Implanté dans la région d’Allemagne du Nord éponyme, le stud-book Holstein compte parmi les plus célèbres de la planète, et ce, depuis de nombreuses années. Entre tradition et modernité, ce registre a la particularité de posséder de fabuleux étalons, comme Casall, l’ancien crack de Rolf-Göran BENGTSSON. Jump’inside est parti à la rencontre de Lisa MÄDER, la représentante en France de ce stud-book qui avait fait le déplacement lors du Salon des Étalons de sport de Saint-Lô…

Pouvez-vous vous présenter ?

« Je m’appelle Lisa MÄDER, j’ai vingt-neuf ans et suis allemande d’origine, mais cela fait seize ans que j’habite en France. J’ai grandi dans le milieu des chevaux, dans la région du Holstein. L’ex-mari de ma grand-mère avait un élevage de Trakehner et ma tante montait également. Les chevaux font donc partie de la famille. Je ne suis par contre pas éleveuse moi-même, bien qu’à terme je souhaiterais peut-être avoir une poulinière car je suis passionnée par la génétique.

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En France, je suis allée au lycée agricole d’Aurillac dans l’élevage bovin, avant de faire un cursus de langues en anglais et allemand à la faculté. En fait, j’ai toujours cherché un cursus scolaire qui me permette d’allier l’agricole ou le para-agricole avec les langues, et je n’en ai pas vraiment trouvé. J’ai atterri un peu par hasard en 2014 chez un étalonnier dans le Sud de la France, avant d’en partir en 2017. »

Comment êtes-vous devenue la référente France du stud-book Holstein ?

« C’est à mon départ en 2017 que j’ai été contactée via Facebook par le stud-book Holstein. Ils m’ont dit : « Nous avons entendu que tu étais partie de chez ton ancien patron, et nous voudrions que tu travailles un peu avec nous car tu es trilingue, et nous sur le marché français nous ne sommes pas présents, nous ne savons pas comment cela se passe ». Cette mission m’a surtout attirée de par l’échange franco-allemand qu’elle impliquait.

Dans un premier temps, j’ai principalement été embauchée pour coordonner l’action des partenaires qui avaient le droit de revendre la semence de Casall (Caretino x Lavall I) en France, car elle attire les convoitises et le stud-book voulait garder du contrôle sur sa distribution. En plus de cela, j’ai tenté d’ajouter une dimension commerciale. Pour commencer, Casall n’est pas éternel, et puis j’ai trouvé que le marché français était intéressant pour tenter quelque chose. Dans la mesure où je travaille surtout pour l’étalonnage, le but de la page Facebook que j’ai créée (Studbook Holstein, Étalonnage et Marketing – France) est surtout d’aider à la diffusion de la semence, et de renseigner les éleveurs français de façon à ce qu’ils se disent qu’il y a peut-être encore de la génétique intéressante à prendre Outre-Rhin. Les gens qui me demandent de l’aide pour les inscriptions, ou autres, je les assiste bien sûr dans toutes les démarches, il n’y a pas de problème, mais ce n’est pas mon premier cheval de bataille. Nous avons fait le choix d’informer les éleveurs et de mener des actions en France pendant deux ans, pour voir s’il y a de la demande, et nous verrons si cela porte ses fruits. »

Le stud-book Holstein est l’un des plus connus d’Allemagne. Combien d’éleveurs y sont affiliés ?

« Cinq mille éleveurs environ sont membres du stud-book Holstein. Ils ne se situent pas forcément dans le berceau de la race puisque l’on a des éleveurs aux États-Unis par exemple, et même en France. Nous avons six mille poulinières actives inscrites au stud-book. Concernant les étalons, il est plus difficile de les dénombrer, car sur tous ceux qui sont approuvés, certains sont décédés, et à l’inverse avec l’ouverture du stud-book nous en rajoutons souvent. »

Pouvez-vous nous parler de son organisation ?

« Le stud-book a une organisation assez particulière puisqu’il est en fait divisé en trois entités. Il y a l’association du stud-book Holstein au sens propre du terme qui s’occupe des enregistrements d’équidés, des juges pour les concours d’élevage… En dessous de ça, nous avons deux sociétés privées : une pour l’étalonnage, par laquelle je suis embauchée ; et une qui s’occupe de tout ce qui touche à la commercialisation et au marketing comme les ventes aux enchères. Les trois sont régies par un même conseil d’administration, et nous collaborons tous ensemble pour des événements comme l’approbation d’automne et la vente aux enchères qui la suit, ou encore lorsque l’un d’entre nous a besoin d’informations, de documents, comme cela a été mon cas pour le salon des étalons de Saint-Lô. De toute façon, les deux sociétés privées sont abritées dans les mêmes locaux. La scission en deux sociétés a surtout permis de se développer un peu plus car elles offrent une plus grande liberté de commerce que le statut associatif. Cela permet également à chacun d’avoir son champ d’action propre. »

casall Rolf-Göran BENGTSSON JEM CAEN
Casall, le fleuron actuel du stud-book Holstein, ici aux Jeux Équestres Mondiaux de Caen sous la selle de Rolf-Göran BENGTSSON © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Combien de reproducteurs possède la société privée responsable de l’étalonnage ?

« L’étalonnage du stud-book possède quarante étalons, soit totalement, soit en copropriété comme c’est le cas pour Diarado (Diamant de Semilly x Corrado I) par exemple, qui est détenu en partie par le stud-book, mais aussi par Paul SCHOCKEMÖHLE et Joop VAN UYTERT. Pour certains étalons, nous possédons les droits d’élevage et le cavalier possède les droits sportifs. Nous distribuons également plus ou moins tous les étalons qui nous ont appartenu et dont il nous reste de la semence, comme Caretino (Caletto II x Metellus), Corrado I (Cor de la Bryere x Capitol I) ou Quintero (Quantum x Chamonix). Nos étalons sont soumis aux mêmes tests que les étalons privés, et il arrive même que certains des mâles que l’on a achetés soient refusés à l’approbation, il n’y pas du tout de favoritisme interne ! »

Pouvez-vous nous détailler le schéma de sélection mis en place par le stud-book Holstein pour les mâles candidats à l’approbation ?

« Notre schéma de sélection est basé sur le modèle classique allemand. Nous faisons des tournées qualificatives dans l’année des deux ans pour repérer les mâles qui peuvent convenir. Après, nous avons d’autres qualificatives au mois de septembre, durant lesquelles plus de deux cent vingt candidats nés au stud-book Holstein sont présentés. Autour de soixante-dix ont été retenus pour l’approbation de novembre l’année dernière, où approximativement vingt-cinq d’entre eux ont obtenu l’agrément. À l’étalonnage, nous achetons parfois des étalons étrangers comme Adagio de Talma (Lamm de Fetan x Contender), et ceux-ci sont présentés à l’approbation de printemps durant laquelle il est possible de présenter, par exemple, les étalons d’âge ; et qui n’est pas médiatisée.

En Allemagne, les étalons sont approuvés sous réserve d’effectuer leurs testages par la suite. Ce sont les testages qui vont permettre à l’étalon de pouvoir reproduire. Le parcours classique pour un jeune mâle Holsteiner est donc d’être approuvé à l’automne de ses deux ans, puis de participer au testage de quatorze jours au printemps de ses trois ans, ce qui lui permet de faire la monte cette année-là. C’est la Fédération Allemande qui choisit les lieux où il y aura des testages chaque année, afin de ne pas favoriser toujours les mêmes stations. À quatre et cinq ans, les étalons participent à des testages sportifs. Ce sont des événements sur trois jours qui, comme les testages de quatorze jours, sont pluri-stud-books. Ces testages sportifs permettent de ne pas envoyer les étalons sur les testages de cinquante jours comme cela se faisait historiquement en Allemagne, car envoyer son cheval cinquante jours en station a un coût, et présente des risques. Seuls les étalons qui ne peuvent pas prendre part aux testages sportifs, pour cause de blessure par exemple, participent aux testages de cinquante jours. Autrement, ils permettent de valider l’approbation définitive des étalons. »

Quels sont, pour vous, les trois étalons qui ont eu le plus d’influence dans votre stud-book ?

« Il y a obligatoirement Cor de la Bryère (Rantzau x Lurioso) qui fait partie des incontournables. Ce sang français a donné une bonne impulsion à l’élevage Holstein. Cor a permis de ramener du sang et ce sens inné de la barre qui est présent chez beaucoup de chevaux français qui excellent à haut niveau. Il correspondait bien à notre jumenterie de l’époque, et a vraiment donné un autre aspect à notre élevage qui pataugeait un peu à ce moment-là (dans les années 1970, ndlr).

En deuxième, je citerais Capitol I (Capitano x Maximus). Il a laissé une grande empreinte sur le Holstein, en tant que père de la mère de Corrado I, que père de CarthagoEnfin, tout revient sur Capitol I ! Il a apporté sa puissance, son arrière-main incroyable, et il est vrai que le mariage avec Cor allait assez bien car ce dernier était un peu plus fin que Capitol I, qui avait tendance à produire des poulains un peu lourds, mais parfaits au modèle. Capitol I était un parfait étalon de son temps.

En troisième et un peu plus récent, je dirais Caretino, déjà car il est le père de Casall qui est lui-même en train de laisser une empreinte indélébile dans le stud-book de son vivant, mais aussi car on revient sur Caretino dans pas mal de cas. Nous avons récemment approuvé un fils de Caretino, et dans la mesure où il reste de la semence, cela permet d’avoir par-ci, par-là, de nouveaux fils approuvables. À l’interne, nous considérons que Caretino est l’un des étalons qui nous a le plus marqués ces vingt dernières années. »

Ces dernières années, le Holstein a évolué négativement dans le classement des stud-books de saut d’obstacles de la WBFSH (Fédération mondiale des éleveurs de chevaux de sport), passant de la première place en 2015 à la huitième en 2018. Comment l’expliquez-vous ?

« Il est vrai qu’en 2015 nous avions nos deux étalons phares qui étaient encore en activité côté sport, à savoir Casall et Clarimo (Clearway x Caletto II), et c’était un certain plus. Et puis, plus les années passent, plus nos étalons ont des produits qui en théorie sont de purs Holsteiners et qui sont enregistrés dans d’autres stud-books, comme le Oldenbourg ou le Zangersheide. Ils comptent donc dans les statistiques de ces stud-books et pas dans les nôtres. Pour finir, comme chaque stud-book, nous bénéficions de périodes de chance qui tiennent énormément à deux ou trois chevaux de tête, tels Baloubet du Rouet (Galoubet A x Starter) puis Diamant de Semilly (Le Tot de Semilly x Elf III) pour le Selle Français. Chaque stud-book a des hauts et des bas en fonction des chevaux et des générations, et est toujours à l’affût de son prochain cheval exceptionnel. »

Clarimo présenté en main à Saint Lô
Autre reproducteur phare, Clarimo ici au Salon des Étalons de sport de Saint Lô 2019 © Chloé BECAERT / Jump’inside

S’il y avait quelque chose à retenir de cette évolution, qu’est-ce que cela serait ?

« Pour moi, la leçon à retenir de ces classements est la gestion d’élevage qui est effectuée en Belgique, c’est-à-dire une gestion qui prend le meilleur de tous les côtés, et qui permet à leurs trois stud-books (sBs, BWP et Z, ndlr) d’être devant dans les classements. Je pense que la réflexion d’ouverture qui a été la nôtre avec la mise en place du Holstein Global s’inspire un petit peu de cela. Avec plus de limites, certes, puisqu’il est vrai qu’en Belgique tout est très ouvert, mais dans le même esprit que ce qui s’y fait. Cependant, je pense que nous n’avons pas non plus grand chose à envier aux autres parce qu’au final, il y a du Holstein dans toutes les lignées en Belgique et en Hollande. »

Comment décririez-vous le cheval Holsteiner d’aujourd’hui ?

« Je pense que tout le monde tend vers le même style de cheval de sport aujourd’hui, donc c’est vrai que l’on arrive à une harmonisation assez importante entre les chevaux des différents stud-books. Cependant, ce qui fait pour moi la différence du Holsteiner c’est vraiment son aptitude au travail. C’est le cheval typiquement allemand, qui a la volonté d’apprendre, et aussi beaucoup de puissance malgré un modèle qui s’est quand même sacrément raffiné ces dernières années, ainsi qu’une bonne ligne du dessus. Ce sont des chevaux qui sont bien dans leur tête, qui sont très pratiques de par leur aptitude au travail et leur capacité à collaborer avec le cavalier. »

L’élevage Holsteiner est-il totalement tourné vers le cheval de saut d’obstacles ?

« À la base, le Holsteiner reste un cheval de saut d’obstacles puisqu’il a été sélectionné en tant que tel durant les cinquante dernières années, mais nous avons tout de même une branche dressage qui commence à s’affirmer, et avons eu des chevaux absolument faramineux qui ont fait les Jeux Olympiques en dressage, comme Corlandus (Cor de la Bryère x Landgraf I) avec Margit OTTO-CRÉPIN. Nous essayons de développer le côté dressage et nous avons des jeunes chevaux plutôt orientés vers cette discipline, mais c’est un autre monde, et ce sont d’autres éleveurs, d’autres idées.

Cependant, la sélection sur les allures a toujours existé dans le stud-book, par exemple tous les produits issus de Contender (Calypso II x Ramiro Z) bougent très bien. Le cheval allemand, pour être approuvé ou primé pour l’élevage du côté des juments, doit être irréprochable du côté des allures. C’est vrai que nous avons peut-être des standards un peu supérieurs à ce qui se fait dans d’autres nations de ce côté-là, mais c’est quelque chose qui nous tient très à cœur que d’avoir un standard harmonisé, et qu’il n’y ait pas trop de disparités au modèle non plus.

Et puis, il faut que nos chevaux sachent tout faire, puisque les testages d’étalons de cinquante jours qui se faisaient historiquement étaient des testages assez lourds et conséquents, où il fallait tout de même savoir s’imposer face à la concurrence. Encore aujourd’hui, dans les lots d’approbations et de testages, il y a à la fois des chevaux de saut d’obstacles et de dressage, donc il ne faut pas faire pâle figure à côté de ces derniers. Certes, lors des testages, on différencie pour la note finale les chevaux qui ont plus de prédispositions pour le saut d’obstacles de ceux qui en ont plus pour le dressage, mais cette note finale compte quand même ! »

Retrouvez très vite le second volet de cette interview avec la référente France du stud-book Holstein !

Propos recueillis par Timothée PEQUEGNOT. Photo à la Une : © Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com