Christophe AMEEUW, fondateur et CEO des Longines Masters Series, peut se féliciter de la réussite de la dernière étape new-yorkaise. Mais comment ce circuit a-t-il vu le jour, et pourquoi le showjumping est-il à un tournant dans son histoire ? Le businessman belge se livre pour Jump’inside dans un entretien exclusif.

 

Pouvez-vous nous parler de vous et votre rapport au cheval ?

« Je pense que je me définirai comme un grand rêveur avec beaucoup de folie. Si on ne rêve pas et qu’on n’est pas habités par un peu de folie, on ne peut se lancer dans des projets dantesques comme celui des Longines Masters. Je suis un Homme de cheval avant tout, plus fermier que gentleman, et j’ai toujours eu envie de mettre en avant les sports équestres et de les faire connaitre au plus grand nombre avec les valeurs exceptionnelles qu’ils représentent. La seule façon était donc de se lancer dans l’événementiel et de mettre ce sport sous les projecteurs pour toucher un nouveau public. Rester dans son bac à sable, dans ses garden parties avec la petite communauté équestre élitiste et inaccessible, ce n’est pas la bonne voie pour faire parler de sports équestres et développer le sport. A ma façon je me suis lancé dans l’aventure, presque devenue même une obsession, et nous y arrivons en Asie, en Europe et on y arrive ici aux Etats-Unis. Tout cela prend du temps mais je crois que les professionnels du monde du sport commencent à se rendre compte du potentiel et des capacités du saut d’obstacles ; le monde équestre est lui, à l’image des valeurs que nous portons dans ce milieu, un peu plus frileux et comprendra peut être l’importance de ce que nous faisons quand je ne serai plus là (rires) ! En tout cas, la transformation a déjà été faite depuis longtemps. »

 

Vous avez donc toujours vibré pour l’événementiel ?

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« Comme je vous l’ai dit, j’ai toujours voulu placer mon sport sous les projecteurs et lui donner de la crédibilité et je me suis donc demandé comment moi je suis venu à m’intéresser à ce sport. La réponse est que mes parents m’ont un jour emmené au fameux concours international de Bruxelles, parce que ce n’était pas un jumping mais LE jumping. Les familles qui venaient en nombre, le public réceptif, les chaines nationales qui diffusaient le concours, tout le monde se donnait rendez-vous à Bruxelles pour ce jumping vraiment institutionnel. J’étais au bord du paddock en voyant Nelson PESSOA, Eric WAUTERS, Axel VERLOOY, tous ces grands cavaliers qui ont fait rêver des générations entières. Je voyais aussi le public taper des pieds en tribunes à l’épreuve de Puissance du vendredi soir et qui se mettaient debout pour applaudir le vainqueur du Grand Prix. On appelait d’ailleurs l’arène, « la piste d’Or » ! C’est tout cela qui m’a donné un jour l’envie de mettre le pied à l’étrier, donc je suis revenu à cette idée qu’il fallait mettre le sport en scène pour le vendre, le rendre crédible. Cela passe effectivement par des changements de formats et une adaptation comme cela s’est passé dans tous les autres sports. »

 

Comment analysez-vous donc cette nouvelle édition des Longines Masters sur le continent américain ?

« Le bilan est simple : si nous comparons à notre étape européenne à Paris, qui dure depuis dix ans, et celle asiatique à Hong-Kong depuis sept ans, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Permettez-moi de donner un exemple concret : une personne malheureusement en fauteuil roulant toute sa vie, qui un jour réussit à se lever et marcher cinq pas, c’est une immense victoire. Sincèrement, le marché américain fonctionne comme cela et je crois vraiment qu’on a passé cette année un grand pas, en faisant passer un message aux américains, en leur montrant ce qu’était un événement équestre à New York, la ville de tous les possibles, une des plus grandes du monde. Et comme dirait Franck SINATRA, quand tu le fais à New York, tu peux le faire partout dans le monde sans même que le ciel ne t’arrête, tellement le marché américain est difficile.

Nos partenaires nous suivent à 300%, ils comprennent le potentiel de ce sport et croient en ce magnifique lieu, tout en connaissant la complexité de ce marché. Ils savent aussi qu’en quelques années, tout peut prendre une dimension hors norme, qui sera bien plus importante qu’en Europe ou en Asie, parce l’Amérique c’est comme ça, tout ou rien ! Quand ça fonctionne, ce qu’on commence déjà à palper ici, c’est une toute autre dimension de ce qu’on connait traditionnellement. »

 

On a assisté samedi a une très belle épreuve, la Riders Masters Cup. Cela représente pour vous tout l’avenir de notre sport ?

