voyant que Toupie saute aussi bien en indoor, je me dis que la jument aura onze ans l’année prochaine et qu’elle aura la maturité pour la faire et donc je vais essayer de m’y qualifier. »

Comment conciliez-vous concours et fêtes de fin d’année ?

« On arrive quand même à passer Noël en famille et le jour de l’an avec les amis. Après, il faut garder en tête que l’objectif est la finale Coupe du Monde. Les concours ont ces dates-là et ça ne me dérange pas de ne pas arrêter, et de toute façon maintenant on ne s’arrête jamais. Ce qu’il faut c’est donner un break aux chevaux quand il y en a qui sont en forme et d’autres un peu moins. Quand on sent que certains chevaux fatiguent un petit peu, il faut pouvoir les laisser de côté pour qu’ils puissent vraiment se refaire une santé et en avoir d’autres en face qui soient compétitifs. C’est ce que j’ai fait cette année : Quatrin est resté au repos depuis le mois de juillet et il va reprendre au début d’année les concours, et j’ai également laissé une pause à Cristallo. J’ai accordé un petit break à Toupie qui avait fait directement La Baule, St Tropez et Cannes qui sont trois concours CSI 5*. Je l’ai sentie baisser un petit peu le pied et j’ai donc voulu lui donner un petit peu d’air et recommencer sur des petits concours. On essaie maintenant d’accorder des pauses quand on sent que les chevaux fatiguent un peu et pas juste en hiver. Il faut arriver à sentir quand les performances baissent et les arrêter au bon moment. Mes choix de concours se font donc en conséquence du ressenti que j’ai de mes chevaux, quand ils ont besoin d’un peu de vacances ou pas. »

cristallo a lm julien epaillard longines masters paris
© Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com

Pouvez-vous nous parler un peu de votre élevage ?

« Nous sommes installés en Normandie à côté de Lisieux. Mon épouse et moi avons commencé l’élevage il y a une quinzaine d’années et nous commençons à avoir des chevaux intéressants qui sortent. On a eu Safari d’Auge qui est un cheval qui a fait déjà du bon niveau, et on a pas mal de jeunes chevaux qui arrivent. Nous commençons maintenant à avoir un petit peu d’expérience, à connaître nos mères, à savoir comment les croiser, à savoir celles qui produisent bien, celles qui produisent moins bien et nous essayons d’avancer avec cela et de produire le mieux possible. J’ai un cavalier pour les jeunes chevaux et nous avons toute une équipe à la maison afin d’essayer ensemble de les faire évoluer pour les amener au plus haut niveau.

L’élevage m’intéresse beaucoup et je pense que lorsque j’arrêterai de monter ça sera quelque chose qui me fera garder une réelle relation avec les chevaux. Les voir évoluer est quelque chose que j’ai toujours aimé, essayer de les cerner, de les comprendre, voir quel travail il faut adapter pour tel ou tel cheval pour savoir comment les faire progresser… A mon avis, quand j’arrêterai de monter je serai vraiment content d’avoir l’élevage et je pourrai m’en occuper à fond. »

Quel est votre programme pour l’année prochaine ?

« On en n’est pas encore là, j’ai deux chevaux de neuf ans qui vont avoir dix ans l’année prochaine et qui manquent encore un petit peu de métier. Avec Toupie nous allons déjà essayer de commencer à nous qualifier pour la finale et nous verrons après pour le reste. Les Jeux Équestres Mondiaux sont encore loin, il faut tout faire étape par étape.

Je ne sais pas encore si je me rendrai aux prochains Longines Masters à Hong-Kong en février, je n’ai pas encore fait mon programme pour le début de l’année prochaine. Je vais déjà faire Malines et après cela va dépendre un peu de mes chances de qualification pour la finale CDM. L’année prochaine j’ai aussi une équipe dans le circuit de la Global Champions League donc le programme est assez chargé pour et par conséquent je n’ai pas encore pris ma décision. Je ferai le point en début d’année et établirai mon programme en fonction de la possibilité que je peux avoir d’aller en finale Coupe du Monde pour commencer, voir les chevaux qui sont en forme, ceux qui le sont moins, si j’en garde certains au travail ou si j’en arrête d’autres et au regard de tout cela je verrai pour la suite de ma saison. »

Y a-t-il une bonne ambiance entre les cavaliers français ?

« Bien sûr, nous nous connaissons tous et nous sommes tous amis ! Dimanche soir mes coéquipiers étaient super contents que je gagne, nous sommes tous allés dîner ensemble et ils ont fêté ça vraiment avec le sourire. Il y a une super ambiance entre les Français ! »

Vos parents pensaient-ils que vous arriveriez un jour à ce niveau ?

« Mes parents avaient un centre équestre donc je suis né dans les chevaux et depuis que je suis jeune souhaite devenir cavalier professionnel, ça coulait de source. Je ne sais pas s’ils se doutaient que j’arriverais à ce niveau mais ils ont tout fait pour me former et me donner les chances d’y arriver. Ils ont vu que j’aimais ça et que j’avais envie de travailler donc ils ont essayé de mettre toutes les chances de mon côté pour que je réussisse. »

Un mot sur la récente élection de Kévin STAUT à la présidence de l’IJRC ?

« Je pense que c’est très bien, c’est quelqu’un qui est un meneur et qui en plus fais partie de l’équipe de France. Il est pour nous quelqu’un de très important en France, qui apporte beaucoup à l’équitation et qui veut aussi apporter aux cavaliers. C’est très bien qu’il soit devenu président et à mon avis il va faire ça de très bonne manière, de façon très posée et très réfléchie comme la personne qu’il est. »

Il parait que vous aimez également le motocross.

« Il n’y a pas de relation avec l’animal mais c’est vrai qu’il y a des sensations de virage et de saut d’obstacles qui sont assez ressemblantes. J’en ai fait quand j’étais plus jeune, maintenant il est vrai que j’ai beaucoup moins le temps d’en faire. De temps en temps je pars un petit peu en balade dans les chemins mais ce n’est plus du tout le même rythme que j’avais auparavant. J’ai fait quelques compétitions régionales quand j’avais une quinzaine d’années, jusqu’à mes dix-huit-vingt ans. J’en faisais de temps en temps quand j’avais un programme de concours moins chargé qu’à présent, c’est-à-dire que lorsque j’avais un week-end de libre j’allais faire une petite course de moto. Maintenant c’est juste pour m’entretenir un petit peu, faire une balade et c’est vraiment un loisir. J’en fais surtout pour me libérer la tête un petit peu quand j’ai envie de me changer les idées, c’est quelque chose qui me fait vraiment beaucoup de bien. »

Un cheval que vous admirez sur le circuit ?

« J’aime bien regarder Simon DELESTRE et Hermès Ryan des Hayettes, ils réalisent des parcours assez extraordinaires ! Un petit cheval comme ça qui saute comme il le fait c’est sympa. Je pense que c’est un petit peu le couple du moment qui vraiment ne loupe pas grand-chose et j’adore les regarder sauter. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.