Lou MORALI est connue pour avoir valorisé et amené plusieurs poneys à haut niveau, dont une certaine Bagatelle de Malvau, mais aussi Swyn Barrade. Avec ce dernier, elle a notamment pris part aux championnats d’Europe de dressage. Aujourd’hui focalisée sur le saut d’obstacles et très présente sur le circuit poney, elle monte aussi des chevaux. La jeune cavalière française nous confie sa vision du sport en toute honnêteté.

Peux-tu nous parler de ton parcours, de tes débuts à aujourd’hui ?

« Mes parents tiennent un poney club, le Haras d’Orcal. C’est donc assez naturellement que j’ai commencé à monter à shetland, dès l’âge de trois ans. À sept ans, j’ai débuté les concours, d’abord à shetland avec les poneys du club qui m’ont amenée jusqu’en Poney 2. Ensuite, j’ai eu un poney C avec qui j’ai davantage tourné en épreuves Club, puis est arrivée Sweety d’Orcal, ma ponette de cœur ! C’est la première ponette née à la maison que j’ai monté. À partir de ce moment-là, tout s’est assez vite enchaîné jusqu’en 2017, où j’ai concouru en As Poney 1. J’ai ensuite croisé la route de Bagatelle de Malvau qui m’a emmenée vers le haut niveau en saut d’obstacles. J’ai aussi eu la chance d’avoir Swyn Barrade pour m’ouvrir les portes des championnats d’Europe en dressage. »

 Aujourd’hui, comment s’organise ton système ?

« À partir de mon année de seconde, j’ai fait des études par correspondance. Je me suis ensuite orientée vers une première scientifique. J’ai fait les six premiers mois et j’ai arrêté les études. Je n’avais pas le temps d’aller en cours et de m’occuper de mes poneys et chevaux en parallèle. À l’issue du championnat de France des sept ans que j’ai gagné avec Balisto de Bosa, j’ai reçu énormément de demandes de valorisation de poneys. J’ai donc dû faire un choix ! Néanmoins, j’envisage de passer le bac dans les deux ans à venir et pourquoi pas faire un BTS de commerce par la suite, car on ne sait pas de quoi demain est fait, une mauvaise chute peut tout faire basculer. Aux écuries, je travaille uniquement avec mon père. Il m’aide pendant que je monte les chevaux et les poneys dans le but de les valoriser. Actuellement, nous avons quinze poneys D et chevaux au travail, des jeunes comme des plus vieux. »

Tu es principalement présente sur le circuit poney, pourquoi avoir fait ce choix ?

« Ce n’est pas vraiment un choix… C’est vrai que j’ai principalement des poneys mais c’est surtout parce qu’il est plus facile de se voir confier de bons poneys que de bons chevaux. De plus, j’ai la chance d’avoir fait des belles performances à poney notamment en dressage, ça m’a permis d’avoir de nombreuses opportunités et les propriétaires me font confiance plus facilement. »

Performante en dressage et en saut d’obstacles, pourquoi ne jamais avoir essayé le concours complet ?!

« J’aimerais bien, et mon père n’est pas contre mais ma mère n’est malheureusement pas vraiment d’accord avec cette idée-là. Elle trouve ça dangereux. Je pense d’ailleurs qu’Ushuaïa Eliza Modesty aurait été le poney parfait pour cette discipline ! Il ne pouvait pas exceller en dressage, il n’avait pas le même mouvement d’épaule que Swyn, mais il était tout de même très bon. À l’obstacle, il était un peu feignant, on faisait facilement quatre points en As Poney Elite excellence. Il avait déjà vu des obstacles fixes, il était très franc, droit et guerrier ! Je pense qu’en concours complet ça aurait été moins technique, moins haut et il aurait vraiment pu faire de belles choses ! Malheureusement, il s’est blessé et sa carrière sportive a été compromise. »

Lou MORALI dressage
Lou Morali et Swyn Barrade © agencecary.com / Edouard ECARY

Tu as finalement mis le dressage de côté pour te concentrer sur le cso, que reproches-tu à la discipline du dressage ?

« La fin de l’aventure avec Swyn a été très dure psychologiquement pour moi, et je n’avais pas forcément envie de chercher un cheval pour aller faire les belles épreuves. De toute façon, nous n’en avions pas les moyens financier. On aurait pu me confier un cheval, mais il aurait été vert et ce n’était pas ce que je voulais. J’ai tout de même eu Dollar FD mais je ne retrouvais pas le lien et les sensations que j’avais pu avoir auparavant, donc je n’étais plus autant investie. De plus, l’ambiance n’est pas des plus agréables. Le monde du dressage est assez froid, c’est chacun pour soi. C’est quand même dommage que cette discipline soit très peu médiatisée, même si les Français ne sont pas les meilleurs, dans les pays voisins il y a vraiment des grands cavaliers. En France, nous avons un grand problème, nous avons la critique facile. Nous sommes là pour apprendre, faire des erreurs fait partie de l’apprentissage. Le dressage est une discipline où peu de cavaliers s’investissent et performent puisqu’au lieu de nous aider et nous tirer vers le haut, on nous rabaisse à la moindre occasion. Tant que les mentalités n’auront pas changé, le dressage français n’évoluera pas. »

Ne penses-tu pas que le dressage manque de considération chez les cavaliers poney ?

« Ce n’est pas un manque de considération, c’est plutôt qu’ils ne savent pas ce que cela signifie ! On a exporté beaucoup de poneys à l’étranger qui ne savaient même pas s’incurver… Ce qui est le plus désolant, c’est que les cavaliers ne voient pas le problème lorsqu’ils font quatre points au concours. Ils mettent tout sur le dos du poney, et puis de toute façon ce n’est pas un problème pour eux puisque papa et maman leur en rachèteront un autre… C’est dramatique ! Ils ne prennent simplement pas le temps de travailler leurs poneys. Je pense que si chacun prenait un cours de dressage de temps en temps, on ferait déjà un grand pas en avant et peut être qu’il y aurait enfin une remise en question de la part des cavaliers. »

Tu as emmené beaucoup de poneys à haut niveau en passant par le circuit jeunes. quelle analyse fais-tu de ce circuit ?

« Cette année, les parcours pour les quatre ans font quatre-vingt-dix centimètres, ceux des cinq ans quatre-vingt-quinze centimètres et un mètre pour les six ans, ça ne donne pas envie… Ce sont des parcours de barres enterrées ! De plus, ils ne sont pas forcément bien construits et adaptés pour des poneys. Ça devrait être un circuit formateur pour les stars de demain mais à l’heure actuelle, ce n’est pas le cas. J’ai certains poneys avec qui j’ai fait des épreuves préparatoires chevaux pour qu’ils sautent correctement sans se négliger. Il m’est même arrivé de participer au circuit SHF pour les chevaux avec des poneys. Le circuit jeunes poneys est contraignant par rapport au circuit jeunes chevaux : les distances ne sont pas les mêmes, et puis il y a moins de demandes donc il y a très peu de concours. C’est un circuit qui n’est vraiment pas mis en avant. Autre fait, aux championnats il y a des cavaliers avec peu moyens qui ont de très bons poneys mais qui ne sortent pas du lot alors qu’ils le devraient et, à contrario, il y a des très bons cavaliers avec des poneys moyens qui sortent du lot. Une fois qu’on essaye de mettre ces poneys dans les mains des enfants c’est une catastrophe, ils ne s’en sortent pas. » 

Que penses-tu de la toise MAXIMALE revue à 1.49m ?

« Je pense que ça n’aura aucune conséquence sur l’élevage. Les croisements poneys x chevaux sont réfléchis. Pour le sport, je trouve ça très bien. Les poneys hors taille n’ont rien à faire dans le circuit. Il y a vraiment des abus face à cette réglementation. Nous prenons la peine de trouver des poneys excellents, capables d’aller jusqu’aux Europe, qui sont dans les règles, alors que d’autres arrivent avec des poneys d’un mètre cinquante-cinq qui ont appris à passer sous la toise, et qui du coup sont acceptés. C’est scandaleux. J’ai des poneys qui font un mètre quarante-trois qui se retrouvent avec des « poneys » d’un mètre cinquante-trois, et mes « petits » poneys font plus de résultats. Quabar des Monceaux ou encore Jimmerdor de Florys mesuraient moins d’1.45m et pourtant ce sont surement les meilleurs poneys français jusqu’à présent. De plus, le certificat de toise à vie n’est vraiment pas significatif, certains poneys ont ce papier alors que l’on sait tous qu’ils sont hors côtes. On apprend aux enfants à tricher et à mentir, ce n’est pas très éducatif. »

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.
Photo à la Une : © agencecary.com / Edouard ECARY