En ce début de vacances d’été, la saison extérieure bat son plein, et avec elle les plus beaux concours outdoors, que cela soit sur sable ou sur herbe. S’il n’y a aucun doute qu’ils sont visuellement les plus impressionnants, les terrains en herbe nécessitent toutefois un entretien complexe, plus sujets aux conditions météorologiques que leurs cousins en sable, comme nous avions pu le voir il y a quelques années lors de l’annulation du CSIO de Lummen suite à la pluie. Sable ou herbe ? Un cavalier et un organisateur de concours nous donnent leur avis d’expert sur le sujet. C’est la question du mois !

Sable ou herbe : quel terrain choisir ?

Jérôme GUERY : « Je suis un grand fan des terrains en herbe, j’adore ça : ce sont vraiment des terrains qui me correspondent bien et qui correspondent également à mon équitation. Je monte dans le galop, et c’est sur ces terrains-là que je me sens le mieux. Si les championnats sont sur sable, je pense que c’est dû au fait qu’ils ont sans doute peur qu’il y ait un problème avec les intempéries, et qu’en conséquence les championnats ne puissent avoir lieu. Je trouve un championnat plus beau sur une piste en herbe, mais quand on a un grand terrain en sable comme on à Rio, Göteborg ou encore Tryon, on a un peu la même manière de monter que sur une piste en herbe parce ce que ce sont des terrains énormes. C’est vraiment la taille du terrain qui est importante, mais au final, ce sont souvent les terrains en herbe qui sont les plus grands.

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Un sol de qualité sur herbe est un sol qui ne glisse pas, qui répond bien, qui n’est ni trop dur, ni trop mou. C’est vraiment ce que l’on recherche et quand on l’a, je trouve que les chevaux s’expriment beaucoup mieux sur herbe que sur sable. Je pense qu’il est assez difficile d’avoir un bon terrain en herbe dans le Nord : ce sont plus des terrains que l’on retrouve dans les pays chauds, car lorsqu’il pleut trop, il est difficile de conserver leur qualité, et c’est souvent ce problème que l’on a dans le Nord. Maintenant, il y a quelques terrains qui sont quand même très bons. L’avantage avec une piste en sable, c’est que l’on a toujours la même qualité de sol donc il n’y a pas de surprise. On a toujours un bon sol, une bonne frappe, ça ne glisse pas : c’est bien plus sûr qu’un terrain en herbe. Pour les organisateurs, c’est bien plus simple de faire un concours sur sable que sur herbe.

Je n’ai jamais vraiment eu de cheval pour qui je pouvais dire qu’il était moins bien sur l’herbe ou sur le sable, mais il est certain que certains chevaux sautent beaucoup moins bien sur herbe et inversement. Chaque année, je pars au Sunshine Tour pour préparer mes jeunes chevaux et ma saison et j’en profite donc pour entraîner mes chevaux sur herbe. Je trouve que c’est le meilleur endroit pour entraîner ses chevaux sur les terrains en herbe donc dès leur plus jeune âge, dès qu’ils ont cinq ou six ans, ils ont déjà l’habitude de sauter sur herbe et je pense que c’est pour cela qu’il n’y a pas de grosse différence entre herbe et sable pour mes chevaux.

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Jérôme GUERY et Grand Cru van de Rozenberg © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

À la maison, j’ai les deux : une piste en sable et une en herbe, toutefois je ne saute pas sur ma piste en herbe ou très peu, des cavalettis par exemple. Mais j’adore travailler mes chevaux dessus. Je n’y saute pas parce qu’elle n’est pas de qualité assez bonne pour pouvoir sauter régulièrement. Il est important que les chevaux s’adaptent parce qu’évidemment, c’est un autre contact au sol pour eux donc le fait de travailler souvent sur herbe leur permet de se sentir à l’aise quand on arrive sur ce genre de pistes en concours.

Pour moi, le concours de Mexico, sans parler de ma victoire, reste le plus beau concours sur herbe qu’il y ait grâce à l’ambiance, l’atmosphère et la qualité du terrain. Il y a d’autres concours que j’aime vraiment beaucoup à l’instar de Dinard : je trouve que c’est un magnifique terrain en herbe avec cette espèce d’arène. Madrid également, même si Aix-la-Chapelle demeure LE concours mythique parce qu’on a soixante mille personnes présentes. Dinard, Madrid et Mexico n’ont en tout cas rien à envier à Aix-la-Chapelle au niveau de la qualité de la piste. »

Danièle MARS, organisatrice du Jumping International de Dinard : « Cela dépend de quel point de vue on se place : d’un point de vue météorologique et tenue (esthétique) du terrain sur la durée de la manifestation, le terrain en sable est plus sécurisant pour l’organisateur. La piste en sable peut être utilisée pour de multiples manifestations durant l’année. C’est un terrain dur, il doit être détrempé et se compacte très fortement en séchant, ce qui permet une bonne frappe, mais sollicite plus les articulations des chevaux à la réception. Il est est en quelque sorte standardisé. Où qu’ils aillent, les cavaliers et les chevaux retrouvent à peu près les mêmes sensations. Le terrain en sable est visuellement un terrain « triste », particulièrement en extérieur où l’on ne peut pas jouer avec des effets de lumière.

Le terrain en herbe est moins sécurisant pour l’organisateur. Le site de la météo est celui que nous consultons sans arrêt pendant les dix jours précédant la manifestation ! Même très bien drainé, un terrain en herbe qui est trop « détrempé » pendant les épreuves va moins bien tenir esthétiquement, tout en restant confortable à Dinard compte tenu du pourcentage très important de sable importé dans le sol. Les vétérinaires commencent à dire qu’un bon terrain en herbe est moins traumatisant pour les articulations des chevaux qu’un terrain en sable. Il ne faut pas chercher à « rentabiliser » un terrain en herbe ; on ne peut aller au-delà de deux ou trois manifestations par an. Les terrains en herbe sont toujours de grands terrains, ce qui permet aux chevaux d’avoir des phases de galopades pendant lesquelles ils peuvent reprendre leur souffle. Ils sont visuellement et télévisuellement très attractifs. Ce sont souvent des terrains techniques, car rarement complètement plats, et la gestion des montées, descentes et dévers est une complexité supplémentaire à gérer pour le cavalier mais également pour le chef de piste afin de ne pas mettre les chevaux en défaut.

famille mars dinard 2016
© Jump’inside / Marie-Juliette MICHEL

À mes yeux, ce qui fait une piste idéale est la qualité du sol bien sûr : il doit permettre une bonne frappe tout en étant souple par ailleurs. Mais également la taille de la piste : le problème ne se pose pas pour les pistes en herbe qui sont toujours de grande taille, mais beaucoup de pistes en sable sont de taille très réduite, mettant ainsi trop les chevaux à l’effort. Il faut également, autour des pistes, du public : c’est la présence d’un public nombreux qui (quel que soit le sport) rend les manifestations sportives vivantes et là aussi, trop de pistes sont « intimistes ».                 

Le terrain en herbe de Dinard n’est utilisé, quelles que soient les pressions extérieures, que trois week-ends par an : lors du championnat de Bretagne, du CSI 5* et pour un national le week-end suivant le CSI. L’entretien « physique » du terrain est assuré, sous notre contrôle, par les services « espaces verts » de la ville de Dinard. En dehors des tontes régulières, des traitements d’enlèvement des mousses et de l’apport d’engrais, nous apportons au sol en octobre et en juin de grandes quantités de sable pour en augmenter la souplesse, et en avril de la pouzzolane, matériau volcanique qui améliore le drainage du sol. Un système d’arrosage de l’ensemble du terrain permet de gérer au mieux l’humidité du sol en fonction des aléas météorologiques. La répartition des épreuves entre sable et herbe est élaborée principalement de façon à ce que les mêmes chevaux tournent sur des sols identiques. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL. Photo à la Une : © Jumping International de Dinard