Nous profitons tous chaque jour de magnifiques clichés de sports équestres dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mais d’où viennent-ils ? Comment et par qui sont-ils conçus ? C’est ce que nous avons essayé de déterminer avec Pierre COSTABADIE, photographe professionnel dirigeant de l’agence Scoopdyga.com et passionné de sports depuis toujours.

PIERRE, Présente toi. Qui es-tu et d’où viens-tu ?

« J’ai fait un bac Economie puis une école d’arts appliqués en section photographie. En 1996 j’ai commencé à travailler pour l’agence Presse Sport du groupe l’Equipe, suite à une photo assez exceptionnelle de Jorg BODENMULLER avec Fancy Hill qui tombe à Saumur. Cette photo a été publiée dans les cent meilleures photos de sport de l’année en 1996 par le magazine américain Sports Illustrated. Suite à cela, Pressesports m’a demandé de leur faire leurs archives équitation. J’étais sur Paris et à l’époque on avait quelque chose de sympathique qui s’appelait le service militaire. Mais j’ai pu continuer de bosser malgré cela en faisant quelques concours en parallèle.

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Je suis resté trois ans chez Pressesports et en 1999 j’ai été contacté par le groupe Paris Turf qui cherchait à embaucher un photographe, du coup je suis rentré chez eux. J’y suis resté jusqu’en 2006 et en 2001 j’ai monté ma propre agence à côté qui était Cosinus Production. Puis je l’ai faite fusionner avec Scoopdyga qui existait déjà. On était tous les jours ensemble à faire les mêmes photos, on a trouvé ça complètement con, il valait mieux travailler ensemble. Depuis on est toujours Scoopdyga, que l’on vient d’étendre en m’associant avec une autre agence qui s’appelle Icon Sport. »

Le métier de photographe évolue à grande vitesse, quand tu as commencé, comment c’était ?

« Lorsque j’ai commencé il fallait vraiment être photographe pour faire des photos. On était en pellicule à l’époque. C’était compliqué pour ceux qui essayaient de prendre des photos, il fallait payer cher pour que l’on te fasse le développement, du coup il n’y avait pas une grosse concurrence, nous n’étions pas très nombreux. Être photographe suffisait pour faire sa place et arriver à vivre de ce métier. Du coup pour les Jeux Olympiques de Sydney qui étaient mes premiers Jeux, je suis passé en numérique puisqu’il commençait à y avoir de le demande pour les sites internet. Il y avait deux gros sites : Cavadeos le site de l’éperon et un autre qui s’appelait Cheval-news.com. On commençait à devoir envoyer les photos rapidement. Le numérique a permis d’avoir de nouvelles débouchées et de trouver de nouveaux clients, ça a transformé le métier. Au début c’était extrêmement cher, il faut savoir qu’un boitier numérique coûtait l’équivalent de quinze mille euros. Personne ne pouvait s’équiper hormis quelques agences. Nous avons sauté le pas et cela nous a permis de trouver de nouveaux clients mais comme tout progrès cela s’est démocratisé, c’est devenu accessible et là on a été confronté à une nouvelle concurrence d’amateur qui se retrouvent à pouvoir faire des photos avec un matériel qui leur permet de faire des photos sans être photographe. Aujourd’hui, entre un appareil photo et un ordinateur avec Photoshop, n’importe qui est capable de faire une photo exploitable. »

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Les Jeux Olympiques de Sydney, une grande aventure ! © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Tu nous parles de photos exploitables, mais pour toi qu’est ce qu’une belle photo ?

« Un photographe c’est comme un journaliste. Lorsque l’on te donne un sujet tu dois être capable de ramener en une heure, deux heures, cinq heures ou plus, des images qui racontent une histoire et cela sans légende. Le but n’est pas de faire cinq cent mille photos d’un poney sous tous les angles en ressortant une photo correcte parmi le lot, en la publiant sur Facebook après des tonnes de traitement sur Photoshop. Il faut construire son sujet et c’est un métier. Il faut être capable de raconter une histoire avec des images. Maintenant n’importe qui est capable de sortir une bonne photo avec un bon matériel, mais ils ne sont pas photographes. Les photographes de formation ont souvent été formés à l’argentique. Cela coûtait tellement cher que l’on ne s’amusait pas à en faire deux mille dans le week-end pour en avoir trois de bonnes. Je parle de gens comme Christophe BRICOT, Dirk CAREMANS, Jacques TOFFIArnd BROKHORST ce sont de vrais photographes. Ce n’est pas du mépris mais le métier est complètement dévoyé de nos jours. »

Comment fonctionne ton agence ? Est-elle spécialisée dans les sports équestres uniquement ?

« Nous sommes vraiment spécialisé dans l’hippisme et l’équestre. L’hippisme concerne les courses où nous avons à peu près 100% du marché de la presse hippique. On a aussi une partie de la presse équestre. 90% de notre chiffre d’affaire vient de l’hippisme, 10% vient des sports équestres. On a aussi une partie « commerciale », où nous travaillons pour des marques ou pour des événements comme pour France Galop, Longines qui fait partie de nos très gros clients à l’heure d’aujourd’hui. On ne vend pas vraiment aux particuliers, même si les cavaliers peuvent nous acheter quelques tirages. Ce n’est pas notre activité principale. »

Allez-vous partir à la recherche de nouveaux marchés ?

« En reprenant Icon Sports, ce qui doit nous permettre de nous ouvrir les portes du sport généraliste donc du foot, rugby, handball. Il y a déjà beaucoup à faire avec l’hippisme et les sports équestres. Il n’y a jamais eu autant d’argent en jeu dans les sports équestres qu’aujourd’hui mais il n’a jamais été aussi mal redistribué et partagé. Ce n’est déjà pas la presse qui en bénéficie, elle va très très mal. On est passé sur un modèle totalement différent où le gratuit prime mais le gratuit n’existe pas, il y a toujours quelqu’un qui paye à la fin. Le modèle économique est compliqué pour quelqu’un qui aimerait se lancer là-dedans. Nous ça va parce que nous sommes une société de photos établie avec deux millions de photos d’archive, des clients, des références… »

Comment vois-tu évoluer la profession dans les années à venir ?

« J’aimerais bien avoir la réponse, cela voudrait dire que je sais ce qu’il va se passer et j’aurais déjà beaucoup d’avance sur mes confrères ! Je pense que dans les trois, quatre ans à venir cela ne va pas beaucoup changer. A terme c’est compliqué, on va toujours se retrouver confronté à une concurrence qui va se renouveler. Il va y avoir des jeunes motivés avec des appareils photos, ils grandissent et se rendent compte qu’il ne vont pas arriver à manger donc ils vont devoir faire un vrai métier, d’autres vont prendre leur place. Je ne vois pas de solutions à ce problème. En fait, je pense que des photographes vont arrêter ce métier et je pense aussi que l’on va travailler de plus en plus pour des marques et non plus pour la presse. »

Quel est ton concours préféré ?

« C’est très compliqué ! Aujourd’hui les concours sont tous extrêmement marqués par leurs sponsors. Quand tu parles d’un concours tu l’associes à son sponsor, donc tu en fêches d’autres pour qui tu travailles. Pour moi, côté sport le plus beau concours reste Aix-la-Chapelle. Genève c’est chouette, pour le côté festif il faut aller à Knokke et Bruxelles. Barcelone c’est aussi un concours sympa. Côté Coupe du Monde, Lyon est aussi un concours sympa. Lyon je ne le mets pas en premier parce que la lumière n’est pas exceptionnelle. Quand on est photographe la lumière est un paramètre important. Les Championnats d’Europe sont aussi sympas. »

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Les concours permettent de voyager à travers le monde ! © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Quel est le meilleur championnat auquel tu as participé ?

« Cela tient à deux choses. De par les résultats c’est Rio. Etre là-bas pour les Jeux Olympiques et obtenir deux médailles d’or en saut d’obstacles et en complet, c’était fabuleux, le scénario était dingue. Tu te dis c’est mort et finalement tu gagnes … Donc côté sport oui c’était Rio. Pour l’organisation ce n’est pas Rio et de loin ! En plus les arrières plans étaient moches bref ! J’ai beaucoup aimé Sanpatriano, les championnats d’Europe de 2005. J’ai un petit faible pour l’Italie même si c’est un joyeux bordel, c’est toujours sympa. Caen c’était pas mal. On est à la maison, ça joue. Je ne suis pas fan des concours en Allemagne mais les Jeux Mondiaux à Aix la Chapelle en 2006 étaient fabuleux. Ils me plaisent globalement tous, mais cela dépend du scénario. »

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    © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

et ton Couple coup de CŒUR ?

« J’étais vraiment fan de Cruising qui évoluait avec un cavalier irlandais Trevor COYLE. Il a été monté par la suite par John WHITAKER. On aurait dit un grand poney un peu au look de connemara. Le feeling qu’on a avec un cheval ne s’explique pas. Il y a des chevaux français qui sont passés à côté de leur carrière. Par exemple je me souviens de Triple Espoir, un petit cheval qui a sauté de manière fantastique lors de la Coupe du Monde de Bordeaux, je crois qu’il a souffert de coliques ou d’une blessure, on ne l’a pas revu après. Il y a eu pleins de chevaux extraordinaires dont Calvaro V… On se rappelle de Milton, Jappeloup en se demandant si aujourd’hui ils gagneraient encore des grands prix. Itôt du Chateau aussi c’était un petit cheval sympa. Souvent les petits chevaux sont attachants par rapport à la taille des obstacles qu’ils s’envoient. Mais quand on voyait Calvaro V c’était une force de la nature. Lorsqu’il avait décidé que non il ramenait son cavalier MELLIGER au paddock et le cavalier était un drapeau dessus. Il y a un cheval que j’ai adoré c’était No Mercy de Christina LIEBHERR, c’était une machine de guerre dans les années 2005-2010. Il y en a plein finalement, Presley Boy… »

Est-ce que tu as connu les concours organisés à Bercy ? DE QUEL ŒIL VOIS-tu la prochaine finale coupe du monde de paris-bercy ?

« Le problème c’est que j’ai fait le dernier Bercy. Cette édition était triste à un point ! Cela revenait plus cher d’ouvrir au public que de laisser fermer. Ce qui fait que les cavaliers ont couru le vendredi dans un Bercy fermé au public. Chaque barre tombée doit résonner encore aujourd’hui. C’était triste à mourir. Ce devait être en 2004. A Bercy la lumière nétait pas top mais c’était à la maison et ça reste Bercy, il y a eu de beaux concours et de belles épreuves. »

Est-ce que tu possèdes des chevaux ?

« Évidemment on ne photographie pas des chevaux par hasard. Quand j’ai commencé à faire de la photo j’ai pris ce qu’il y avait autour de moi, en l’occurrence c’étaient des chevaux parce que l’on avait un élevage familial. J’ai continué et j’ai eu pas mal de chevaux sympas pour faire 1.40m, je suis passé à autre chose. C’était compliqué parce que je ne suis pas cavalier donc ce type de chevaux ne faisaient que coûter de l’argent et n’en rapportaient pas. En plus ils ne venaient pas sur les concours que je couvrais. Je ne dis pas que je n’aurai plus de chevaux mais pour le moment je mets mes priorités ailleurs. Je suis passé à autre chose parce que plus de chevaux, plus de problèmes. »

Le mot de la fin ?

« Je trouve que dans ce milieu on ne vit que pour soi. J’en avais un peu marre et je voulais faire des choses pour les autres. Alors j’ai commencé à collaborer avec l’association Raid’Aventure depuis maintenant seize ans, on a des projets et on se tourne un peu vers les autres. Nous évoluons dans un milieu privilégié où il y a de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Je suis conscient d’être privilégié alors à travers la Saharienne on soutient la lutte contre les violences faites aux femmes et on soutient les associations par des dons tout en se faisant plaisir parce que l’un n’empêche pas l’autre. La Saharienne est un projet que j’ai monté avec deux amis et on a monté à côté une autre association pour mener de nouvelles actions et essayer d’en faire un peu plus pour les autres. »

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Propos recueillis par Théo CAVIEZEL et Charlotte MARICHAL