Il est évident qu’un crack cheval n’existerait pas sans un bon éleveur, mais entre sa naissance et sa victoire en Grand Prix, entre ses premiers pas et les CSI 5*, d’autres étapes ont lieu. Souvent dans l’ombre des plus grands cavaliers, les préparateurs des jeunes chevaux font moins parler d’eux, mais ont également beaucoup de mérite : que faire sans eux, sans cette personne qui trouvera le potentiel du futur champion olympique ? Jump’inside aborde ce mois-ci le sujet des jeunes chevaux de deux points de vue différents : d’une part la formation en elle-même avec Chris CHUGG, et de l’autre ce que peut apporter un jeune cheval à un jeune cavalier avec Nathan BUDD.

Pourquoi monter des jeunes chevaux ?

Nathan BUDD : « Monter des jeunes chevaux aide pour la suite en tant que cavalier, c’est indéniable ! Si je n’avais pas monté de jeunes chevaux, je n’aurais jamais pu arriver là où j’en suis maintenant d’une part, et de l’autre je me retrouve maintenant avec des chevaux comme Cadix, qui a onze ans et que je monte depuis sept ans. Je sais comment elle fonctionne, je connais ses habitudes, le moindre petit fait et geste qui va l’aider à faire un bonne performance ! Je ne veux pas dire que je sais tout monter, mais je peux monter un cheval qui est difficile, facile, qui est chaud, froid… Je n’ai aucun problème à aller monter un petit régional de quatre-vingt-dix centimètres pour les quatre ans : j’ai autant de plaisir car je sais que c’est l’avenir. Le sport actuel et les chevaux de haut niveau coûtent cher et si on veut y arriver, c’est comme cela qu’il faut faire, former nous même la relève.

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Comme tous les cavaliers je pense, mon rêve est de faire du CSI 5*, d’aller aux Jeux olympiques, je ne m’en suis jamais caché, mais il ne faut pas oublier que la base est là, derrière, et que pour arriver à amener les chevaux à haut niveau, il faut passer par l’étape de la construction du cheval. Il est vrai en revanche qu’on ne peut pas tout faire seul. Construire un jeune cheval prend du temps, et j’ai besoin d’une aide en plus à mes côtés pour continuer leur formation quand je suis en concours avec mes chevaux de tête. En effet, je suis chez moi du lundi au mercredi mais les chevaux ont aussi besoin de travailler le reste de la semaine, ainsi que d’aller en concours. Mais dès que j’ai un week-end de libre, je pars en concours avec les jeunes chevaux pour faire cela.

Je suis arrivé il y a quelques années chez mon propriétaire actuel pour monter deux fois par semaine des chevaux de quatre ans et on s’est super bien entendu. Cadix des Rosiers est une jument que je monte depuis ses quatre ans et on est vraiment passé par toutes les étapes, par des hauts et par des bas. L’optique de nos écuries est l’élevage et nous sommes vraiment basés là-dessus : on veut vraiment former nos chevaux, arriver à amener nos chevaux à haut niveau… De temps en temps on en achète mais en général entre six mois et deux ans, donc tous les chevaux que je monte maintenant ou que j’ai montés, à part Balder van de Katelijnkouter que j’ai monté un peu plus tard mais qui est arrivé très jeune chez eux, sont des chevaux qui sont presque tous nés chez mes propriétaires.

Aujourd’hui, je me rend compte que le dressage est quelque chose de très important pour les jeunes chevaux, et je crois que tous les cavaliers de jumping y accordent de plus en plus d’importance. Bien sûr, on ne parle pas de faire des changements de pied au temps et une double pirouette, mais le sport actuel nous demande de plus en plus de précision puisque nous avons de plus petites pistes avec des parcours de plus en plus techniques. Le dressage est ainsi devenu quelque chose d’indispensable. Depuis que je travaille avec un professionnel, j’ai senti que mes chevaux changeaient, même dans leur façon de sauter, et cela uniquement par rapport au dressage. La personne avec qui je travaille a mis en place un système qui fonctionne autant sur mes chevaux de quatre ans que mes chevaux de haut niveau, bien sûr en l’adaptant un peu, mais dans l’idée cela marche très bien sur tous les chevaux et leur donne l’opportunité de continuer à grandir et de muscler leur corps dans le bon sens, ce qui donne des résultats à l’obstacle. »

nathan budd cadix des rosiers saut hermès 2019
Nathan BUDD et Cadix des Rosiers © Jump’inside / Marie-Juliette Michel

