C’est un fait, les sports équestres souffrent d’un déficit de notoriété auprès des médias grand public. Souvent peu ou mal connus, ils ne sont mis en lumière que de manière épisodique. Cette sous-représentation est un comble pour un sport qui compte plus de deux millions de pratiquants et représente le troisième sport en France en nombre de licenciés. De nombreuses initiatives commencent à voir le jour, avec des acteurs du milieu se mobilisent pour sensibiliser au-delà de la communauté équestre.

Pour répondre à cette vaste Question du mois, nous avons fait appel à deux experts, Virginie COUPERIE-EIFFEL et Kamel BOUDRA, pour nous brosser un état des lieux de la situation et nous expliquer quels enjeux attendent le secteur en la matière !

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Virginie COUPERIE-EIFFEL, organisatrice du Longines Paris Eiffel Jumping et vice-présidente de la FFE : « Aujourd’hui, il est un fait que le saut d’obstacles bénéficie d’une faible visibilité dans la presse généralisée. Cette faible couverture médiatique pose question lorsqu’on sait que la Fédération française d’équitation est la troisième fédération de France en terme de licenciés (au nombre de 800 000, ndlr.) et de pratiquants (environ deux millions, ndlr.).

Les raisons sont multiples. Les journalistes de la presse généraliste sont souvent peu au fait de notre sport et peu sensibilisés aux sports équestres. Les médias généralistes n’envoient, la plupart du temps, pas de journalistes sur les évènements, par manque de temps et de budget. Les journalistes se retrouvent donc à lire les dépêches de l’AFP et on sait que commenter les résultats de concours de d’obstacles peut s’avérer être un exercice périlleux pour un journaliste non initié ! Il faut donc faire un travail de fond pour les éduquer et les sensibiliser avant les grandes compétitions équestres. Au Longines Paris Eiffel Jumping, je donne des dossiers de presse assez étoffés, attractifs, pas trop longs et percutants. Chaque soir, je donne des vidéos courtes aux télévisions pour les intégrer dans leurs JT, c’est très efficace et cela permet d’assurer aux épreuves une belle visibilité.

Aujourd’hui on veut une information toute faite, toute prête, qui raconte une belle histoire. Les journalistes sont abreuvés d’informations en continue et sont donc à la recherche de l’extraordinaire, de l’histoire qui va attirer le public, le passionner. C’est pourquoi je propose souvent aux journalistes des solutions créatives.

Par exemple, j’ai proposé à TF1 de faire un reportage sur le parcours d’un cheval depuis sa naissance dans mon élevage jusqu’au LPEJ. Cette histoire se termine dans l’arène où les exploits sportifs vont être comptés au public. Je propose aussi des conférences sur le bien-être, l’équi-thérapie. Cette approche du cheval en tant que médiateur, guérisseur, intéresse les médias et me permet de mettre l’accent sur une autre facette que le cheval athlète.

Je crée du lien avec les journalistes et leur faire vivre des expériences. La relation humaine est très importante car c’est lorsqu’ils sont touchés que les journalistes ont le plus envie d’écrire ou d’en parler à la télévision. Il faut emmener tous ces gens dans notre passion et porter des valeurs en lesquelles on croit, être force de proposition.

Le LPEJ c’est pour moi un laboratoire qui me permet de défendre mes valeurs (partage, diversité, respect de la nature, bien-être…) en communiquant dessus.

En communication, on doit créer la demande et aller chercher les gens. Si on attend, rien ne se passe. C’est dans le mouvement, en impulsant, que l’on va réussir à construire quelque chose. Il faut donc être proactif, capable d’attirer un public de néophytes qui vient découvrir le sport et l’animal. Le cheval est un vecteur de lien social formidable. Il faut l’utiliser pour communiquer différemment et ainsi mettre en lumière le cheval comme animal mais aussi comme athlète de haut niveau.

Pour être visible, il faut être accessible, accessible géographiquement, accessible financièrement, accessible socialement. Au LPEJ, on propose un évènement en partie gratuit, situé au cœur de Paris et qui organise beaucoup d’activités avec notre village qui est accessible à tous et porte nos valeurs. On collabore par exemple avec des éducateurs et des associations afin de monter des opérations dans les écoles de banlieues parisiennes pour promouvoir l’équitation.

Afin de susciter l’intérêt de tous les médias, nous avons besoin d’un grand couple à l’image d’un Pierre DURAND et d’un Jappeloup par le passé, qui gagne des médailles et des titres et qui soit capable de fédérer. Il nous faut une figure de proue sur laquelle on puisse cristalliser la communication. Il a en effet été prouvé que la répétition donnait de l’impact aux messages.

Parallèlement à tout cela, il faut que la FFE joue son rôle en incitant ses champions à davantage investir la sphère médiatique. Il faut que l’on se dote d’un plan média qui remette le cheval au centre de la communication. Ce n’est pas évident car les cavaliers ont peu de temps libre à consacrer à la communication. C’est une contrainte due à leur métier, cependant ce n’est pas impossible. Certains l’ont d’ailleurs déjà fait avec succès en étant notamment très actifs sur les réseaux sociaux. En partageant leurs quotidiens, ils se sont créés de véritables communautés !

Il faut donc une vraie réflexion sur la communication et sur la stratégie que l’on veut mettre en place pour obtenir les résultats escomptés.

Comme on a pu le voir aux Jeux Olympiques de 2016, les résultats sportifs sont cruciaux mais pas suffisants. On n’a pas su capitaliser sur les médailles d’or par équipe des Français à Rio de Janeiro. Nous sommes à un tournant aujourd’hui, nous avons jusqu’au JO de Paris en 2024 pour parvenir à mettre en place un projet médias cohérent. L’héritage immatériel des JO est pour moi vital. Il faut investir la campagne pré olympique, que chaque français s’approprie un morceau des JO de Paris 2024. Un programme et des actions précises sont d’ailleurs en cours d’élaboration. Les JO vont être une formidable vitrine pour notre sport. Il faut être prêt à relever le défi et je prendrai évidemment part à ce projet ! »

Kamel BOUDRA, journaliste sportif à RMC Sport : « Les sports équestres ne parviennent que peu à faire parler d’eux dans le monde sportif, sauf cas exceptionnels. Mon objectif après la fermeture d’Equidia Life était d’amener les sports équestres au cœur des autres sports, chose essentielle pour désenclaver l’équitation d’un point de vue médiatique. J’ai donc porté le projet au groupe RMC avec Alice LA ROCCA WEILL.

Aujourd’hui, nous bénéficions de la force de frappe du groupe Altice France qui possède de nombreux médias très divers et complémentaires, tels RMC pour lequel je travaille, l’Express, Libération, BFM TV… Lorsque nous couvrons un évènement, nous mettons en place une couverture multi-supports, radio / TV / presse écrite. On parle ainsi d’équitation dans des médias qui d’habitude n’en parlent pas. Appartenir à un tel groupe permet donc d’avoir des relais divers et variés sur différents supports de communication et d’être présents là où l’on ne s’y attend pas. Il était primordial de communiquer différemment et auprès d’un plus large public pour accroitre la visibilité de notre sport. C’est ce qu’est en train de réussir Altice France.

Être intégré à RMC sport, c’est aussi bénéficier d’une grille de diffusion qui comporte des sports très populaires qui attirent de nombreux téléspectateurs, comme le football ou le rugby. C’est une chance extraordinaire. Cela augmente notre visibilité et nous permet d’atteindre un public de néophytes, de sortir de la communauté équestre et de rayonner tout autour. Les organisateurs d’évènements, les annonceurs et la Fédération française d’équitation sont d’ailleurs très sensibles à cet argument.

Les moyens mis en place sont considérables. Je comprends les nostalgiques d’Équidia Life mais je tiens à dire qu’aujourd’hui, nous diffusons sur RMC Sport plus d’heures de sports équestres que sur Equidia auparavant. Le passage d’une chaine de télévision gratuite à une chaine de télévision payante a choqué la communauté des équitants. C’est pourtant une nécessité. Afin de produire un contenu de qualité et d’être viable économiquement, il faut des moyens audiovisuels et avoir accès à un savoir-faire. Tout cela a forcément un coût. Avec ce modèle économique, l’équitation vit aujourd’hui au milieu d’autres sports, où se développent des formats novateurs et très attractifs.

Je vois cependant deux freins majeurs à la médiatisation des sports équestres : la multitude d’interlocuteurs pour l’achat des droits de rediffusion ainsi que le manque d’uniformité des règles des compétitions. Lorsque l’on programme des évènements, on se rend compte qu’il n’y a pas un concours qui commence à la même heure et pas une épreuve qui n’ait les mêmes règles. Il faut que les instances équestres internationales réfléchissent vraiment à ce sujet crucial pour l’avenir de notre sport.

Pour rebondir sur l’avenir de notre sport, et ça sera mon dernier point, je pense que l’organisation des Jeux Olympiques de Paris 2024 représente un enjeu majeur d’un point de vue médiatique car il dépasse le cadre du sport. Les JO peuvent permettre de faire évoluer la cause cheval en mettant en lumière toute la culture autour, très ancrée dans notre tradition française. Il faut mettre l’accent sur ce que représente le cheval dans notre pays et mettre en valeur la filière dans son ensemble sur les plans économique, social, culturel et enfin sportif. Un défi qui représente un tournant médiatique vital, qu’il ne faudra pas manquer. »

Propos recueillis par Manon LE COROLLER. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE