Étoile montante helvétique mais aussi élève du Champion olympique Steve GUERDAT, Anthony BOURQUARD, malgré son jeune âge, fait beaucoup parler de lui tant par ses résultats que pour son travail au sein des écuries de l’actuel numéro un mondial. Nous l’avions déjà rencontré lors du Morocco Royal Tour 2019. Un an plus tard, le Suisse revient avec nous sur son évolution et sa nouvelle recrue Cornet 39.

Ton nom ressort de plus en plus dans les médias, mais il n’est peut-être pas inutile de te demander un petit historique de ton parcours professionnel !

« Je suis fils d’un gérant de manège, Roger BOURQUARD. Il possède un manège de trente chevaux dans le Jura suisse. Je baigne donc depuis tout petit dans le monde de l’équitation. Il y a une vingtaine d’années, Steve GUERDAT est venu dans les écuries de mon père, qui se situent à coté de ses écuries familiales. Il a donc fait ses premiers concours et expériences à plus haut niveau accompagné de mon père. Alors, déjà très jeune, je faisais quelques stages chez Steve dans ses anciennes écuries et ce, tout en continuant mes études de commerce. J’ai fait un certificat d’employé de commerce comme on dit en Suisse. Finir mon cursus scolaire était le souhait de mes parents, ce qui était une très bonne chose. Je ne pense pas avoir perdu de temps ! D’ailleurs, je pense même que c’est un avantage notamment au niveau de la comptabilité et  pour gérer une entreprise. Cela m’aidera pour mon avenir. Suite à cela, j’ai tout de suite compris que mon envie était de me tourner vers les chevaux. Sans hésiter, après avoir terminé mes études, je suis parti chez Steve GUERDAT en tant que stagiaire dans ses écuries à Zurich. Six mois après, il m’a proposé de travailler pour lui et voilà maintenant cinq ans que j’y suis. »

Travailler chez Steve GUERDAT aussi jeune et être pris sous son aile était un objectif pour toi ?

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« Je ne peux pas dire que c’était un objectif. Cependant, cela a toujours été un souhait d’aller chez lui. Je voulais voir ce qu’il se fait de mieux dans le sport de haut niveau. Pour être honnête, quand je suis arrivé chez Steve, je ne savais pas ce que l’avenir me réservait : si j’allais rester chez lui ou aller à l’étranger. Dès les débuts, nous nous sommes très bien entendus, je n’ai donc eu aucune raison de partir. Steve a toujours été super avec moi ! J’avais toutes les cartes en main pour rester et je lui ai toujours montré cette envie. Je pense que c’est aussi ce qui a motivé Steve à me garder et, aujourd’hui, c’est une histoire qui est en train de perdurer. »

Peux-tu nous parler justement de votre relation et de votre travail au quotidien ?

« Le lien de patron – employé est peut-être mal adapté car je pense qu’il y a un peu plus : cela relève de l’amitié. Quand je suis arrivé chez lui, j’avais dix-huit ans et je ne savais pas vraiment tout de la vie. Il m’a beaucoup appris et aidé autant à cheval que dans le quotidien. J’ai vécu ma période d’adolescence chez lui, il m’a pris sous son aile donc ce n’est pas juste de dire que c’est simplement mon patron. Il y a vraiment un lien bien plus fort entre nous. Cependant, quand on travaille, chacun a son rôle. Moi, je travaille pour ses écuries et je veux tout faire au mieux pour qu’elles fonctionnent bien : il y a là un lien très professionnel. Mais, cette notion d’amitié et de respect est toujours présente. Elle prend une très grande place. »

Une histoire a beaucoup fait réagir dernièrement… Steve GUERDAT t’aurait acheté Cornet 39 pour faire tes armes au plus haut niveau. Raconte-nous !

« Le cheval appartenait à une cavalière basée chez nous, Paris SELLON. Elle est la conjointe de Martin FUCHS. Il se trouvait que le cheval devait changer d’écuries alors cette dernière est venue en discuter avec Steve. Il a pensé que Cornet 39 pouvait être un cheval qui m’apporterait de l’expérience, qu’on s’en occuperait bien et ainsi, lui faire finir sa carrière au mieux possible et dans le respect de son âge. Alors, ils se sont entendus sur tous les termes du contrat avec Paris. Je ne les connais pas : c’est entre eux ! Mais, il se trouve que le cheval est arrivé dans nos écuries. Steve GUERDAT m’a dit : « C’est toi qui va le monter, fais de ton mieux, ne te mets pas trop de pression mais c’est un cheval qui peut t’apporter beaucoup d’expérience. Nous souhaitons que Cornet 39 termine bien sa carrière tout en étant bénéfique pour ton évolution. »

Nous avons commencé gentiment les parcours de travail lors de la tournée hivernale du Mediterranean Equestrian Tour d’Oliva. Le but a été d’apprendre à se connaître. On a fait une épreuve à 1.45m lors de la dernière semaine avec un sans-faute à la clé. Je pense petit à petit comprendre les boutons du cheval même s’il n’est pas tout simple ! Il est extrêmement sensible. C’est un cheval attachant mais il faut le comprendre. Je pense que Cornet 39 est un cheval avec qui il faut prendre le temps de se mettre et de se façonner à lui. Je commence tout doucement à le comprendre et j’espère que les résultats et victoires seront présentes à l’avenir. »

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Cornet @metoliva 🇪🇸

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N’as-tu pas l’impression de vivre dans l’ombre d’un champion ?

« Je ne pense pas ! Pour moi c’est une grande chance car, grâce à Steve, j’ai eu toutes ces opportunités et ses bons chevaux. C’est aussi grâce à toutes ses victoires et à son palmarès qu’on arrive à avoir de très bonnes montures dans les écuries. Je bénéficie de tout cela. Je fais de mon mieux chaque jour afin d’avoir sa confiance et je trouve qu’il me le rend extrêmement bien en me donnant d’excellents chevaux. On arrive à travailler ensemble avec ça. Je ne me trouve pas dans l’ombre car de toute façon, je pense que c’est difficile d’être meilleur que lui ! Et, je ne recherche pas du tout ça. J’essaie vraiment de tirer 100% du bénéfice d’être dans une écurie de haut niveau et d’avoir son expérience chaque jour. C’est vraiment quelque chose d’incroyable : je ne pense jamais pouvoir retrouver ça ailleurs. Je profite donc de chaque instant et fais de mon mieux aux écuries. D’ailleurs, cela a l’air de porter ses fruits car je progresse de plus en plus chaque année. Je ne m’estime en aucun cas dans l’ombre de Steve, puisqu’il me pousse vers le haut et vers le devant de la scène.

Mon objectif est d’aider l’écurie de Steve GUERDAT tout en faisant mon chemin. Tout cela est possible grâce à lui et c’est une véritable chance. Je suis son employé mais il a surtout envie que je réussisse dans le sport, ce qui est rare chez un patron d’écurie. »

Steve GUERDAT est un véritable modèle de fidélité pour notre sport. S’attache-t-il à inculper ces valeurs-ci à son entourage ?

« Bien sur que oui ! Une personnalité comme Steve ne peut qu’être bénéfique à son entourage. Il dit ce qu’il pense que ce soit face aux médias ou face à nous, c’est pareil. C’est quelque chose que j’ai beaucoup appris dans ma vie à ses côtés : être vrai, faire les choses justes et travailler pour le sport, le tout en privilégiant les chevaux avant l’argent. Je pense qu’en sortant de chez lui, on ne peut qu’être un homme de cheval car, avec l’homme de cheval qu’est Steve GUERDAT, on apprend tout les jours. Je ne parle pas que dans le sport car être cavalier de sport est une chose, mais être homme de cheval en est une autre ! Et, c’est bien plus compliqué à atteindre et à apprendre. À mes yeux, ce sont les meilleures valeurs qu’un cavalier puisse apprendre pour commencer sa carrière et je le remercie pour cela. »

Comment analyses-tu le milieu actuel du jumping ?

« Notre monde évolue très vite. On est vraiment face à une évolution flagrante ces dernières années et c’est assez incroyable. Moi qui suis encore un jeune cavalier dans ce sport, j’ai connu de nombreuses évolutions. Cela veut dire que ces changements sont assez récents et modernes. En très peu d’années, je trouve qu’on a bien évolué et à grands pas : on en bénéficie fortement. Cependant, cela reste à mesurer, il y a des bonnes choses comme de moins bonnes. Les prochaines années, il faudra surement faire du tri mais le sport équestre évolue bien. Pour moi, le format olympique est la grande question actuelle et à mon humble avis, c’est un peu cela qui va diriger notre sport les prochaines années. Si l’on arrive à rester un sport olympique, on a de belles années devant nous. »

Que peut-on vous souhaiter dans l’avenir ?

« Je souhaite continuer dans ce sens, être heureux avec les chevaux et je vis pour cela actuellement : je ne peux pas demander mieux. Il est vrai que lorsqu’on touche le haut niveau, on a envie d’y arriver mais je ne veux pas bruler les étapes. Je sais que c’est très compliqué mais quand on est dans une écurie telle que celle de Steve GUERDAT, on a envie d’y croire. Je vais tout faire pour ! Mais, je souhaite être performant sur le long terme et donc prendre mon temps pour me préparer et m’armer pour perdurer à ce niveau. »

BONUS 🎥

Propos recueillis par Théo FIEFFE. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE