Geoffroy DE COLIGNY, installé chez lui à Pont-l’Evêque, a tiré le meilleur profit possible de la période de confinement imposé par la crise sanitaire inédite que le monde traverse encore. Travailleur assidu, le cavalier a repris le chemin de la compétition en signant six victoires en seulement deux concours. Il revient avec nous sur ses derniers mois et ses ambitions futures.

Peux-tu nous parler de ta structure et de ton système actuel ?

« Je suis installé au sein du Haras de la Martinière qui appartient à ma femme, Coralie, et à moi-même depuis maintenant sept ans. Nous avons une écurie de trente-quatre boxes qui sont occupés par des chevaux de valorisation, de commerce, d’élevage et quelques chevaux de propriétaires amateurs que j’entraine. Faire du commerce est très intéressant car cela permet de voir que les chevaux que je monte au quotidien conviennent aussi à d’autres cavaliers. Au-delà de ma propre performance, je me soucie beaucoup des résultats de mes chevaux montés par d’autres, c’est en quelque sorte un gage de qualité. L’élevage, en revanche, est nouveau pour nous : nous avons seulement trois poulinières et nos premiers produits ont trois ans cette année. On essaye de choisir des bons pères, qualiteux mais surtout avec une bonne souche maternelle, ce qui est primordial pour moi. Le but est de pouvoir garder les meilleurs afin d’assurer la relève mais bien évidemment, nous avons toujours le soucis de l’entreprise à faire tourner, donc certains seront destinés au commerce. J’ai plusieurs casquettes mais c’est primordial dans le contexte actuel si on veut rentabiliser notre système. »

Comment as-tu vécu cette période de confinement durant cette crise sanitaire en France ?

« Ça a été une période inédite, j’ai seulement vingt-neuf ans donc je n’avais jamais été confronté à ça. Nous avons tout de même eu la chance d’être confinés chez nous, au milieu de nos chevaux. Je suis un cavalier qui est en concours toutes les semaines donc rester chez soi pendant deux mois m’a procuré un sentiment étrange, surprenant. Néanmoins, pour les chevaux, et surtout les jeunes, ça a plutôt été un mal pour un bien. Ça nous a permis d’avoir plus de temps pour faire les choses, les analyser et répartir au mieux le travail sur la semaine sans se soucier des concours. Nous parvenons à nous organiser convenablement avec les concours mais leur absence nous a permis d’approfondir davantage le travail quotidien. Nous avons mis un système en place les quinze premiers jours du confinement avec un programme type et on a essayé de le maintenir pendant toute cette période. J’ai fait le choix de garder les chevaux en condition concours, j’ai continué à enchaîner des parcours, sur des hauteurs raisonnable, jusqu’à un mètre vingt-cinq. En parallèle de ça, je faisais aussi des exercices de gymnastiques.

Cédric LONGIS, qui est un chef de piste que j’admire tout comme Grégory BODO, m’a envoyé des plans de parcours adaptés aux dimensions de ma carrière. C’est important de toujours pouvoir s’appuyer sur d’autres idées que les siennes. Souvent, les cavaliers mettent des parcours qu’ils imaginent ou qu’ils ont sauté le week-end en concours mais c’est vraiment bénéfique de voir des choses nouvelles, venues de l’extérieur. Pendant le confinement, j’ai également beaucoup échangé avec mes amis : Edward LEVY et Hugo BREUL, nous échangions les vidéos de nos parcours à la maison. Il est important de confronter nos idées et nos points de vues. Je travaille également avec Bertrand DE BELLABRE, avec qui j’ai beaucoup pu discuter ces quelques mois afin qu’il me fasse part des choses qu’il avait pu voir et que je n’avais pas forcément ressenti.

À la maison, j’ai la chance de pouvoir compter sur Coralie, ma femme, qui travaille avec moi au quotidien. Elle connait parfaitement mes chevaux et a donc un bon œil sur ce que je fais. J’essaye de me remettre en question régulièrement, j’ai constamment envie de progresser, rien n’est jamais parfait, on peut toujours faire mieux même quand on gagne. J’ai confiance en moi, je suis motivé mais il ne faut jamais se reposer sur ses acquis. Depuis la fin du confinement, j’ai sensiblement conservé ce même fonctionnement avec quelques adaptations compte-tenu de la reprise des concours. Avec certains chevaux, je me suis aperçu qu’ils avaient besoin de sauter plus régulièrement, surtout de la gymnastique. Je bénéficie également de cours avec une dresseuse qui me fait travailler chaque semaine sur le plat, et vient complémenter le travail effectué avec Betrand.

Ce qui est sûr est que cette période, qui pouvait sembler compliquée à première vue, nous a permis de mieux connaître nos chevaux et de nous adapter à leur tempérament. Au-delà des chevaux, nous sommes installés sur dix-sept hectares donc nous en avons profité pour réaliser les travaux extérieurs que nous n’avons pas forcément le temps de faire lorsque nous sommes en pleine saison de concours. Nous avons vraiment mis la main à la pâte pour entretenir les paddocks, décorer notre environnement, etc. »

Six victoires en deux week-ends de concours : quel est ton secret ?

« En effet, j’ai signé six victoires avec cinq chevaux différents. Il n’y a pas vraiment de secret mais simplement un travail de longue haleine qui paye. Ma motivation est restée intacte pendant le confinement et ça a fortement impacté mes résultats dès le retour en compétition. On parle beaucoup des chevaux, mais il faut être conscient que notre mental et notre condition physique sont tout aussi importants. J’ai toujours aimé courir, et pendant le confinement j’ai vraiment accentué ma pratique du sport, en respectant les consignes de l’Etat bien-sûr. Je me suis même fixé comme objectif de participer au semi-marathon de Deauville en novembre prochain. Il est important de pratiquer un autre sport, ça permet de se rendre compte des efforts qu’on fourni. Bien-sûr à cheval, on en fait mais à force on s’installe dans une routine et on n’a plus conscience des efforts. La course à pieds m’a également aidé à mieux gérer ma respiration et travailler d’autres groupes musculaires. Outre cette condition physique, sauter toutes les semaines m’a permis de rester dans le coup et à l’écoute de mes chevaux. Les victoires se gagnent à quelques centièmes de secondes, avec des courbes plus serrées, quelques foulées enlevées par-ci par-là, et c’est ce lien et cette confiance qui nous unis à nos chevaux qui nous permettent de prendre ces risques. Ce lien là a été renforcé avec le confinement. Plus nous passons du temps avec nos chevaux, que ce soit à pied ou en selle, plus nous sommes en osmose avec eux.

Pour prendre l’exemple de Raimondo du Plessis, qui a aujourd’hui quinze ans, il est toujours en super forme car depuis qu’il est arrivé aux écuries à l’âge de six ans, j’ai bien géré sa carrière en étant très à son écoute, de son corps et de son fonctionnement. Si on veut perdurer à haut niveau, il est primordial de connaître nos chevaux sur le bout des doigts et de relever chaque anomalie pour les analyser ensuite. À partir de là, on économise nos chevaux et ils restent au meilleur niveau plus longtemps. De plus, je suis souvent en concours mais j’ai la chance d’avoir une équipe formidable à la maison en qui j’ai entière confiance, ça contribue également à mes performances car ça m’enlève un stress qui peut peser parfois lourd. »

Six victoires avec cinq chevaux différents, tu sembles bien équipé pour les prochaines saisons ?

« Complètement ! J’ai de nouveaux propriétaires qui me font confiance, j’ai notamment pu récupérer Cornet’s Velvet RS avec qui j’ai réalisé de très belles performances en me classant dans plusieurs Grands Prix 1.45m. Nous avons pris part au GP 1.50m à Notre-Dame-d’Estrées où nous réalisons un bon parcours malheureusement pénalisé de huit points. C’est un des premiers parcours de ce niveau en extérieur pour le cheval, on a encore besoin de prendre nos marques, de se connaître davantage mais c’est prometteur pour la suite. J’ai également la chance de pouvoir compter sur Boubou de la Roque, dont je suis co-propriétaire avec le Haras de la Roque. Elle arrive à maturité et est promise à un bel avenir. J’aime beaucoup récupérer les chevaux jeunes et les former, prendre le temps et leur donner la meilleure expérience possible afin qu’ils prennent goût à la compétition, comme moi. Dans mon piquet de jeunes chevaux, deux sont vraiment prometteurs : Ecco du Plessis, propriété de Monsieur VOLKAERT et Epsilon de Laume qui appartient à l’élevage de Laume de Denis MOREL. »

tu participes à des concours « vieux chevaux » avec des jeunes chevaux. pourquoi avoir fait ce choix ?

« Le circuit jeunes chevaux est légèrement trop axé sur la compétition. Les chefs de piste cherchent le vice dans la construction de leurs parcours pour entrer dans leur quotas de sans-faute, et je trouve ça dommage car on n’apprend pas aux chevaux à prendre plaisir en allant en concours. Les épreuves de formation sont construites de manière plus faciles et s’approchent des préparatoires, mais dans les Formations 3 nous sommes sur des hauteurs maximale de 1.15m, qui ne sont donc pas suffisantes pour des six ans. Le circuit SHF n’est pas forcément adapté, que ce soit pour les chevaux d’avenir car il est parfois trop piègeux, ou pour les chevaux de commerce qui sont destinés à des amateurs car ça ne les rend pas pratiques. » 

Quels sont tes objectifs à court et moyen terme ?

« Je vais notamment faire le CSI 3* de Deauville mi-août avec Cornet’s Velvet RS. En fin d’année, j’aimerais déjà être performant sur les CSI 3* et débuter les 4* avec l’ambition de faire quelques 5* en 2021, si possible. J’ai vraiment envie de profiter d’avoir un piquet de chevaux bien fourni et qui arrive au top de sa forme. »

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS. Photo à la Une : © Alice BONNEMAINS