La vie de cavalier est faite de cycles, au rythme des chevaux pouvant vous amener et vous maintenir à haut niveau. Après une première belle expérience dans la cour des grands avec Obiwan de Pilière en 2011, le Français Marc DILASSER arrive avec un système totalement repensé pour revenir et se maintenant à haut niveau.

Tout d’abord, comment va votre champion de France, Cliffton ?

« Cliffton*Belesbat va très bien, il fait une très bonne saison avec plusieurs classements dans des Grands Prix CSI 3* et 4* à Arezzo et Lons-le-Saunier entre autres, et également une victoire à Rosières dans le Grand National. Il s’est classé dans des épreuves intermédiaire dans les CSI 5* de Valence et Dinard donc tout semble aller dans le bon sens, avec d’autres très bons chevaux qui commencent à l’épauler à haut niveau. »

Utah van de Rock lui a finalement pris sa place de cheval de tête ces derniers temps, comment analysez-vous son évolution ?

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« Utah est un cheval que je monte depuis très longtemps puisque je l’ai eu à la fin de son année de cinq ans et il a aujourd’hui dix ans. Il a un potentiel énorme, en qui j’ai vraiment toujours cru même s’il a fallu trouver les clefs pour qu’il s’exprime comme il faut. Il a cette saison fait les Grands Prix CSI 5* de Dinard et Valence avec beaucoup d’aisance, s’est classé dans le Grand Prix CSI 3* de Canteleu, une montée en puissance logique au vue de son potentiel. Pour la suite de son programme, il devrait sauter le CSI 3* de Saint-Lô fin octobre, ensuite nous verrons ce que le sélectionneur national Philippe GUERDAT pourra nous donner comme ouverture, mais l’objectif est plus de le préparer pour les grosses échéances l’année prochaine. Ensuite, il partira à la congélation assez rapidement cet hiver. »

4pts à Dinard, 4pts à Valence… Utah van de Rock est tout proche d’une performance à la hauteur de son talent, dans un Grand Prix 5* ☄️Retour en vidéo sur son parcours de cet après-midi, d’une aisance déconcertante… ?Haras De Bélesbat | CWD | Samshield | Krafft France | DocHorse.fr | Flex-on | Westhead Sellerie | Kevin Bacon's | ACR Aluminium Horseshoes | RAZZA PURA | GT Concept | EasyPics | JUMPFAX | Lencare-santé-animale

Publiée par Marc Dilasser sur Dimanche 26 août 2018

 Comment pensez-vous qu’il est mieux de gérer la carrière sportive d’un étalon, qui est prélevé en parallèle ?

« Faire du sport et de l’élevage en même temps c’est toujours compliqué, que ce soit pour les mâles ou les juments, faire des transferts d’embryons en pleine saison de concours  est sensible par exemple… Je pense que pour que ce soit plus clair pour les chevaux dans leurs têtes et pour leur physique, il faut vraiment bien séparer ces deux parties, sport et élevage. On ne peut pas tout demander aux chevaux donc par expérience il faut faire des choix et des concessions durant la saison, si on a une jument ou un étalon et que l’on souhaite faire de l’élevage. »

Vous êtes associé à sa naisseuse et une propriétaire fidèle pour conserver Utah chez vous, l’histoire est belle !

« Bien sûr, c’est très chouette et en cette histoire a en réalité commencé quand j’ai monté la grand-mère d’Utah, Non CoupableCaroline BOU, leur naisseuse, est venue vers moi pour me proposer Utah quand il avait cinq ans, c’est à ce moment là que j’en ai acquis la moitié. Aujourd’hui le Haras de Bélesbat a également pris une part de propriété dans le cheval pour continuer l’aventure. C’est sûr que c’est très chouette, une belle aventure ça c’est certain ! »

En ayant monté autant de cracks dans votre carrière, qui pensez-vous voir accéder au haut niveau dans votre piquet ?

« Je n’ai jamais eu un tel piquet, j’ai cette année six chevaux qui se sont classés sur 1.50m ! Savoir lequel prendra l’ascendant sur les autres est difficile, j’espère que tous vont bien évoluer. Il y a Cinderella qui est un petit peu dans l’ombre cette année puisqu’elle était blessée mais elle a repris la compétition dernièrement et, à huit ans, a montré des choses impressionnantes. Il y a également les deux huit ans, Arioto*du Gevres qui était vice champion de France des sept ans et qui s’est classé à deux reprises dans les deux Grands Prix 1.50m qu’il a couru, et Abricot Ennemmelle qui s’est classé deuxième d’un Grand Prix 1.45 m à Tours-Pernay en septembre, qui prend le chemin d’un tout bon cheval aussi. J’ai un lot de chevaux un peu plus âgés avec Indigo, Cliffton et Utah qui sont vraiment impressionnants, maintenant il va falloir gérer tout ça mais je pense que c’est toujours un avantage pour un cavalier d’avoir beaucoup de chevaux prêts à accéder au haut niveau. Ça permet qu’ils s’épaulent les uns les autres et que lorsqu’il y en a un qui est plus en forme, les autres peuvent se reposer. De ce fait, je peux être en concours tous les week-ends. Cette année je voulais me concentrer sur les Grands Prix à 1.50m pour aguerrir mes chevaux plutôt que sur les CSI 2*, mais l’an prochain il est sûr qu’il va falloir lancer tous ces chevaux là sur des CSI 3* ou 4*, voire plus. J’ai tout de même couru plus d’une dizaine de CSI 3* ou plus cette année, mais en 2019 il faudrait que ce soit le double. On a de très grandes ambitions sportives pour l’an prochain, étant donné le piquet de chevaux actuel. »

Est-ce dû à plusieurs années de réflexion et au système basé sur le long terme que vous avez imaginé ?

« Après les ventes de Qamaieu de Montsec (désormais monté par l’Irlandais Thomas RYAN, ndlr), d’Obiwan de Piliere Jo (un temps présenté en concours par Gregory Wathelet, puis vu sous la selle du Brésilien Rodrigo MESQUITA MARINHO, ndlr), et de Dame Blanche van Arenberg(maintenant retraitée après avoir représenté la France avec Pénélope LEPRÉVOST, ndlr), qui ont toutes eu lieu en 2013, je me suis retrouvé à faire des CSI 1* et j’avais un piquet de chevaux un peu disparate dans mes écuries. Il a fallu réfléchir et se développer, et j’ai donc embauché un deuxième cavalier pour m’aider à monter les jeunes chevaux. Je pouvais ainsi en avoir plus, tout en me concentrant sur les vieux chevaux, et petit à petit mon piquet s’est renforcé. J’ai réussi à fidéliser une clientèle qui me suit, me fait confiance et est passionnée par le sport. Parmi eux il y a Géraldine HIERONIMUS, qui me fait confiance depuis cinq saisons, le Haras de Saussay avec lequel je travaille depuis huit ans, Monsieur et Madame BASTIN avec qui nous œuvrons depuis quatre ans, ou encore les propriétaires du Haras de Belesbat qui nous confient des chevaux depuis deux saisons. Je pense que j’ai de très bons chevaux dans mon piquet car notre système est solide et basé sur la confiance qui me lie à mes propriétaires sur le long terme. »

Quelles sont vos ambitions pour les années à venir, aussi bien à court qu’à long terme ?

« À court terme, je vais finir la saison en indoor sur des CSI 3* et continuer à aguerrir mes chevaux de huit ans sur le Grand National en parallèle. J’espère également avoir accès à quelques beaux concours avec Utah van de Rock, mais ça ne sera vraiment pas une fin en soi, car je n’ai pas envie de courir le circuit Coupe du Monde par exemple. Mon piquet n’est pas encore assez mâture pour ces circuits. Par contre l’an prochain je veux de nouveau prendre part à des Coupes des Nations, car ce sont ces épreuves qui m’animent depuis toujours. »

À propos de l’équipe de de France, comment avez-vous vécu les Jeux Équestres Mondiaux de l’extérieur et quel bilan en tirez-vous ?

« Le bilan sportif a déjà été présenté. Ce qui est sûr c’est que notre sport fonctionne toujours de façon un peu cyclique. Depuis cinq ou six ans, l’équipe de France était dans une période faste avec de bons chevaux et de bons cavaliers. Certains chevaux ont changé, certains cavaliers également, et il faut que chacun trouve sa place. Alexis DEROUBAIX a montré que c’était possible, avec un seul cheval de Grand Prix et en menant bien sa barque, de terminer parmi les dix meilleurs cavaliers d’un championnat du Monde. C’est encourageant et motivant pour tout le monde et en plus l’équipe n’a jamais été aussi ouverte qu’en ce moment, même si Kévin STAUT reste le leader incontestable de la France depuis dix ans. Je pense que ce sont des années de transition et que l’équipe va rebondir et retrouver des médailles très rapidement, dans les prochaines échéances. La Finale de la coupe des Nations de Barcelone (que la France a conclu à une belle deuxième place, ndlr) a d’ailleurs montré que tout n’était pas à jeter. C’est sûr que les résultats sont plus irréguliers mais ils l’ont toujours été. Il faudra ramener une médaille prochainement, des championnats d’Europe par exemple, pour que la France tienne son rang et puisse défendre son titre aux prochains Jeux Olympiques. »

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.