Vous avez sans doute entendu parler d’elle durant ses années à poney et en Jeunes Cavaliers, Julia DALLAMANO fait maintenant parler d’elle sur les CSI 5*. Propulsée à haut niveau cette année grâce à Hoepala VH Daalhof, la cavalière de vingt-sept ans est passée à peu d’une sacrée performance lors du CSIO 5* de Gijón. Son CSIO de Gijón illustre justement l’un de ses plus beaux souvenirs, là où elle a pu être immergée avec les plus grands, notamment avec Kévin STAUT qu’elle admire particulièrement. Partez à la rencontre de cette cavalière qui a les pieds sur terre, à travers notre entretien au CSI 4* de Rouen.

Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

« J’ai commencé l’équitation par hasard, mes parents ne sont pas du milieu ! J’ai débuté comme beaucoup de monde à monter à poney et puis les choses se sont enchaînées rapidement. J’ai eu la chance de pouvoir participer à trois championnats d’Europe avec Black Devil dont mon premier à l’âge de treize ans, en 2003. J’ai d’ailleurs été sacrée vice-championne d’Europe en individuel et médaillée de bronze par équipes. En 2005, nous avons encore une fois obtenu une médaille de bronze par équipes. Multimed Marokko est le cheval qui m’a emmené sur les échéances juniors où je faisais encore une fois partie de l’équipe médaillée de bronze. J’ai ensuite continué avec Sarantos en Jeunes Cavaliers, en 2009, où nous terminions vice-champions d’Europe par équipes. En 2011 j’ai obtenu ma première sélection avec l’équipe de France seniors, c’était à Bratislava. Ensuite j’ai dû quitter le haut niveau et je me suis installée à mon compte. Cette période était difficile pour moi car je n’avais plus de chevaux de haut niveau et c’était compliqué d’en retrouver. Pendant ce temps-là, j’étais chez la famille DELESTREMarcel m’a entraîné durant cinq ans.« 

Tu as ATTEINT le très haut niveau cette année grâce à Hoepala vh Daalhof, parle nous un peu de ta jument !

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« Hoepala est mon cheval de tête et cela fait maintenant deux ans que je la monte. Les débuts ont été vraiment difficiles car elle a un caractère très spécial. J’ai mis du temps à la comprendre et trouver les boutons : on a mis un moment avant de sortir des sans-fautes. Elle avait déjà un certain passé. En effet, elle était auparavant dans les écuries Stephex où elle n’a jamais eu de très bons résultats. Cette jument avait besoin de beaucoup de temps pour avancer dans sa formation et comme il s’avérait que j’en avais, je l’ai récupérée. Les efforts ont fini par payer puisque maintenant qu’on se connaît bien, elle me donne beaucoup en piste. D’ailleurs Stephan CONTER y croyait beaucoup. Le point positif dans nos débuts c’est que lorsqu’elle acquérait quelque chose, c’était acquis une bonne fois pour toute et il n’y avait plus besoin d’y revenir. Une fois que la machine était lancée nous avons vite commencé les 2*, 3* et 4* en réalisant de belles performances. Cette année elle m’a permis d’obtenir ma première sélection en 5*. Désormais la jument m’appartient en partie et Stephan CONTER possède toujours l’autre moitié.« 

Julia DALLAMANO Hoepala VH Daalhof
Julia DALLAMANO et sa jument de tête Hoepala VH Daalhof © R&B Presse / Pascal RENAULDON

Justement, tu réalisais ton premier CSI 5* à valence, peux-tu revenir sur cette expérience ?

« J’ai été invitée au CSI 5* de Valence car je connais très bien Carlos LOPEZ qui est le cavalier du Haras des Grillons, là où se déroule la compétition. Il a donc voulu me donner ma chance et je le remercie entre une fois. Honnêtement c’était une superbe expérience mais qui fut très stressante. C’était en effet mon premier 5* donc le niveau était un cran au-dessus de ce que j’ai l’habitude de faire. Cette échéance m’a permis d’aborder le CSIO 5* de Gijón, où j’ai été sélectionnée par la suite, plus sereinement. Il y a eu de bonnes choses, de moins bonnes mais ça m’a permis de me lancer dans le grand bain.« 

le CSIO de GijÓn marquait ta première grande échéance, comment as-tu VÉCU cette SÉLECTION ?

« Philippe GUERDAT m’a appelé pour me dire que j’étais prise pour aller courir à Gijón. Ce fut évidemment un sentiment de satisfaction. Donc après Valence j’ai tout de suite enchaîné avec le CSIO de Gijón. Sur place j’avais envie de bien faire et surtout ne pas le décevoir. Maintenant que je le connais davantage, je suis plus à l’aise avec lui mais au début lorsque l’on ne connaît pas les gens s’est stressant ! Ce n’est pas du tout quelqu’un qui met la pression, bien au contraire, il veut que l’on soit le plus à l’aise possible pour avancer dans le bon sens. Il donne de nombreuses chances au plus grand nombre et je le remercie pour cela. »

EST-il facile de faire partie d’une Équipe de cavaliers habitués aux CSI 5* ?

« A Gijón, j’occupais la place de réserviste. Je n’avais pas encore l’expérience suffisante pour courir une Coupe des Nations et puis ma jument avait du mal à rentrer dans le temps des premières épreuves. La piste en herbe est magnifique mais très grande donc il faut galoper ! Elle a couru les autres parcours du week-end et on voulait la garder fraîche pour le Grand Prix. J’ai vraiment été épaulée par toute l’équipe, que ce soit aussi bien par Nicolas DELMOTTE, Kévin STAUT, Edward LEVY et Gregory COTTARD. Tout le monde était soudé et c’était fantastique de pouvoir évoluer avec eux. Ils m’ont apporté toutes leurs expériences et j’ai bien pu préparer le Grand Prix.« 

La faute sur l’ultime obstacle au barrage du Grand Prix de Gijón te coûte la victoire. De la satisfaction après la déception ? 

« Quand j’ai fait la reconnaissance du Grand Prix je me suis dit « ah oui ça ne rigole pas » (rires !). De manière générale, les épreuves étaient très grosses, et le chef de piste avait construit un très gros Grand Prix. Je suis passée dans le début et il y avait beaucoup de sans-fautes donc je n’avais pas plus d’a priori que ça. On m’avait dit que le temps était court donc j’ai serré mes courbes et puis finalement j’ai terminé en tête de la première manche grâce au sans-faute rapide de ma jument. Cet avantage m’a permis de repartir en dernière position dans la deuxième manche. Mes coéquipiers étaient encore une fois présents pour me donner toutes les informations et malheureusement je renverse le dernier obstacle qui nous coûte la victoire. C’est vraiment un manque de chance car c’est la faute qui n’arrive jamais. Je ne crois pas que Hoepala ait déjà fait une faute sur le premier plan d’un oxer avec ses postérieurs. Malheureusement c’est arrivé ce jour-là… J’étais à la fois déçue car je passais ici à côté d’une première victoire en 5* mais à la fois très contente de cette performance où nous nous classons huitièmes et meilleur couple tricolore.« 

Tu as ensuite brillé au Morocco Royal Tour. Peux-tu revenir sur ta PARTICIPATION À ce circuit ?

« Le Morocco Royal Tour est une tournée formidable. J’ai encore une fois eu beaucoup de chance d’être sectionnée par Philippe GUERDAT. Les épreuves sont très bien organisées, les installations dignes de ce nom et les gens très serviables donc rien à dire. Le seul aléa rencontré était la chaleur et c’était en effet difficile pour les chevaux. Hoepala était un peu fatiguée le premier jour du CSI 3* de Rabat, la veille de la Coupe des Nations. Le lendemain nous avons donc monté les chevaux plus tôt le matin pour bénéficier d’une température plus fraîche.

Pour revenir sur la Coupe des Nations, le parcours n’était pas énorme, d’un niveau correct pour un 3*. Là encore il y avait une bonne ambiance dans l’équipe et ce fut un plaisir de courir avec mes collègues Romain LAVIGNE, Max THIROUIN, Severin HERAULT. Pour la plupart d’entre eux, c’était leur première Coupe des Nations donc là encore une équipe nouvelle. Nous avions la pression après le passage de Max qui était le premier de l’équipe à s’élancer car malheureusement ça ne s’était pas passé comme prévu. Nous nous sommes dit que nous n’avions plus le droit à l’erreur et ça nous a bien boosté pour la suite de l’épreuve. Tous les autres chevaux ont bien sauté et nous avons fini en tête. Dans la deuxième manche, les chevaux avaient un petit contrecoup et avec la chaleur et les enchaînements, ils ont moins bien sauté. Max est néanmoins bien reparti et a accusé une petite faute. Ma jument s’est baladée sur les deux parcours. Elle qui peut être chaude en deuxième manche s’est très bien comportée. Notre deuxième place finale fut une satisfaction.« 

Julia DALLAMANO et ses coéquipiers dans la Coupe des Nations de Rabat © R&B Presse / Pascal RENAULDON

As-tu un ENTRAÎNEUR particulier pour arriver a de telles performances ?

« L’an dernier Patrick CARRON m’entraînait mais maintenant je travaille toute seule. Je m’entends très bien avec Nicolas DELMOTTE, alors dès que nous sommes en concours ensemble je n’hésite pas à prendre ses conseils en plus de l’aider comme je peux. Je prends également les conseils de tout le monde et j’observe beaucoup les cavaliers travailler.« 

As-tu justement un cavalier qui t’inspire ?

« Sans hésiter Kevin STAUT ! Et encore plus depuis notre concours ensemble à Gijón. C’est vraiment une belle personne aussi bien à pied qu’à cheval. Il est toujours présent pour aider ceux qui en ont besoin. Il pourrait être « blasé » et se dire que ce n’est pas intéressant pour lui de faire des concours avec des personnes moins expérimentées comme moi, mais non au contraire, il est toujours disponible pour la moindre question. Il sait qu’on a besoin de lui et il regardait tous nos parcours. C’est vraiment le cavalier que j’admire pour sa personnalité, ses performances, son équitation.« 

MAINTENANT que tu as fait tes premiers CSI 5*, quelle est la suite de ton programme et quelles sont tes ambitions ?

« Le CSI 4* de Rouen signait la fin de la saison, ma jument a beaucoup tourné cette année. Après en avoir discuté avec Philippe nous nous somme dit que ça serait son dernier concours. Elle va rester tranquille tout l’hiver et ressortira pour la saison extérieure, là où elle se plaît mieux.

J’aimerais bien faire de nouveau des Coupes des Nations avec la veste tricolore. Il faut voir comment la saison démarre et être prête pour l’échéance en question. Je ne veux pas précipiter les choses et ne veux pas m’élancer dans un concours si je n’ai pas ma chance.« 

Quel est ton plus beau souvenir depuis tes DÉBUTS ?

« C’est une question difficile car j’ai plein de beaux souvenirs en tête notamment dans mes années à poney et en Jeunes Cavaliers. Mais si je devais en retenir un seul, ça serait le CSIO de Gijón. C’est un très grand concours et réaliser la performance que j’ai faite était inattendue. Je suis très fière de ma jument avec tout ce qu’elle m’a donné.« 

Un rêve ?

« Comme tous les cavaliers je rêve de courir un jour les Jeux Olympiques mais ça reste un rêve car la route est encore très longue. Il faut travailler corps et âme, faire les bons choix et continuer à y croire !« 

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

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