Tout juste âgée de dix-sept ans et pourtant déjà de nombreux titres en catégories Poneys et Children, Jeanne SADRAN continue sa réussite sur le circuit chevaux. Dernièrement, elle a fait parler d’elle en participant à son premier CSI 5* au Qatar… Rencontre avec une jeune cavalière pleine de talent et d’ambitions.

Tu es passée par le circuit des poneys, peux-tu nous dire ce qu’il t’a apporté, maintenant que tu es bien installée à cheval ?

« Les poneys c’est une chouette expérience à vivre dans une carrière de cavalière, notamment grâce aux CSI. On a pu faire de très beaux concours tels que Bordeaux ou encore Lyon et cela permet d’engranger, dès très jeune, de l’expérience. Dorénavant, c’est ma petite sœur (Louise SADRAN, ndlr) qui fait du poney donc je suis toujours cela, mais d’un peu plus loin qu’auparavant. Sportivement parlant, je ne vois pas une grande différence entre poney et cheval, cependant la mentalité est quand même assez différente. De même, le niveau est plus difficile chez les chevaux malgré le cadre quasiment identique à celui du circuit poney. »

Ton père A fondé l’écurie Chev’el, où tu montes avec ta sœur Louise, Maëlle MARTIN mais également Nina MALLEVAEY et Mathis BURNOUF, comment fonctionne cette écurie ? Quel rôle tiens-tu ?

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« Il s’agit d’une écurie basée à environ quinze minutes de Toulouse. Il y a tout d’abord Maëlle qui est là depuis quelques mois et qui possède son piquet de chevaux, tout comme Mathis et Nina. Pour tous les trois, le fonctionnement est un peu différent de Louise et moi puisqu’ils y travaillent et y passent donc toute leur journée. Louise et moi sommes toujours à l’école et passons donc moins de temps aux écuries, on n’y est que le soir après les cours. Mais l’idée était vraiment de faire une véritable équipe dans ce sport qui est plutôt individuel et ainsi le rendre plus collectif. Sur les concours, on part tous ensemble. À côté de ça, on a Eric LOURADOUR qui nous entraîne en concours et à l’obstacle, qui vient deux fois par semaine à la maison. On a également Bertrand POISSON qui vient trois jours par mois pour nous faire travailler sur le plat. L’objectif est évidemment d’atteindre le plus haut niveau que l’on puisse, après il y a tellement d’obstacles et d’imprévus qu’il est difficile à l’heure d’aujourd’hui de prévoir ce que l’on va faire dans le futur, mais évidemment notre objectif commun est d’atteindre le haut niveau et d’y rester. »

Tu as récupéré des chevaux d’une grande qualité… l’arrivée à haut niveau est pour bientôt ?

 » À ce jour j’ai toujours mes deux chevaux que j’ai depuis deux ans que sont Une Pêche et AD Reflet d’Azif qui sautent tous les deux 1.45m, et après j’ai « Fifou » (Unforgettable Damvil) que j’ai récupéré l’année dernière qui m’a accompagné à Doha dernièrement (en sortant à quatre points d’une épreuve à 1.50m, ndlr). J’ai également depuis environ deux mois une nouvelle jument, Satisfaction, avec qui je me mets gentiment et qui est excellente, mais assez sanguine et délicate. Enfin, j’ai une sept ans avec qui je n’ai pas encore concouru, Cristana avec qui je m’entends très bien donc ça devrait être plutôt bien pour l’avenir. Cependant pour l’arrivée à haut niveau, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Il faut que je me remette les pieds sur terre, car Doha c’était incroyable, mais il faut d’abord que j’apprenne à gagner bien et régulièrement les CSI 2* et être vraiment performante tous les week-ends dans les épreuves comptant pour le classement mondial. C’est plutôt cela mon objectif à l’heure d’aujourd’hui. Il faut que je gagne sur 1.45m plus régulièrement et surtout que j’amène mes quatre chevaux à ce niveau afin de pouvoir tourner et durer le plus longtemps dans leur carrière sportive. »

Tu as justement fait il y a quelques jours ton premier CSI 5*, dingue non ?

« C’était vraiment quelque chose d’incroyable à vivre, vraiment que du bonheur. Tout a été incroyable du début à la fin, qui plus est mon cheval a été génial malgré le fait qu’il ait pris l’avion pour la première fois. J’étais la plus jeune donc j’étais forcément intimidée, mais c’était vraiment une belle expérience et je pourrai dorénavant m’en servir comme fil d’Ariane de ma saison puisqu’un parcours de CSI 5* est tout de même différent de ce qu’on fait d’habitude. C’est assez impressionnant de premier abord et une fois en piste, c’est à nous de montrer ce qu’on sait faire mais c’était vraiment super. « 

Tu as la chance de pouvoir prendre part à ces compétitions grâce à l’investissement d’une League dans le circuit du LGCT, est-ce vraiment l’avenir du sport ?

« Cette année j’ai fait partie de l’équipe des Monaco Aces sur le circuit de la Global Champions League, ce qui fût enrichissant puisque j’ai pu prendre part aux CSI 2* parallèles aux CSI 5* de certaines étapes du Longines Global Champions Tour telles que Saint-Tropez, Monaco, Chantilly, Valkenswaard ou encore Rome. Ce qui était chouette c’est que l’équipe était vraiment formée d’amis que sont Julien EPAILLARD, Jérome GUERY, Simon DELESTRE et Romain DUGUET. Pour ma part j’ai pu prendre de leur expérience, ainsi que leur manière d’aborder la compétition, la façon dont ils se préparaient. C’était vraiment enrichissant et cela permet de vivre de nouvelles expériences. Et j’ai pu finir en apothéose par Doha donc ce n’est que du plus dans ma carrière.

À ce jour l’investissement financier dans ces circuits est vraiment la question tabou dans ce milieu, cependant personnellement je pense que le circuit du LGCT est vraiment une bonne chose pour les jeunes qui peuvent intégrer une équipe afin de leur permettre d’accéder aux CSI 5*, car à ce jour, les places y sont rares même si les fédérations et les sélectionneurs font du mieux qu’ils peuvent pour donner la chance aux jeunes. Mais en ayant fait les circuits poney et children, rien ne remplacera jamais une Coupe des Nations, c’est une expérience à part et inexplicable tant qu’on ne l’a pas vécu. Il faut réussir à garder les deux je pense, même si cela fait énormément de concours dans la saison pour les chevaux et les cavaliers. Le LGCT peut propulser les jeunes dans le grand bain mais rien ne peut remplacer une médaille pour son pays en championnat. Il faut donc préserver les deux malgré le combat difficile de l’un contre l’autre. »

N’as-tu pas peur que des cavaliers ultra talentueux passent à côté de leur carrière à cause de manque de moyens financiers ?

« À ce jour le prix des chevaux ne fait que accroître, mais surtout l’entretien des chevaux de compétition au quotidien est vraiment énorme donc à moins d’avoir des moyens financiers personnels assez conséquents ou une personne extérieure qui vous finance tout cela, c’est effectivement difficile. Malheureusement ce n’est pas un sport comme les autres, il ne faut pas juste des crampons et un maillot à financer et compter sur son talent, il faut un cheval, une structure… Donc je pense effectivement que beaucoup de cavaliers passent à côté de leur carrière dû au manque de moyens financiers qui ne permet pas d’entretenir tout cela. Cependant, les personnes ultra-talentueuses et travailleuses ont quand même un pourcentage de chance de réussir assez élevé. »

Peut-on espérer te recroiser en CSI 5* dans les prochaines semaines ?

« Non, je vais terminer mon année par le CSI de Chazey-sur-Ain ce week-end, le CSI 2* de La Corogne et enfin le Play-off de Prague avec Simon, Jérome et Julien qui défendront la team dans la League. Et tout cela associé aux examens scolaires qui restent une part importante de ma vie de cavalière. »

Propos recueillis par Théo FIEFFE.