L’hiver arrive à grands pas et vous vous apprêtez sans doute, si ce n’est déjà fait, à tondre votre monture. Mais est-ce vraiment nécessaire ? À l’heure où le bien-être animal n’a jamais été autant au cœur de l’actualité, nous nous sommes intéressés ce mois-ci à l’un de ces thèmes. Jean-Luc MOURIER, cavalier international de saut d’obstacles, et Maud LIGOUZAT, groom du champion olympique Philippe ROZIER, répondent à la Question du mois !

Jean-Luc MOURIER« Lorsque j’ai commencé à cheval, il y a plus de vingt-cinq ans, j’ai appris à monter avec un cavalier Suisse-Allemand qui ne tondait pas ses chevaux. C’était avec un sportif d’un certain niveau puisqu’il avait été pré-sélectionné pour les Jeux Olympiques avec la Suisse. Il avait une approche très naturelle de la gestion de ses chevaux. Ces derniers ne voyaient jamais d’ostéopathe non plus. Il disait que lorsque nous mettions les chevaux au paddock et qu’ils se roulaient, c’était leur ostéopathie. Il disait également que le poil était là pour les protéger. Même s’ils étaient trempés l’hiver et qu’ils n’étaient pas dégraissés entièrement, les gouttes de sueur s’écoulaient jusqu’à l’extrémité du poil sans que cela pose problème. Je me rappelle très bien que les chevaux transpiraient beaucoup en hiver après le travail, ce qui est normal. Nous les bouchonnions ensuite avec de la paille pour pas qu’ils prennent froid. Il s’agissait donc d’une approche bien différente de celle que nous voyons aujourd’hui.

À l’état naturel, lorsque les chevaux sont poursuivis par un prédateur et qu’ils doivent galoper pendant des kilomètres pour sauver leur vie, ce n’est pas parce qu’ils ont du poil qu’ils ne vont pas s’en sortir. Certes, après cette course ils sont trempés mais ils sèchent sans tomber malade. Et cela même dans des pays froids. Je trouve l’exemple des chevaux qui vivent au pré intéressant. Lorsqu’il pleut ou qu’il neige, ces derniers ne vont pas se mettre sous l’abri. Ils n’y vont que quand il y a du vent ou trop de soleil. Ils n’ont aucun problème avec le fait d’être mouillés, ils sont faits pour vivre dehors.

Je pense avant tout qu’il ne faut pas tomber dans l’excès en les sur-protégeant tout le temps. Nous voyons régulièrement des personnes qui mettent trois, voire quatre couvertures, avec des chevaux qui transpirent dessous. Je ne pense pas que ce soit la meilleure des solutions et que les chevaux soient heureux. Quand les cavaliers font cela, ils pensent bien faire, mais il s’agit malheureusement d’anthropomorphisme. Ce n’est pas rare de voir des chevaux coucher les oreilles lorsque nous les couvrons, alors que nous ne leur faisons pas de mal. Ce n’est pas une réaction de douleur, mais juste qu’ils n’aiment pas être couverts. Il y en a même qui arrachent leur couverture… Donc rien qu’avec ces comportements, on peut se dire que ce n’est pas confortable pour eux. Il est important de se poser la question de ce qui est le plus agréable et le plus logique pour ces animaux. Les cavaliers devraient être un peu plus sensibilisés à l’éthologie, afin de savoir comment un cheval fonctionne, vit normalement, qu’est ce qui peut le rassurer, le rendre « heureux ». Heureux entre guillemets car je ne sais pas s’ils sont vraiment heureux. Nous pouvons cependant faire en sorte qu’ils soient apaisés et rassurés. À mon sens, tout cela devrait être la base de tous les cavaliers. J’aime beaucoup cette science-là.

Lorsque nous sommes en compétition tous les week-ends, je dois dire que nous sommes un peu plus obligés de rentrer dans le cadre et présenter des chevaux toilettés, tressés… Le cheval comme Barbie en quelque sorte (rires) ! Vous vous faites en effet plus remarquer si vous vous présentez avec un cheval poilu. La tonte est un moyen permettant avant tout de simplifier le travail. Nos chevaux qui font les grosses épreuves sont tondus davantage que les autres. Ces derniers, moins mis en lumière, bénéficient d’une tonte de chasse afin de laisser un maximum de poil et éviter le plus possible de les couvrir. Nous avons remarqué que les chevaux que nous tondions entièrement, surtout au niveau des membres, pouvaient attraper plus facilement des croûtes ou des gales de boue au paddock l’hiver. Nous essayons le plus possible de ne pas tondre les tendons, paturons et fanons. Nous positionnons une guêtre pour pouvoir tondre autour de celle-ci. Depuis, nous avons moins de soucis à ce niveau-là, étant donné que nos chevaux sortent beaucoup au paddock.« 

Maud LIGOUZAT : « Tondre les chevaux : oui. Dans notre sport, ils transpirent beaucoup et l’épaisseur de poil qu’ils ont à l’état naturel ne permet pas de les faire sécher rapidement. Il s’agit avant tout d’une raison pratique afin d’éviter qu’ils attrapent froid. Il y a aussi une raison esthétique. C’est quand même plus joli d’avoir un cheval tondu. Les chevaux de Philippe ROZIER sont tellement habitués à être tondu que ce n’est pas un problème. Ils sont routinés, donc ils n’ont pas peur du bruit, des vibrations ou autres. Cependant, il y a des chevaux qui peuvent être sensibles donc il faut prendre ses précautions. Ils sont cependant très intelligents, lorsqu’ils comprennent que la tondeuse n’est pas un moment de douleur, ils restent calmes.

Chez Philippe, les chevaux sont tondus entièrement toutes les trois à quatre semaines. Nous laissons juste une zone de poils au niveau du garrot, zone communément appelée « padd de garrot ». Avec le tapis, l’amortisseur, la selle… il est intéressant de garder une zone de protection à ce niveau-là. La peau du garrot est très fine. Comme il s’agit d’une partie qui est beaucoup moins exposées aux problèmes de peau, contrairement aux membres avec les gales de boue par exemple, il est moins dérangeant de ne pas la tondre. Tondre permet d’avoir une vue plus dégagée sur les zones propices aux blessures, aux inflammations… La première chose que nous réalisons d’ailleurs lorsque le cheval présente une croûte ou autres, c’est de tondre. Cela, afin de voir l’ampleur des dégâts. Si le poil est trop épais, il va cacher la zone impactées, les problèmes de peau et que sais-je. Nous pouvons passer à côté durant les premiers jours et cela peut ensuite s’empirer. Je préfère tondre, regarder, soigner et assainir la peau en la libérant du poil. Nous avons également besoin d’avoir des chevaux avec un poil fin pour optimiser leur préparation et leur récupération. Ils sont en effet massés avec des gels durant ces moments-là. Une trop grande quantité de poil trop rendrait la tâche plus difficile.

Ce qu’il me semble important, pour avoir tondu un cheval il n’y a pas longtemps, c’est d’y aller petit à petit. J’étais dans une situation lors d’une étape pour aller sur un concours, où des propriétaires n’arrivaient pas à tondre leur jument. Ils se reconnaîtront peut-être d’ailleurs (rires) ! Ils m’ont fait un portrait de leur cheval, en soulignant le fait qu’ils soient tout le temps obligés de la sédater. Cette jument en question, j’ai réussi à la tondre de A à Z sans le moindre problème. Il faut vraiment y aller par étapes, faire attention aux réactions mais sans sur réagir, récompenser, occuper autrement, vérifier la température de la tondeuse… Il est cependant évident que cet acte peut vraiment être traumatisant. Pour certains chevaux, il s’agit d’un drame dès qu’ils entendent le bruit de la tondeuse. Ils peuvent avoir des réactions violentes. La sédation peut-être préconisée pour ne prendre aucun risque, mais il faut se faire accompagner d’un vétérinaire. Il y a des chevaux qui peuvent réagir encore plus fort, ou qui luttent contre le produit.« 

Propos recueillis par Raphael GARBOUJ. Photo à la Une : Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE