Les réseaux sociaux ont sans aucun doute pris dans nos vies de tous les jours une place plus qu’importante. Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, chaque plateforme a son usage, ses codes et utilisateurs. Ce monde virtuel de partage devenant de plus en plus professionnel, où s’en découle une véritable industrie qui n’échappe pas au monde du cheval. Marc DILASSER et Jérôme GUERY, cavaliers professionnels, ainsi que Matt HARNACKE, jeune mannequin et influenceur passionné d’équitation aux plus de 340 000 abonnés sur Instagram, nous parlent de leur expérience sur les réseaux sociaux.

Quelle est l’importance et l’utilité des réseaux sociaux dans le monde équestre ?

Marc DILASSER : « Il y a bien sûr des choses très positives quant aux réseaux sociaux, qui peuvent permettre de partager un peu d’images pour mes propriétaires, que leurs chevaux soient toujours mis en avant par des photos ou des vidéos… C’est vrai que c’est toujours agréable d’arriver le dimanche soir ou le lundi chez soit et voir la vidéo de son cheval dans un Grand Prix. Ça permet de communiquer plus vite, d’envoyer et de contrôler un peu plus sa communication aussi, puisqu’on envoie ce qu’on a envie qui soit vu.

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Après c’est sûr, des gens malveillants il y en aura de partout. Normalement je crois que tous les médias dignes de ce nom font attention à ne communiquer que des choses positives sur les chevaux, après la malveillance ce n’est pas d’aujourd’hui, et c’est tellement facile, tout seul, derrière son téléphone, d’écrire choses négatives sur quelqu’un. Mais bon, je pense que les gens savent faire un petit peu la part des choses aussi.

Mes réseaux sont gérés par Théo CAVIEZEL, déjà parce que c’est un métier que de gérer les réseaux sociaux, si on veut que les choses soient bien faites, il faut les faire faire par des gens compétents. C’est un besoin, ça prend beaucoup de temps et évidemment je contrôle tout ce qui est dit, mais c’est Théo qui choisit, qui publie, qui fait ses textes, qui fait tout ça. C’était un réel besoin et une réelle volonté, et ça doit faire maintenant deux où trois ans qu’il fait ça pour moi.

Ce qui se passe depuis quelques mois avec tous les direct vidéos sur le Grand National et sur la quasi-totalité des CSI, c’est une véritable aubaine pour le sport, et moi pour mes propriétaires ! Là j’ai des propriétaires qui étaient en vacances ailleurs, et ils ont pu voir le cheval sur leur tablette, donc au moins ils peuvent vivre sans s’être déplacés et ils ont quand même l’émotion et le petit stress qu’on aime bien, de savoir ce que va faire le cheval ! On voit l’épreuve, on attend, c’est un petit peu comme si on y était. On voit aussi des propriétaires, des hommes d’affaires, qui pareil, arrêtent leur réunion et regardent sur leur ordinateur quand leur cheval va passer. Être propriétaire d’un cheval de haut niveau, ce n’est pas du tout une activité anodine et on fait ça vraiment par passion et avec beaucoup d’engagement, donc c’est vrai que ces directs, c’est vraiment salutaire. »

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© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Jérôme GUERY : « Je pense qu’il faut vivre avec son temps et les réseaux sociaux font aujourd’hui partie de notre vie. J’aime beaucoup partager ce que je vis, donc pouvoir partager mes expériences avec mes internautes, je trouve cela très chouette. Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que j’ai fait appel à quelqu’un car ça demande quand même du temps, la communication est un travail à part entière. C’est un de mes amis qui travaillait pour un journal, qui m’a dit un jour qu’il voulait se mettre à son compte dans le domaine de la communication. Nous avons donc commencé ensemble et tout ce qui est posté sur mes réseaux sociaux fait l’objet d’une décision commune. C’est généralement lui qui le fait car je n’ai pas toujours le temps, mais j’aime bien aussi de temps en temps poster une petite photo.

Les chevaux que je monte appartiennent généralement à plusieurs personnes telles que des propriétaires, des éleveurs, des amis, donc partager des moments d’émotion avec eux rend la chose encore meilleure. Une victoire n’est plus belle que lorsqu’elle est partagée. Les chevaux touchent beaucoup de gens, mais tout le monde n’a pas la chance de voyager comme nous le faisons. Donc à travers mes réseaux sociaux, j’essaie de faire rêver celles et ceux qui ne peuvent pas vivre ce que l’on vit. »

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© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Matt HARNACKE : « J’ai commencé le mannequinat quand j’avais dix-sept ans, ce qui m’a donné une bonne idée de comment gérer mon image publique à travers mon travail, ce que j’ai ensuite appliqué aux réseaux sociaux : comment partager ma vie, ce que je veux montrer, quel genre de message je veux transmettre… Et maintenant, cinq ans plus tard, je fais les deux. J’ai toujours un peu mélangé ça avec les sports équestres et les chevaux parce que c’est ce que j’adore et c’est une grosse partie de ma vie, c’est ma passion. J’ai aussi l’impression que c’est un peu mon créneau, je ne vois pas beaucoup de personnes associer mannequinat et chevaux et partager des choses comme je le fais, donc je me suis dit « pourquoi est-ce que je le montrerais pas ? ». J’ai toujours été fier de ce que je fais et de ma passion, donc j’ai commencé à poster un peu de ma vie de tous les jours.

J’ai l’impression que le mot « influenceur » est parti dans tous les sens maintenant parce que tout le monde veut devenir un influenceur sur les réseaux sociaux purement à cause de l’argent. Je pense qu’être un influenceur est lié à la confiance que l’on construit avec sa communauté, qu’elle vous connaisse et vous fasse confiance, parce que vous pouvez avoir un million d’abonnés mais si les personnes ne vous soutiennent pas dans ce que vous dites, il n’y a pas d’influence. Une fois que vous avez cette confiance, les gens pourront suivre vos recommandations, que ce soit pour venir à tel évènement ou acheter cette marque…

Je fais tout moi-même, publier, la création de contenu… Quand on fait tout soi-même c’est différent, il n’y a rien de mal à écouter des conseils d’agences et qu’elles vous donnent du travail ou vous disent d’aller dans un sens ou juste « ça ça marche ou ça ça ne marche pas », mais au bout du compte, vous verrez que les personnes qui ont le plus de succès sont celles qui sont uniques.

Je pense que dans tout ce que vous montrez, il faut toujours rester authentique et vrai pour soi-même, parce que j’ai l’impression que des fois vos abonnés ne veulent pas toujours la bonne chose : des fois les gens sont très intéressés par des choses vraiment privées. A mon avis il faut être confortable avec soi-même et confortable avec ce que l’on montre de soi, et dans ce cas-là, tout va bien. Mais je pense qu’il doit y avoir une certaine authenticité et il faut faire ça pour soi. Je le vois bien, je suis très ouvert sur certaines choses et d’autres restent privées, j’ai tracé mes limites. Je pense que les gens veulent suivre des personnes passionnées, qui réussissent et qui partagent le même point de vue.

Vous savez, il y aura toujours des personnes qui auront une opinion contraire, qu’importe ce que vous ferez et c’est pour ça que je dis que ça ne doit pas vous empêcher de faire ce que vous voulez parce que quelqu’un aura toujours quelque chose à dire. Dans le monde du cheval, tout le monde pense qu’il est un cavalier de Grand Prix et qu’il peut vous dire quoi faire. Continuez à penser comme vous le faites, ayez un bon coach, tant que ce que vous faites est la bonne chose pour le cheval et que ça ne blesse personne, ni vous-même, continuez avec ça.

Je pense que chaque grand cavalier a beaucoup d’influence sur ses fans purement grâce à ses résultats, même si vous ne connaissez pas la personne personnellement. Si je vois quelqu’un que je ne connais pas du tout, mais que je vois que cette personne est très compétitive et qu’elle fait tout très bien, tout de suite elle va avoir une influence sur moi parce que je vais admirer son travail. Pour moi, en tant que cavalier vous avez donc un devoir envers vos fans et envers les personnes qui vous respectent, de les tenir au courant de ce que vous faites, comment vont les chevaux, et comme les gens manifestent de l’intérêt, le garder et continuer comme ça. Aussi, donner un certain regard coulisses dans vos vies, parce que lorsque l’on va à un concours on voit les coulisses, et par exemple la personne qu’il y a derrière le cavalier et le parcours…

A mon avis il est très important pour les concours de diffuser en direct leurs épreuves sur Internet et particulièrement les réseaux sociaux, le monde du cheval est si vaste et aussi très cher, donc si vous voulez venir à toutes ces compétitions, beaucoup de gens ne pourront pas le faire, parce qu’ils sont jeunes, vont à l’école, n’ont pas forcement les moyens… Donc pour faire en sorte que les personnes fassent partie de tout ça, vous devez faire ces directs et tenir les personnes au courant.

Il y a clairement eu une évolution dans les réseaux sociaux depuis que j’ai commencé. Le monde du cheval, je l’ai toujours dit, a vingt ans de retard sur tout. Nous sommes un sport assez ancien et les personnes qui le gèrent sont quelques générations derrière donc ça peut leur prendre un peu de temps pour tout rattraper, mais j’ai l’impression que depuis les deux dernières années les gens dans l’industrie du cheval se rendent vraiment compte de l’importance des réseaux sociaux. C’est d’autant plus important maintenant, parce que, qui seront les prochains cavaliers, comment est-ce que l’on va attirer de nouvelles personnes dans le sport ? Et c’est là qu’interviennent les réseaux sociaux, l’industrie du divertissement : les gens commencent à comprendre ça maintenant et il faut se rendre compte à quel point ça peut être utile d’avoir des personnes comme moi à ce genre d’événement et de concours.

C’est ce que j’adore dans ce que je fais, parce que je veux être sûr que la prochaine génération ait une expérience aussi géniale dans le monde du cheval que moi, donc c’est juste une question d’exposition, d’avoir le plus de mise en lumière possible pour le sport. J’essaie de faire en sorte que ma chaîne intéresse tout le monde, et ensuite je mets vraiment en avant l’équitation et les chevaux. Je pense que si plus de personnes font ça, nous avons plus de chances que l’intérêt envers notre sport grandisse. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.