Troisième du classement Longines actuel, vainqueur de la finale Coupe du Monde cette année et récemment troisième du Grand Prix Rolex de Spruce Meadows, Mclain WARD ne cesse de faire parler de lui. S’il concourt moins fréquemment que de nombreux cavaliers, son palmarès peut être lui jalousé par beaucoup. Réserviste lors de la Coupe des Nations de Dublin, il a accepté de nous accorder de son temps afin de nous parler de lui et de ses opinions sur le sport équestre.

Pour commencer, pouvez-vous nous dire un mot sur le CSIO de Dublin ?

« J’ai remporté le Grand Prix en 2010 et cela reste un événement marquant dans ma carrière : aujourd’hui je suis toujours aussi fier d’avoir cette victoire à mon palmarès ! Le public est spectaculaire, tout comme le site et nous avons droit à du très beau sport. Pouvoir gagner à Dublin est quelque chose de très spécial. »

Vous montez HH Carlos Z qui a remporté en 2012 le Grand Prix du CSIO de Falsterbo avec Nicola PHILIPPAERTS, que pouvez-vous nous dire sur ce cheval ?

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« A l’époque où Double H Farms sont devenus mes sponsors, ils détenaient déjà la moitié du cheval et ils m’ont demandé si j’étais intéressé pour le monter afin qu’ils achètent la deuxième moitié. Bien sûr, je l’étais. Il était un superbe compétiteur et avait eu quelques hauts et bas au milieu de sa carrière mais il a toujours gardé ce même esprit de compétition. Pour les trois ou quatre dernières années, il a en quelque sort été un distributeur de billets ! Il gagne beaucoup d’épreuves et saute de très gros Grands Prix et en a même gagné au niveau 5*. Il est un important membre de nos écuries et comme on le dit souvent pour des boxeurs, il est le meilleur de sa « catégorie » ! »

Pouvez-vous nous parler un peu de HH Azur ?

« Elle est incroyable ! J’essaie de la préserver pour les événements importants et ne la sors pas autant que d’autres cavaliers font avec leurs chevaux de tête. Je ne concours moi-même pas autant que de nombreux cavaliers le font pour être honnête. J’essaie de choisir les compétitions qui seront bénéfiques à la fois pour moi et mes chevaux et je les garde frais et en bonne santé. Elle a d’ailleurs été en forme cette année avec notamment la victoire à la finale Coupe du Monde et une malheureuse barre au Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle qui nous tout de même permis de terminer à la septième place ! »

En dehors de vos choix de concours, que faites-vous pour conserver vos chevaux en pleine forme ?

« J’ai une équipe composée de superbes personnes derrière moi : mon personnel à l’écurie, mes grooms, mon maréchal ferrant, mes vétérinaires… Il y a toute une armée derrière un cavalier et je l’ai toujours dit. Mais ne pas abuser des compétitions est important : dans un monde où il y a de très bons concours chaque semaine cela reste quelque chose de compliqué à faire, il faut beaucoup de discipline. Cependant le cheval passe avant tout et nous faisons ce qui est bon pour lui. »

Que faites-vous lorsque vous êtes réserviste d’une Coupe des Nations ?

« Même en étant réserviste j’aide : nous sommes une équipe. Je n’avais pas été sélectionné pour faire partie de l’équipe sautant la coupe des Nations à Dublin afin que Lillie KEENAN ait l’opportunité d’y participer. Ma jument HH Azur avait très bien sauté dans la Coupe des Nations d’Aix-la-Chapelle et nous pensions que c’était une très bonne occasion pour cette jeune cavalière afin que nous consolidions nos forces pour l’année prochaine. De plus, j’étais déjà qualifié pour le Grand Prix, ce qui a sûrement aidé à faire ce choix. Mais comme je l’ai dit nous sommes une équipe et il est important d’être là pour les membres de cette équipe. De plus je trouve qu’il est toujours bien d’avoir quelqu’un à pied : quelqu’un qui fasse attention, qui soit là pour vous aider si jamais vous avez une question et pour cela j’ai fait la reconnaissance avec les autres cavalières. Nous sommes une équipe : nous gagnons et nous perdons ensemble. »

Montez-vous avez la même motivation lorsque vous participez à une Coupe des Nations qui ne rapportera pas de points à votre pays ?

« Oui absolument, nous avons en effet notre propre circuit pour nous qualifier à la finale de Barcelone mais nous parlons ici d’une compétition qui est la plus importante par équipe au monde. Vous vous retrouvez sur les plus beaux terrains du monde : regardez Aix-la-Chapelle et Dublin, vous ne pouvez que vouloir bien faire ! »

Les États-Unis ont aujourd’hui de très bons cavaliers, Kent FARRINGTON est d’ailleurs numéro un dans le classement Longines et vous êtes vous-même troisième.

« Je pense que nous avons un groupe central de cavaliers qui est très fort au haut niveau en ce moment. Notre mentalité est d’essayer d’avoir de plus en plus de cavaliers afin que nous puissions en avoir pour le circuit des Coupes des Nations. Nous essayons de donner des opportunités aux jeunes cavaliers de concourir à haut niveau et ces opportunités se présentent en fonction de leurs résultats en compétition. Si les résultats montrent que cela vaut la peine qu’un cavalier monte en équipe, ce cavalier doit avoir sa chance. Comme dans tout sport, des athlètes dans le milieu et sera un excellent compétiteur pour de très longues années, d’autres ne pourront pas, mais c’est la réalité du sport. Cependant il est important que tout le monde puisse avoir une opportunité. Je pense que pour nous cavaliers américains, les Coupes des Nations et de manière plus générale, les compétitions d’équipe, sont vraiment nos objectifs principaux et cela se reflète dans nos résultats. »

A ce sujet, certains cavaliers délaissent les compétitions par équipe et Coupes des Nations pour le Global Champions Tour, que pensez-vous de cela ?

« Les deux circuits sont de très beaux événements et le Global Tour présente un superbe sport qu’il est difficile de critiquer. Cependant je ne pense pas que dans ce cas-là nous ayons de véritables compétitions par équipe où vous représentez votre pays par exemple. Si l’on parle de se diriger vers des équipes plutôt « corporatives » comme dans le monde de la formule 1, ce n’est pas ce qu’on a pour le moment. Je pense donc que l’accent doit être mis sur les Coupes des Nations et compétitions traditionnelles, qui sont pour moi la priorité. Si l’autre circuit se développe et devient quelque chose avec des équipes corporatives totalement sponsorisées où les cavaliers sont embauchés pour les représenter, cela pourrait être une voie intéressante à prendre pour le sport. »

L’harmonisation des prix des engagements pour les compétitions entre les États-Unis et l’Europe a fait scandale cette année sur notre continent. En tant que cavalier américain, quelLE est votre opinion sur le sujet ?

« Je ne pense pas que cela soit nécessairement une erreur que de souhaiter harmoniser les prix, mais l’Amérique du Nord a un sport et l’Europe un autre et les deux systèmes fonctionnent très bien chacun de leur côté. Il est toujours important d’essayer de mettre en place quelque chose qui puisse contrôler la qualité et les coûts afin que ceux-ci ne deviennent pas déraisonnables et que des cavaliers qui n’ont pas forcément de grands moyens puissent tout de même voir de belles opportunités se présenter à eux. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire que le sport américain et le sport européen soient identiques, les instances dirigeantes devraient plutôt chercher à se diriger vers ce qui est le mieux pour chaque système, et cela vaut également pour l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Australie. C’est comme cela qu’une fédération pourra aider au mieux son sport ainsi que ses athlètes. »

Katie PRUDENT a eu des propos avec une répercussion importante au sujet du devenir du sport américain, la phrase « malheureusement grâce à l’argent, un amateur sans talent peut parvenir à un certain niveau » choquant d’ailleurs beaucoup.

« J’ai énormément de respect pour Katie, la façon dont j’enseigne et transmets ce que je sais à mes cavaliers provient tout droit de ses manières et elle était une cavalière extraordinaire. Je pense que ses mots ont probablement été sortis de leur contexte lorsqu’ils ont été présentés au grand public. Il y a une part de vérité dans ce qu’elle dit mais ce n’est pas une généralité et je pense que les bons cavaliers pourront toujours percer, il n’importe pas qu’ils viennent d’une famille très aisée ou plus pauvre. Nous avons tous des opportunités qui se présentent à nous ainsi que des obstacles qui se dressent, chaque personne suit un chemin différent donc je ne pense pas qu’il soit possible de généraliser. Nous devons nous concentrer sur une chose : celle de trouver les meilleurs, les plus travailleurs et plus talentueux hommes et femmes de chevaux pour le futur. »

Travaillez-vous avec Quentin JUDGE qui monte également pour Double H Farms ?

« J’essaie d’être une espèce de conseiller pour lui, il a beaucoup travaillé afin de progresser dans le sport et nous sommes tous les deux très chanceux d’avoir les opportunités que nous donne M. HARRISON. Il gère les choses de son côté mais je suis toujours là pour l’aider si jamais il en ressent le besoin. »

Vous voyagez beaucoup entre les Etats-Unis et l’Europe, que pensez-vous des concours sur chaque continent ?

« Les sports présents sur chaque continent sont très différents et bien sûr chacun a ses avantages et ses faiblesses. J’aime venir en Europe pour les concours classiques, les concours que, lorsque je grandissais, rêvais de gagner ! Cependant lorsque vous prêtez attention à ce qui se passe en Amérique du Nord, nous avons des concours dans des superbes lieux comme Palm Beach à Wellington, ou bien l’Upperville Jumping Classic. Le sport s’est énormément développé pendant les dix dernières années et aujourd’hui nous avons quelque chose qui est en bonne santé. Il y a évidemment des défis à relever mais de manière générale le sport se porte bien et l’intérêt pour celui-ci augmente avec les années. »

Les Jeux Équestres Mondiaux seront de retour aux États-Unis en 2018, en êtes-vous fier en tant qu’Américain ?

« Oui c’est quelque chose de formidable ! Nous avons maintenant été capables d’accueillir plusieurs championnats importants entre les finales Coupe du Monde et Jeux Équestres Mondiaux pour la deuxième fois dans la même décennie. Je pense que cela montre bien l’intérêt que nous portons pour ce sport aux États-Unis et que nous souhaitons nous trouver sur le devant de la scène. C’est quelque chose dont nous devrions être fiers en tant qu’Américains ! »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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