Longtemps « fils de », le cavalier français Philippe ROZIER a su imposer son nom grâce à son propre parcours sportif. Alors que nous sommes en pleine année olympique, plongez-vous avec lui dans plus de cinquante ans d’histoires équestres !

Pouvez-vous revenir sur vos tout premiers Jeux olympiques ?

« Mon premier vrai souvenir de Jeux olympiques est quand mon père, Marcel, a obtenu la médaille d’or à Montréal en 1976. Sauf que, j’étais en colonie de vacances au fin fond de l’Irlande dans le Connemara à ce moment-là et que je n’avais pas de téléphone ni de télévision. Notre « géo » qui écoutait la radio, en anglais bien-sûr alors que nous ne parlions pas un mot d’anglais, m’a dit « Je crois que ton père est Champion olympique » !

Mes premières Olympiades en tant que cavalier ont été celles de Los Angeles en 1984. Mon père était alors entraineur de l’équipe de France et j’avais vingt ans. Quand vous êtes sélectionné par votre père, vous en prenez plein la gueule. Heureusement, tout s’est très bien passé et j’ai pu montrer que j’étais capable de courir les Jeux olympiques. Nous sommes d’ailleurs très peu de cavaliers au monde à avoir participé aux JO à seulement vingt ans.

Mon souvenir le plus marquant de Los Angeles reste mon parcours sans-faute avec Jiva. J’avais raté la première manche et dans la deuxième j’ai fait le sans-faute qui a relancé l’équipe de France et c’est là que s’est déroulée la fameuse histoire de Pierre DURAND et Jappeloup qui sont tombés et nous sommes donc passés à côté des médailles d’argent ou de bronze. »

Passionnant ! Passons à la suite.

« J’ai ensuite été réserviste lors des Jeux de Séoul, en 1988. Puis j’étais été courir ceux d’Atlanta, aussi en temps que réserviste, en 1996. Il faut accepter d’être réserviste parfois, parce que son rôle est très important. C’est lui qui aide les autres et c’est pour cela que je considère que le réserviste doit avoir beaucoup d’expérience, parce qu’il doit être au service de son équipe, à pieds. Ça ne doit pas être un petit jeune, parce qu’il ne sert à rien, tout est nouveau pour lui et il n’a aucun recul.

J’ai ensuite été sélectionné pour ceux de Sydney en 2000. Je rentre en piste pour la médaille d’or par équipe avec Barbarian, j’avais le droit à trois fautes et j’en ai fait quatre. Il s’est avéré que mon cheval avait une entorse et nous avons finalement terminé quatrièmes, à la place du con, bien que nous étions totalement outsiders. »

Philippe Rozier et barbarian
Philippe ROZIER et Barbarian à Sydney © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Nous arrivons donc maintenant à 2016, Rio… La consécration !

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres. C’est effectivement ce qui est arrivé à Rio de Janeiro pour les Jeux de 2016. Simon DELESTRE n’a pas eu de chance, Ryan des Hayettes s’est blessé alors qu’ils étaient les piliers de l’équipe de France à ce moment-là. À la dernière minute, on m’a dit que  j’allais les remplacer. Ça a été ma chance et je l’ai saisie. On avait une belle équipe, quatre super cavaliers très motivés et soudés, avec quatre super chevaux et tout a bien fonctionné.

J’ai d’ailleurs l’impression que ce que nous avons vécu à Rio en 2016, c’était hier. Ces derniers temps, nous avons eu des réunions pour préparer les JO de Tokyo avec la Fédération française d’équitation, c’est quasiment la même équipe. Ça m’a fait drôle. J’ai l’impression qu’on prend les mêmes et qu’on recommence. On a essayé les vêtements Lacoste comme il y a  quatre ans, c’était spécial.

Tout ça pour dire qu’il faut persévérer dans la vie ! Si on m’avait dit après Sydney que je serai médaillé d’or seize ans après, je l’aurais pris avec humour. C’est d’ailleurs assez drôle, les Jeux précédant ceux de Rio, à Londres donc en 2012, j’étais sur place en tant que consultant avec Kamel BOUDRA et Virgine COUPERIE pour Equidia Life… De consultant à réserviste en passant par médaillé d’or, les chevaux c’est comme ça, il n’y a vraiment rien d’écrit à l’avance. »

Tokyo arrive, comment on se relance pour une sixième Olympiade ?

« Cette fois, je ne me prépare pas. Je ne suis pas du tout dans le même registre qu’il y a quatre ans. Rahotep de Toscane, mon cheval de tête, sort de blessure. Ça a pris longtemps à soigner mais le bon coté c’est qu’il est dans une belle forme mentale et physique puisqu’il n’a que peu concouru. C’est mon cheval qui me dira si nous sommes prêts pour de nouveaux Jeux. Je sais de quoi je suis capable, étant au service de l’équipe de France depuis trente ans, je sais de quoi est capable Rahotep, nous n’avons rien à prouver aujourd’hui. S’il est en forme et qu’il en a envie, l’entraineur décidera de notre sélection. Mais aujourd’hui je ne rentre pas dans cette course à la sélection, je n’aime pas la fanfaronnade, les cavaliers qui disent qu’ils iront aux JO six mois avant la sélection. Il faut laisser faire les choses. Au fond de moi j’ai envie d’y aller, j’y pense tous les jours et j’y penserai tous les jours mais annoncer la couleur maintenant c’est trop dangereux. On a le droit de rêver mais pas de se faire des films. »

Qu’est-ce que sera l’Après pour vous ? Ce moment où il faudra raccrocher les bottes…

« L’après carrière pour moi ça sera forcément la transmission. L’équitation est par essence un sport de transmission et je souhaite que toute mon expérience, mes victoires et mes défaites puissent bénéficier aux futures générations de grands sportifs. Nous, sportifs aguerris, devons être des vecteurs de ça. Aujourd’hui, si tu n’as pas un mentor qui t’aide quand tu es jeune, tu ne peux pas aller au haut niveau, et ce dans tous les sports. Derrière chaque sportif, il y a un mentor, un entraineur, quelqu’un qui donne la direction à suivre. Le rôle des cavaliers à la retraite, c’est de transmettre comment gérer les chevaux, ne pas faire le parcours de trop, être content de son parcours, etc. J’ai eu la chance d’avoir mon père, Rodrigo PESSOA a eu la chance d’avoir le sien, nous avons eu la chance de grandir dans des familles de champions, on se doit de transmettre cette richesse au maximum de personnes. Donc l’après pour moi : détection et transmission. »

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL et Pauline ARNAL. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE