Entre Coupe des Nations, Coupe du Monde, Global Champions Tour, Longines Masters, Rolex Grand Slam ou concours classiques, le nombre de CSI 5* a explosé ces dernières années. Pourtant, l’organisation et la mise en place de ces compétitions n’est pas chose facile, puisqu’il faut satisfaire cavaliers, grooms, public et chevaux. Jump’inside est donc parti à la rencontre de trois acteurs du monde du cheval : une groom, le directeur sportif de l’un des plus beaux concours du monde et un cavalier international, afin de savoir ce qu’est un bon concours. C’est la question du mois !

Qu’est-ce qu’un bon concours ?

Marta MASOCCO, groom de Nicola PHILIPPAERTS : « Pour qu’un concours soit parfait il ne faut pas que l’organisation pense qu’elle est parfaite ! Il faut toujours être prêt à s’améliorer et pour cela il faut écouter les avis des grooms, des invités, des exposants, des cavaliers… Avoir des personnes souriantes et motivées est un plus, que cela soit du staff du parking, à l’équipe de piste… Un rien peut faire la différence. Evidemment il se peut que quelque chose ne se passe pas comme on le souhaite et que ça n’aille pas bien et quand on se retrouve face à des gens motivés, prêts à comprendre et à vous aider à résoudre un problème, alors vous êtes dans la bonne voie. Bien sûr, un énorme public peut vous faire tout oublier… La sécurité et un accès restreint aux écuries jouent aussi un rôle important. Un accident peut vite arriver et nous n’avons pas besoin d’une écurie remplie de gens qui vont essayer de toucher les chevaux, de leur donner quelque chose, être au milieu du chemin.

Publicité

Les chevaux doivent être en sécurité et pour ça il faut avoir des allées larges entre les boxes et de bonnes douches avec de la pression suffisante au niveau de l’eau. Il faut aussi que l’endroit où l’on puisse marcher et travailler, nous grooms, ne devienne pas glissant ou boueux trop facilement, et par cela je veux dire les allées ou bien le sol des boxes. Pour nous les grooms, il est d’ailleurs important que le parking des camions ne soit pas trop éloigné et qu’il n’y ait pas de problème de courant ou d’électricité. Nous savons que cela peut arriver, mais il y des endroits où il y a souvent des coupures de courant et où on prendra des douches froides en hiver ou bien ça sera un véritable sauna sans climatisation l’été ! Evidemment, on aime une cantine avec de la bonne nourriture qui reste avec des horaires d’ouvertures assez larges et flexibles. Personnellement, j’aime les concours où on récompense les grooms ! Bien sûr, nous préférons le confort des hôtels mais s’ils ne sont pas juste à côté du concours, il n’y a rien de mieux que nos camions.

Il y a beaucoup de concours que j’aime et ce pour différentes raisons. Si je devais choisir je dirais que j’adore Spruce Meadows et comment ne peut-on pas aimer Aix-la-Chapelle ? Une partie de mon cœur sera toujours au Royal Horse Show de Toronto, Genève est toujours un bel indoor, le public de Stockholm et de Göteborg est incroyable et comment oublier l’atmosphère de Noël de l’Olympia à Londres ? Je ne peux vraiment pas choisir de concours favori ! »

marta masocco chilli willi rotterdam
Marta Masocco et H&M Chilli Willi à Rotterdam © MJ MICHEL / Jump’inside

Alban POUDRET, directeur sportif du CHI 5* de Genève : « Le bien-être des chevaux est la priorité avec les écuries, la tranquillité, l’espace, la taille des pistes… La liste serait très très longue mais à Genève je pense qu’on a un peu conçu le concours depuis son transfert en 1991 à Palexpo pour le bien-être du cheval. On y pense à beaucoup de points de vue : la taille des infrastructures, puisque l’on a une très grande piste principale qui permet aux chevaux de s’exprimer, un grand paddock d’entraînement sans poteaux et un deuxième où on peut longer. On a de grandes arènes avec un très bon sol. Bien sûr il y a aussi les écuries puisqu’on a essayé d’avoir les écuries les plus spacieuses possibles : on a loué un gigantesque hall supplémentaire rien que pour ça. Lors de la finale Coupe du Monde de 2010 on a juste inversé en mettant la piste dans ce hall parce qu’on voulait une piste octogonale, quelque chose de particulier à faire une fois, mais toutes les autres années le plus grand hall est dédié aux écuries. On veut que ce soit le plus spacieux possible, très contrôlé et le plus possible fermé aux personnes qui n’ont pas besoin d’y aller tout en ayant un regard : ce ne doit pas être une zone fermée tout en restant tranquille et bien protégée.

Le public peut avoir accès au paddock, on s’est inspiré du CSI de Bordeaux parce que quand on a commencé en 1991, il y avait très peu de concours indoor où on pouvait voir le paddock et l’un des seuls était Bordeaux. On trouvait ça très intéressant, instructif, et ça ne plaisait pas forcément aux cavaliers au début mais on trouvait que c’était bien et on le fait donc depuis 1991. Par contre le public n’a accès qu’à deux côtés, deux autres restent tranquilles parce qu’on pense qu’il ne faut pas que les chevaux soient inquiets avec trop de monde autour du paddock avec les aller-retours. C’est un spectacle en soi, mais il y a tout de même une zone protégée et un côté qui donne accès aux écuries pour qu’il n’y ait pas trop de monde.

C’est pour nous très important de bien accueillir les grooms donc on a toujours pris un grand soin de ce côté-là. On a déjà un très grand nombre de bénévoles qui se relaient et beaucoup sont aux écuries. Les grooms sont toujours un peu surpris parce que dès qu’ils arrivent il y a toujours quatre ou cinq personnes qui viennent les aider à décharger, à porter du matériel, qui se préoccupent de leur accueil et les guident. C’est très important que les grooms soient heureux, ils ont une sympathique et bonne cantine où ils peuvent manger à toute heure et je pense que c’est la moindre des choses qu’ils soient bien reçus car ce sont eux qui sont les plus présents auprès des chevaux et essentiels à ce sport.

Le Rolex Grand Slam et la finale du Top Ten à Genève sont évidemment les joyaux du concours, mais en même temps il ne faut pas que ces deux épreuves éclipsent le reste parce qu’il y a beaucoup de choses : les autres épreuves s’adressent aux cinquante autres cavaliers et on veut faire plaisir à tout le monde. On a des jeunes cavaliers, des cavaliers suisses, donc il faut de tout : avoir d’un côté les « stars » dans le Top Ten et les épreuves spectacles et avoir le plus grand sport, mais on ne doit pas oublier qu’une de nos missions c’est aussi de mettre le pied à l’étrier à des jeunes, des cavaliers de la région, des gens qui n’ont pas la chance de se payer des concours… On a vraiment envie que ces gens-là puissent aussi entrer dans ce sport et faire ce sport. Tout doit être mis en valeur ! Tous doivent pouvoir faire de belles et grandes épreuves.

Reveur de Hurtebise HDC Kévin Staut Top ten chi genève ijrc
Kévin STAUT et Rêveur de Hurtebise*HDC, vainqueurs du Top Ten en 2018 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

On a chaque année une pression quant à la réputation et l’organisation du concours, mais on voit ça comme une pression positive qui nous motive. On a souvent reçu des prix pour récompenser la qualité du concours et on en est extrêmement touchés, mais on ne se dit jamais qu’on est les meilleurs. On sait qu’il y a une dizaine d’excellents concours, chacun a ses points forts, son attrait et donc on ne se repose jamais sur nos lauriers : on essaie toujours d’innover en ajoutant par exemple des disciplines nouvelles. On a maintenant une vraie fête du cheval avec quatre disciplines (saut d’obstacles, cross indoor, dressage, attelage), on essaie d’avoir de belles attractions. Chez nous c’est un peu le public qui répond, s’il vibre pour telle épreuve ou discipline et on sent très vite si quelque chose commence à lasser. On ajuste et on essaie toujours d’avoir une ou deux nouveautés pour l’édition de l’année suivante parce que sinon le public se lasse et nous on se lasse aussi. Je crois qu’on fait moins d’épreuves très originales par rapport à il y a une vingtaine d’années, ce qui a, je pense, donné une âme au concours, des épreuves plus humoristiques et autres, mais notre idée est quand même d’en ressortir une de temps en temps parce qu’on a vraiment envie que notre concours soit du très grand sport mais qu’il ait aussi une âme et un cachet particulier.

Evidemment on écoute aussi beaucoup les cavaliers, on a un contact privilégié avec eux. Philippe GUERDAT aide beaucoup de ce côté-là depuis 1996, d’autres cavaliers nous donnent de précieux avis. On est en relations étroites avec le club des cavaliers, l’IJRC, on a imaginé et organisé ensemble ce fameux Top Ten et préparé ça en 2001, pour la première édition… Tout cela a resserré nos liens et fait que l’on a des contacts assez proches et privilégiés avec les cavaliers qui nous donnent beaucoup de conseils.

On se remet beaucoup en question, on met tout à plat après le concours, chacun pond quelques pages sur ses impressions du concours et on en redébat. On discute parfois des heures avant de trouver la meilleure formule pour une épreuve : on a un processus assez démocratique et je pense que c’est une bonne façon de faire. On a déjà fait des sondages auprès du public à deux reprises ça nous intéresse beaucoup d’avoir son avis. Il y a une vingtaine d’années, on faisait le débriefing le lundi soir, avant de quitter Palexpo et en fait maintenant on se dit que c’est trop sur le coup de l’émotion et qu’il y a trop de fatigue, et qu’il vaut mieux fêter. On se donne plus le temps de la réflexion et on parle en janvier-février, début mars, et c’est à partir de ça qu’on commence à mettre quelques nouvelles idées sur le papier jusqu’en avril. En mai déjà il faut décider du programme et faire des choix qui dépendent des sponsors, du budget. Ensuite il faut tout minuter, voir si le programme tienne la route et qu’on puisse tenir épreuves et spectacles dans nos horaires. A la fin, c’est au mois de juin que tout est décidé. On travaille d’ailleurs beaucoup en équipes spécialisées où il n’y a que les gens motivés du comité avec notre directrice Sophie MOTTU MOTEL, Michel SORG et moi, et ça permet d’être plus efficaces d’être uniquement avec des gens concernés par le sujet et qui connaissent bien. Beaucoup de décisions se prennent dans ces groupes et pas au sein du comité en entier, qui compte trente-cinq membres. C’est un travail d’équipe, on est animé par la passion du sport et une vraie amitié et confiance entre nous. »

thierry rozier venezia d'ecaussines

Thierry ROZIER : « La priorité c’est le confort des chevaux : on regarde les programmes, on sait qu’on va avoir une bonne piste, des bonnes installations. On regarde aussi les possibilités d’y aller parce que ce n’est pas évident : on a envie d’aller à certains concours pour leur qualité mais on n’a pas toujours le choix on doit faire la demande puis attendre notre sélection. Si on a un très bon concours autour de chez nous et qu’il y en a un autre beaucoup plus loin, on va essayer de rester au plus proche parce que les coûts financiers sont quand même moins importants pour les transports.

Je le vois avec mon expérience, et depuis le temps que je fais ça, je connais par cœur presque tous les concours donc c’est souvent un renouvellement tous les ans de refaire son programme et refaire les mêmes concours qui nous ont séduit les années précédentes. Par exemple, je sais qu’en début d’année je vais retourner à Oliva et ça fait six ans que je fais cette tournée-là parce que je sais où je vais : c’est bien pour mes chevaux pour débuter la saison, les sols sont bons, les boxes sont très bien, les chefs de piste sont exactement ce que je veux pour commencer l’année… J’ai déjà fait mon programme pour les six mois de l’année prochaine par rapport à ce que mes chevaux peuvent sauter, mes intentions, je sais déjà à peu près ce que je veux faire. Après il y a des sélections, c’est-à-dire que c’est notre entraîneur décide de nous envoyer quelque part donc ça peut chambouler un tout petit peu notre planning mais à 80% je sais exactement ce que je vais faire.

Ce n’est pas tant les épreuves qui me font choisir un concours finalement, mais plutôt le lieu, le concours en lui même. Ce que je recherche d’abord pour mes chevaux c’est le confort de la piste, ça c’est la chose la plus importante pour nous. Quand on a la chance d’avoir des supers chevaux comme j’ai en ce moment, on veut que cela dure le plus longtemps possible et pour ça on essaie de minimiser les risques. Les risques c’est d’avoir des sols pas forcément très adaptés, trop durs, trop mous, c’est la première chose que je regarde.

thierry rozier lyon

Un autre paramètre à prendre en compte : les concours avec des épreuves en nocturne. Très souvent on aime ça parce qu’on sait qu’il va y avoir un spectacle mais on le sait, on est habitué. Ce qui est plus difficile c’est pour les grooms parce que si on finit à vingt deux heures, les grooms eux, ne vont pas finir à cette heure-là puisqu’il faut s’occuper des chevaux, et surtout quand on leur dit que le lendemain matin il y a une épreuve à huit heures, ils vont se coucher vers minuit et se lever vers cinq heures. C’est plus difficile pour eux et c’est quelque chose qui n’est pas évident pour le personnel. Après c’est toujours pareil, on est dans de beaux concours donc ce sont des contraintes que l’on fait avec plus de joie. Faire du concours ce n’est pas une obligation, si on le fait c’est qu’on a envie.

Le public aussi est important : il y a des endroits où le public est super chaud ! A Lyon le public est formidable, on sait que les tribunes sont pleines à craquer à chaque fois, public de connaisseur qui nous soutient énormément… C’est un plaisir d’aller dans des concours comme ça, aux Longines Masters de Paris on sait que c’est la même chose… En indoor le public est peut-être plus chaud qu’en extérieur parce qu’on l’entend plus, mais après j’ai eu la chance d’aller à Aix-la-Chapelle et quand on rentre dans la piste et qu’on voit autant de monde autour de soi… Là c’est magique ! A Aix tout impressionne, que cela soit quand on arrive avec les parkings, les paddocks du matin, de l’après-midi, puis quand on rentre dans l’arène… On ne souhaite qu’une chose : que le parcours se passe bien ! C’est celui qui m’a le plus impressionné en extérieur ! La Baule a aussi un formidable public, Dinard est exceptionnel… En tant que cavaliers, c’est vrai que l’on préfère courir devant beaucoup de monde que devant des tribunes vides parce que la motivation n’est pas la même, l’envie non plus, ça se ressent aussi sur le résultat quand on est soutenu. En France on a la chance d’avoir Dinard et La Baule qui me plaisent beaucoup. On est sûr de courir avec un monde incroyable, on est très soutenus et soulevés et ça c’est fabuleux. En indoor c’est Lyon, Paris… On a toujours envie d’aller à ces concours, c’est du bonheur à chaque fois. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.