Rencontre aujourd’hui avec Dominique MAES, éleveur et propriétaire du  humble Elevage du Mas Garnier, qui nous parle avec grande passion de son métier d’éleveur et du cheval de leur vie, Vangog du Mas Garnier

Pouvez-vous nous présenter votre Haras du Mas Garnier ?

« Nous sommes un petit élevage comptant quatre poulinières, situé dans le Sud de la Manche, à trente minutes du Mont Saint-Michel et à vingt-cinq de Saint-Lô. Nous avons quatre poulinières. La première est Natasha (Quidam de Revel x Galoubet A), une petite-fille de la célébrissime Ifrane. Natasha a, entre autres, produit Vangog du Mas Garnier, un étalon fils de Cornet Obolensky qui évolue désormais en CSI 5* avec Olivier ROBERT. Nous avons encore pour quelques temps la propre sœur de Vangog, Gaya du Mas Garnier, qui à trois ans est déjà très prometteuse. Natasha a eu d’autres produits, mais bien souvent exportés, comme D’Day du Mas Garnier, une fille de Dollar du Murier vendue à FENCES en 2016. Parmi ses produits, nous avons aussi conservé Athéna du Mas Garnier, une fille de Sir Shutterfly qui est devenue poulinière chez nous.

Nous avons également Angel du Mas Garnier (Sandro Boy x Quidam Revel), qui a pour troisième mère Neroli II, une propre sœur du chef de race Grand Veneur. Angel a été croisée en 2017 à Vangog du Mas Garnier, et a donc donné naissance l’an passé à Idem du Mas Garnier.

Syrah du Mas Landais (Quaprice Boimargot Quincy x Qredo de Paulstra) est notre quatrième poulinière, qui  croisée avec Con Air (Contender x Carolus) a donné naissance à Fides du Mas Garnier, approuvé étalon au BWP cette année et appartenant au Haras Van de Helle en Belgique. Syrah est une fille de Jypsie Landaise (Qredo de Paulstra x Uriel), une jument qui nous appartenait et a couru des Grands Prix internationaux avec Nicolas DELMOTTE.

Comment vous est venue la passion de l’élevage ?

« Grâce à notre jument Jypsie Landaise, nous avons découvert et sommes tombés sous le charme du berceau de l’élevage normand, de ses bocages … Nous avons rencontré les éleveurs de Jypsie, Monsieur et Madame ROGER, avant de faire en 2004 l’achat coup de cœur de notre première pouliche, Légende des Bailles (Galoubet A Lama des Landes), aux ventes FENCES. Elle était issue de la souche de Judith de la Cour, que j’ai appréciée en épreuves Pro 2 puis Pro 1 dans les années 1980. Légende était pleine de Quaprice Boimargot (Quidam de Revel x Lord ), qui était alors le voisin de boxe, chez Nicolas DELMOTTE, de notre jument Jypsie Landaise.

Puis, Jypsie nous a donné le bonheur, par transfert d’embryon, de la venue d’une pouliche, Syrah du Mas Landais. Elle est son seul produit. J’ai pu assister à cette naissance, un moment magique ! La vie, la génétique, c’est une petite partie de notre passion, de nos sacrifices, de notre histoire… Enfin en 2006, nous avons fait l’acquisition de Natasha, aux ventes FENCES. Elle était alors pleine d’Argentinus (Argentan x Duden II), et a rejoint notre élevage dès le lendemain. Elle ne nous quitte plus depuis.

J’ai d’ailleurs une petite anecdote à raconter au sujet de cette jument ! Lors des Jeux Équestres Mondiaux d’Aix-la-Chapelle en 2006, François MATHY voulait acheter l’embryon d’Argentinus porté par Natasha. Nous avons décliné l’offre, et quelques années plus tard, ce fut l’élevage de Riverland qui acquit Tsara du Mas Garnier, le poulain né de ce premier croisement avec Argentinus. Chez ses propriétaires, Tsara a notamment donné naissance à Dorado de Riverland, un fils d’Untouchable M (Quick Star x Corrado) qui a remporté en 2018 le Championnat de France des cinq ans (lire ici) .

Comment s’articule les saisons de reproduction et de concours dans vos écuries ?

« La clinique du docteur BEAUMONT, à Gavray, se charge de l’insémination de nos juments : à l’élevage, lorsqu’il s’agit d’insémination de semence réfrigérée transportée, ou à la clinique, pour les inséminations profondes. Si les poulains ne sont pas vendus foals ou si nous souhaitons les garder en vue d’une carrière sportive, nous les confions à trois ans à un professionnel, Éric LIVENAIS, pour les préparer aux concours d’élevage. Nous avons parfois également confié, à quatre, cinq et six ans, certains jeunes chevaux à Nicolas DELMOTTE, Armand DARRAGON, Benjamin BAILLY, Bruno ALESSANDRINI, ainsi qu’un certain sept ans à Olivier ROBERT (Vangog, ndlr) ! »

Que ressentez-vous lorsque vous voyez Vangog du Mas Garnier tourner régulièrement à haut niveau ?

« Énormément de joie, bien évidemment, surtout celle de se dire qu’il est toujours sous la selle d’Olivier ROBERT. À ce jour, Olivier et Vangog nous ont permis de vibrer sur les plus belles pistes de la planète, comme Bordeaux, La Baule, Paris Eiffel, Aix-la-Chapelle, Calgary ou encore sous la verrière du Grand Palais … Nous avons la joie d’être les naisseurs et éleveurs de ce cheval, ad vitam aeternam, et d’avoir été ses propriétaires jusqu’à ses huit ans. Un hiatus financier s’est rapidement fait ressentir entre conserver l’élevage ou Vangog, et nous avons décidé de le céder en totalité à Olivier, mais même sur écran, notre émotion est toujours aussi grande ! »

Hormis Vangog, avez-vous d’autres chevaux prometteurs ?

« En concours complet, nous avons Estoy du Mas Garnier, avec sa propriétaire et cavalière Chloé DESCHAMPS. En jumping, nous avons Fidès du Mas Garnier, étalon au BWP, et Gaya du Mas Garnier, propre sœur de Vangog, qui restera chez nous jusqu’à ses trois ans et est la propriété d’un ami belge, Jean BÉLLIARD. Nous verrons ce que l’avenir nous réserve… Nous espérons beaucoup d’Ivanah du Mas Garnier, l’autre propre sœur de Vangog, mais elle est encore bien jeune.

Nous mettons de toute façon beaucoup d’espoirs dans les poulains de Vangog. Ce sont de beaux poulains, qui prennent sa souplesse et son intelligence à la barre. Mais nous ne l’avons testé que sur nos juments, car nous n’avons que très peu de paillettes de Vangog et il ne sera pas prélevé tant qu’il sera en compétition. Nous avons donc décidé de ne vendre que très très peu de saillies. L’élevage est un métier de passion, mais aussi de patience et la valeur du temps qui se passe de mode actuellement et pourtant nécessaire pour emmener les chevaux le plus loin possible. »

Vous possédez donc également des chevaux qui tournent en complet. Quelles sont, selon vous, les différences majeures entre un bon cheval de complet et un bon cheval de jumping ?

« Le cheval de complet doit posséder de belles allures et une aptitude à effectuer de bonnes reprises de dressage. On lui demande, en plus, de sauter à l’obstacle et en cross, dans un temps imparti. Ces chevaux doivent donc avoir de l’élégance, de l’écoute, de la force et de l’obéissance, du courage et un bon physique qui tienne sur la durée. Le jumping est, certes, très technique à l’obstacle et demande de la puissance et beaucoup de mental ; mais le complet demande diverses aptitudes également, et il est tout aussi difficile de produire de bons chevaux d’obstacle que de complet. »

Trouvez-vous que le métier d’éleveur est de plus en plus dur ? Intéresse-t-il encore les jeunes ?

« Il a toujours été difficile ! Il faut rester d’éternels opimistes, travailleurs, mais savoir également partager les moments de joie que sont notamment les naissances, les approbations, et le haut niveau. Le métier d’éleveur est compliqué parce que nous sommes liés à la nature directement, au vivant, avec tout ce que cela suppose. Mais le plus dur est le commerce des poulains et des chevaux.

Je pense que les jeunes sont encore intéressés par l’élevage, mais les risques que l’on prend les effraient. Il faut non seulement être travailleur, courageux, volontaire, et convaincant, mais il faut aussi de la chance. Nous ne vivons pas avec de la mécanique, mais avec du vivant. Mais c’est là tout le côté passionnant de ce métier.

Nous tenons à remercier tous ceux qui nous soutiennent et nous aident dans cette magnifique aventure, ainsi que les professionnels qui nous font confiance (amis, clients, cavaliers, vétérinaires, maréchaux, éleveurs, différentes écuries, …) Ils se reconnaîtront tous, et nous avons une pensée particulière pour ceux qui nous ont quitté ces dernières années. »

Propos recueillis par Marine SARRY. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE