Alors qu’il débutait sa carrière de cavalier avec les couleurs françaises, Romain DUGUET adoptait la nationalité suisse en 2013. Très vite, il a su se faire une place dans cette équipe redoutée grâce notamment à une certaine Quorida de Treho. La mise à la retraite de cette grande jument en septembre dernier n’a pas été le seul événement marquant de sa fin d’année. Romain DUGUET a également pris un nouveau virage depuis peu…

 

Comment avez-vous mis le pied à l’étrier ?

« J’ai commencé à monter à cheval à lorsque j’avais cinq ans, au poney-club de Reims. Ma sœur aînée de quatre ans de plus que moi y montait déjà et c’est ce qui m’a fait débuter à poney. Je montais plus pour m’amuser et ne me voyais absolument pas cavalier professionnel. Jusqu’à l’âge de treize ans je voulais être cuisinier et c’est vraiment à partir de quatorze / quinze ans que je me suis dit que je voulais finalement vraiment travailler avec les chevaux. La cuisine ne m’a cependant jamais quitté, j’aime toujours autant faire mes petites courses et préparer de bons petits plats ! »

 

En 2013 vous changez de nationalité en portant les couleurs de la Suisse, pourquoi ce choix-là ?

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« Il y a plusieurs raisons qui ont motivé ce choix, et la première est de l’ordre familial car j’ai deux filles suisses. La seconde raison résulte du fait que le sélectionneur suisse de l’époque me convoitait depuis un moment. Il me disait que ça serait bien que je change de nationalité, que l’équipe Suisse avait besoin d’un cavalier comme moi. Cela fait maintenant quinze ans que je vis en Suisse, et finalement avec du recul je me dis que c’était le chemin normal de ma vie. »

 

Cela n’a pas été trop difficile de se faire une place au sein d’une équipe aussi solide que celle de la Suisse ?

« Je connaissais déjà très bien les différents membres de l’équipe Suisse en plus d’être installé sur ce territoire depuis longtemps. En plus de cela, lorsque vous avez un cheval comme Quorida de Treho dans vos écuries, ils sont contents de vous accueillir. Il y a une très bonne relation au sein de cette équipe Suisse. Le fait qu’il s’agisse d’un petit pays je pense que nous sommes un groupe plus soudé que ceux d’un plus grand pays, et c’est ce qui fait que nous réussissons plutôt bien lors des grands-rendez vous et championnats. Steve GUERDAT a particulièrement participé à mon intégration au sein de cette équipe Suisse. C’est un gars qui se donne toujours à 200% pour l’équipe, que ce soit aussi bien lors des Coupes des Nations que lors des championnats. Il est toujours là pour donner un coup de main, quand il le peut, et quand on en a envie. J’ai toujours les oreilles ouvertes pour écouter ce qu’il me dit ! »

 

Pouvez-vous revenir sur votre première grande échéance avec la veste rouge de l’équipe Suisse ?

« J’avais été réserviste aux championnats du Monde de Caen en 2014, mais mon premier vrai championnat où j’ai pu m’élancer correspond aux championnats d’Europe l’année suivante, à Aix-la-Chapelle. Globalement j’en garde un très bon souvenir car l’ensemble du championnat s’est bien déroulé. On partait avant tout dans l’optique de décrocher notre qualification pour les Jeux Olympiques de Rio puisque nous étions passés à côté lors des mondiaux de Caen. Nous repartions finalement avec une médaille de bronze ! Nous n’avions pas très bien commencé le premier jour mais après nous avions eu deux superbes journées, où j’étais entre autres double sans-faute dans la Coupe des Nations. J’ai ensuite loupé le premier tour de la finale individuelle mais avec du recul je me dis que monter un championnat à Aix-la-Chapelle et revenir avec une médaille c’est déjà pas mal ! Quorida m’avait procuré des sensations de folie, j’étais comme dans un rêve. »

 

Justement, vous devez à Quorida votre ascension au plus haut niveau. Parlez nous d’elle !

« C’est une jument qui est à part. Elle est très sensible et très solitaire. Il m’a fallu beaucoup de temps pour réussir à établir un vrai contact avec elle, ne serait-ce que dans le box ! C’est une jument très craintive ce qui fait qu’elle est aussi si respectueuse. Elle a tout d’une grande championne : l’énergie et le mental. La première fois que je suis monté dessus, lorsqu’elle avait sept ans, j’avais ressenti des sensations que je n’avais jamais ressenti auparavant et que je n’ai jamais retrouvé depuis. »

 

Quelques années plus tard, en 2017,  Twentytwo des Biches crée la surprise lors de la finale Coupe du Monde d’Omaha. Quelles ont été vos impressions avec elle ?

« Avec Monsieur LUTTA nous avions acquis la moitié de Twentytwo lorsqu’elle avait cinq ans. C’est vraiment une jument complètement différente de Quorida. Elle essaye de faire tout ce qu’on lui dit, elle est très à l’écoute et tellement généreuse. Elle a toujours eu la volonté de bien faire et nous pouvons la comparer à la très bonne élève d’une classe et c’est ça qui la rend aussi bonne. C’est une jument très respectueuse et qui gagne beaucoup, très compétitive. Avant de me rendre à la finale d’Omaha (dernière manche en vidéo) je m’étais dit que si je faisais un top ten ça serait déjà bien. Elle a su tenir jusqu’au bout donc c’était formidable. »

 

Un point faible pour les chevaux français du coup ? ??

« Oui on peut dire que j’apprécie les chevaux français. C’est toujours des chevaux qui ont un super caractère, un super mental. Pour moi c’est un des critères qui est très important, bien plus important que celui qui a tous les moyens imaginables. Il n’y a rien de plus beau qu’un cheval qui se bat pour son cavalier. »

 

Aujourd’hui votre vie de cavalier prend un tournant en vous installant à votre compte dans de nouvelles écuries et en constituant un nouveau piquet, parlez nous de cette nouvelle étape !

« J’ai en effet un nouveau projet en m’installant chez Monsieur LUTTA, grand marchant de chevaux, chez qui j’avais entre autres trouvé Quorida. Le but étant d’avoir une écurie indépendante avec douze boxes. Je reste mon propre parton et développe ce que je sais déjà faire, c’est-à-dire d’investir dans de jeunes chevaux pour essayer de les emmener au plus haut niveau ou alors les vendre. J’aimerais également avoir deux, trois jeunes cavaliers ou clients talentueux pour pouvoir les entraîner et les emmener avec moi sur les beaux concours. 

Malgré le fait que je ne puisse plus compter sur Quorida (retraité depuis le mois de septembre, ndlr) et Twentytwo (sous la selle de Bryan BALSIGER, ndlr), j’ai toujours un bon piquet de chevaux, même s’ils sont encore un peu verts à ce niveau d’épreuves. J’ai un cheval gris, Calder, qui se fait repérer de concours en concours. Il se démarque des autres chevaux que j’ai, et je pense sincèrement qu’il a les moyens de sauter un championnat, pourquoi pas les prochains à Rotterdam pour les Europe ou les Jeux Olympiques de Tokyo. »

 

Quelles sont donc vos ambitions et objectifs à plus ou moins long terme ? 

« Avant tout le sport. L’année 2018 a été une année de transition car j’ai perdu beaucoup de chevaux de Grands Prix, il fallait de ce fait recréer un piquet solide. Je pense que l’année 2019 devrait me permettre, grâce aux chevaux que j’ai, de revenir davantage sur le devant de la scène. Donc le but est de remonter au classement mondial, réintégrer l’équipe nationale lors des grands rendez-vous, être présent aux championnats d’Europe cette année et les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 et essayer d’obtenir des médailles. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.