« C’est l’avenir du sport, on veut connecter un nouveau public autour de ce monde. La seule façon de créer une nouvelle communauté autour du cheval, c’est de donner un sport qui est lisible, compréhensible, passionnant et excitant. La Masters Cup est développée dans de nombreux sports et rencontre un très grand succès, comme au golf depuis la nuit des temps avec cette bataille entre l’Europe et l’Amérique. Nous avons une chance dans les sports équestres puisque les cavaliers américains et européens se sont toujours battus pour les médailles olympiques et mondiales, donc oui ce format va fonctionner, tout le monde veut supporter sa nation, son drapeau, son hymne national. Quand vous regardez les Jeux Olympiques, on est tous les mêmes : on peut ne pas connaitre un sport mais on sent ce frisson quand un athlète qui porte nos couleurs performe.

Je voudrais tout de même préciser une chose : si la fondation de notre sport, qui est sa communauté, ne prend pas conscience que ces nouveaux formats sont l’avenir, ils vont littéralement scier la branche sur laquelle ils sont assis. Ils doivent être très prudents, l’Amérique a perdu pour la quatrième fois la Riders Masters Cup, il est vraiment temps de prendre conscience de l’importance des innovations dans notre sport. Je ne sais pas s’ils se rendent compte que nous étions retransmis dans cent vingt pays, en touchant trois cent vingt millions de foyers. Le monde les regarde, je leur conseille donc sincèrement de jouer le jeu. »

 

Comment voyez-vous l’évolution des sports équestres en Asie ?

« Nous sommes également en train de développer les sports équestres en Asie. Le format de la Riders Masters Cup par exemple ne serait pas sur ce continent pertinent pour le moment puisque les deux plus grandes « nations » des sports équestres, ce sont les Etats-Unis et l’Europe. L’Asie manque encore de quelques années pour avoir de nombreux grands cavaliers internationaux. Nous commençons à construire les fondations et les préparer à ces futurs battles, nous n’avons pas peur de prendre le challenge et nous avons du temps devant nous. A Hong Kong, nous avons mis au point le Asian Challenge, une épreuve spécialement conçue pour les futurs cavaliers de haut niveau.

On suit tout cela de très près avec la Fédération hongkongaise et les autres fédérations asiatiques, le Hong Kong Jockey Club et la Fédération Equestre Internationale, parce que c’est une priorité pour nous tous que l’Asie se développe de la meilleure des façons dans les sports équestres. »

 

Les Longines Masters de Lausanne 2019, votre premier concours outdoor. Stratégie ou opportunité ?

« Sincèrement, c’est une très bonne opportunité qui s’est créée à Lausanne. Tout d’abord, je pense que c’est très important que nous développions le nombre d’étapes sur notre circuit pour créer une synergie tout l’année, en communicant toute l’année. Si nous pouvons nous permettre d’agrandir notre circuit, sans exagérer, cela est bénéfique pour notre communication, nos sponsors et évidemment pour les sports équestres. Notre nouvelle étape à Lausanne réunit tous les ingrédients : la Suisse premièrement, pays neutre, est toujours une destination privilégiée. Il ne faut pas oublier ensuite que les meilleurs cavaliers du monde sont suisses. Il y a une vraie culture du show jumping, des médailles et une connaissance des sports équestres excessivement intéressante. Surtout, Lausanne est le siège social de la Fédération Équestre Internationale et du Comité Olympique avec toutes les fédérations sportives olympiques. Notre événement aura lieu lors de la semaine olympique et tous les membres du comité olympique seront présents sur l’événement. Tous les ingrédients seront là pour mettre encore une fois notre sport sous les projecteurs et le mettre en avant, pas seulement dans le monde des sports équestres, mais dans celui du sport en général.

J’ai toujours été un fervent partisan des indoors parce que c’est là où on arrive à concentrer le public autour du sport et du spectacle, avec le son et la lumière par exemple ! Pour ces raisons là, le concours Indoor est un concept que je trouve absolument génial, mais on ne doit pas s’empêcher de nous développer donc je suis ouvert, je m’adapte et s’il y a des très belles opportunités outdoors pour rejoindre le circuit des Longines Masters, elles seront saisies. »

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL. Photo à la Une : Jean-Louis Carli / Alea pour EEM