Chris CHUGG : « Je fait naître et grandir tous mes poulains en Australie, là où j’habite avec ma famille et travaille. Quand les chevaux sont au bon niveau et prêts à partir à l’étranger, nous les emmenons en Europe. Quand j’achète des chevaux d’Europe, je recherche des jeunes chevaux car ils sont souvent plus abordables mais la principale raison reste le fait que j’adore ce chemin à faire lorsque vous formez un jeune cheval jusqu’au plus haut niveau du sport.

Les chevaux sont tous à prendre individuellement et ils ont tous leurs petites bizarreries et des caractères différents. Il faut prendre chaque jour comme il vient, particulièrement dans les premiers jours de leur éducation. À mes yeux, un jeune cheval doit instinctivement montrer une volonté de concourir et avoir une bonne tête. Si je peux faire trotter un cheval vers sa première croix et qu’il la saute bien, je peux ressentir ce que je veux sentir et trouver chez un cheval. Cela me montre de l’intuition, de la confiance, du courage mais aussi qu’il fait attention et de là on peut commencer à travailler.

Lorsque j’ai un cheval à vendre, j’espère avoir un produit qui se vendra de lui-même. De cette façon, le cheval parle pour vous et ce sont donc les acheteurs qui viennent vous voir. Si je les amène d’Australie jusqu’en Europe pour les vendre, je voyage toujours avec eux. Je les connais comme la paume de ma main donc c’est un moyen qui permet de ne pas prendre de risques qui ne soient pas nécessaires pour eux.

Bien sûr, il est toujours difficile de dire au revoir, d’autant plus que la plupart du temps, nous avons ces chevaux dans nos écuries depuis qu’ils sont verts, très jeunes. Vous ne pouvez pas ne pas vous y attacher après avoir passé des années à les entraîner et les travailler, vous créez une relation avec ces chevaux et ils font partie de votre famille. Ce sont tout le temps des moments doux et amers à la fois.

Les circuits internationaux jeunes chevaux tels qu’Arezzo ou Oliva sont très importants pour le développement des jeunes chevaux. Évidemment, il est important de ne pas trop en faire : dans la mesure où les chevaux s’en sortent bien et qu’ils ont assez de repos entre chaque compétition, ces concours sont géniaux pour construire des cracks chevaux.

Le sport a beaucoup changé mais aujourd’hui je recherche toujours les mêmes qualités chez un jeune cheval qu’il y a peut-être quinze ans de cela. La seule différence pour moi est le marché en lui-même. Les chevaux assez qualiteux pour que je cherche à acheter sont très demandés, il est de plus en plus difficile d’en trouver et ils coûtent cher. Mes attentes et principes de formation sont les mêmes, qu’importe ce que cela peut me coûter.

Il est toujours sympa lorsque vous vendez un cheval que vous avez formé, que cela soit un cheval médaillé d’or ou bien simplement pour des juniors, de garder contact avec les propriétaires. Nous avons été chanceux car concernant les derniers chevaux que nous avons vendus, nous avons pu rester assez proches d’eux et avoir des nouvelles régulièrement. Il est assez dur de dire quel cheval m’a rendu le plus fier à ce jour, parce qu’il y a eu tant de top chevaux à l’image de Mr Currency et WS Scandal… Mais je dirais peut-être Vivant parce que je l’ai eu le plus longtemps à mes côtés et j’étais le plus proche de lui. Il a fait tellement de gros championnats et maintenant il continue son travail en tant qu’étalon en Europe. On ne peut toutefois pas oublier la jument incroyable de ma fiancée : Cristalline, que j’ai eu la chance de monter lors de la finale Coupe du monde à Göteborg en 2016 (vidéo). Elle continue à nous rendre fiers et sa médaille d’or aux Jeux Équestres Mondiaux de Tryon a été la cerise sur le gâteau que nous n’oublierons jamais ! »

Cassio RIVETTI et Vivant © Scoopdyga.com / Pierre Costabadie

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

Crédit photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE