Après avoir fait ses armes dès son plus jeune âge, comme son frère et son père, Thierry ROZIER s’était depuis quelques années consacré au coaching de prestigieux clients, comme la princesse de Monaco Charlotte CASIRAGHI, mais aussi Electra NIARCHOS. C’était sans compter le titre de Champion Olympique de son frère Philippe ROZIER, qui, après le sacre de son père Marcel quarante ans plus tôt, a réveillé en Thierry le désir de boucler la boucle. Revoilà donc le cavalier français sur motivé pour un retour au plus haut niveau, avec pourquoi pas les Jeux Olympique 2020 à Tokyo en ligne de mire. Rencontre passionnante.

Bonjour Thierry, peux-tu retracer ton début de saison ?

« Cette année, j’ai décidé de recommencer le haut niveau. J’étais plus calme par rapport à tous mes clients, mais ils viennent de me donner plein pouvoir pour faire du très haut niveau. Ils sont très motivés aussi et c’est vrai que depuis que mon frère est Champion Olympique, ça m’a aussi remotivé énormément. J’opte maintenant complètement pour faire du haut niveau. Donc là je me bouge, je ne suis pas au point encore loin de là, j’ai encore besoin de faire des compétitions. Là c’est la première fois que je refaisais un CSI 4* à Bourg-en-Bresse depuis quatre ou cinq ans donc déjà 1.50m il y avait longtemps que je n’avais pas sauté ça. Le Grand Prix de Bourg-en-Bresse était côté à 1.60m, nous n’étions pas encore tout à fait au niveau mais je suis déjà content de m’y être qualifié par la performance de la veille.

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Ma jument Venezia d’Ecaussinnes n’a jamais fait ce genre d’épreuves dans sa vie, c’est une bonne expérience. Il faut y aller, on va voir si elle est capable de le faire. Pour l’avenir je ne me fais pas de soucis mais maintenant je sais que ça sera encore bien trop juste. Je vais tout faire pour l’aider mais elle a tout le potentiel, maintenant il faut faire plusieurs parcours pour se mettre dans le moule. Elle a douze ans et je la connais depuis qu’elle a six ans, je la travaille tous les jours. Elle appartient à la propriétaire de Electra NIARCHOS. J’ai fais tout un programme pour l’amener de la meilleure façon possible au CSI 4* de Bourg-en-Bresse puis au CSI 5* de Dinard. A Cagnes-sur-Mer, j’avais demandé à Philippe GUERDAT le sélectionneur national si je pouvais venir ici à Bourg et il m’avait tout de suite dit oui, étant donné que nous étions déjà assez compétitifs.

Tout s’est bien passé à Bourg-en-Bresse et s’être qualifié pour le Grand Prix 4* est vraiment la cerise sur le gâteau. Une entrée en matière magnifique au CSI 5* de Dinard avec la jument qui se classe deuxième de la 1.55m. On va tenter de continuer comme ça ! Je verrais ensuite suivant ce que les chevaux me suivent pour la suite du programme. J’ai d’autres chevaux qui sont prometteurs pour l’avenir, j’ai un très bon six ans que j’ai fais naître et en qui je crois beaucoup, Catcha. Je crois qu’il sera très bien, sa mère Australia court ici avec Timothée ANCIAUME. C’est une jument que j’avais avec Jan TOPS et avant de la vendre, on avait fait deux transferts d’embryons. J’ai également une huit ans que j’ai acheté à Laurent GUILLET, Star, qui est très très bonne aussi donc je prends vraiment mon temps avec. Je cherche bien sûr d’autres chevaux pour épauler ceux de tête, j’ai de la chance d’avoir des propriétaires qui sont prêts à investir pour moi et c’est vraiment top ! Ma carrière ne va pas être encore très longue, je me suis donné cinq ans de dur travail et après je pense que j’arrêterai. Là par contre j’ai vraiment, vraiment envie d’y arriver ! »

Après la médaille de ton frère obtenue aux Jeux Olympiques, vises-tu les JO 2020 pour boucler la boucle ?

« C’est dans la tête ! C’est pour ça que je suis motivé, j’essaie de boucler la boucle avec mon père et mon frère… C’est complètement les JO de Rio qui m’ont mis ça dans la tête. Je ne dis pas que j’avais un complexe mais j’ai eu du mal à accepter qu’on me dise toujours : « Tu es le fils de Marcel, tu es le fils de Marcel » et je vois que Philippe avait eu aussi ce petit sentiment, et maintenant il s’est fait un prénom et ça c’est pour nous important. Je ne dis pas que je ne suis pas fier d’être le fils de Marcel ROZIER, bien au contraire ! Mais c’est important d’être reconnu pour ton travail.

Les Jeux Olympiques de Rio ont été un peu spécial : déjà on était même pas au courant un mois avant l’échéance, que mon frère allait y participer. Donc on faisait notre petit bonhomme de chemin, et plus ça allait, plus on sentait que ça se resserrait, que Philippe et Rahotep de Toscane rentraient dans la liste potentielle pour Rio. Puis après la liste s’est encore réduite et trois semaines avant, Philippe me dit : « Je suis dans les six ! ». Huit jours avant les JO, j’étais au concours de Knokke Hippique et je  l’appelle depuis Aix-la-Chapelle puisque c’était le jour où devait tomber la sélection. Je lui dis « Alors ? » et il me répond « C’est bon ! ». C’était parti…

Il partait avec un super moral parce que Philippe avait déjà fait les Jeux Olympiques, déjà remplaçant également. Donc deux critères très importants car un remplaçant notamment c’est celui qui peut être appelé au dernier moment donc il faut aussi être hyper prêt à concourir, ce qui était le cas. Il faut que ça soit un type qui aide les autres, Philippe fait partie des gens qui est très positif et qui aide les autres. Il avait vraiment les deux critères pour être le meilleur ambassadeur ou coéquipier, où au dernier moment si on l’appelait pour entrer dans l’équipe. Après, j’ai su comme tout le monde par internet que Simon DELESTRE avait eu un souci dans la nuit avec son cheval Ryan des Hayettes. J’ai appelé Philippe le lendemain et il m’a dit « je cours ». On était était derrière lui pour l’aider. Je lui ai demandé si ça allait aller et il m’a répondu « c’est pas que ça va aller, c’est que ça va aller très très bien, je vais être bon ». Il était persuadé que le mental était important. Après il a fait les Jeux que tout le monde connait de l’extérieur. Mon père était là-bas et j’étais très content que Philippe remporte la médaille quarante ans après lui. Moi j’étais aux écuries parce que ce n’était pas du tout d’actualité que Philippe courre. Rio ce n’est pas la porte à côté et puis niveau accréditation c’était très compliqué parce que ce sont les Jeux, on ne va pas à Rio en 24h ! Donc on l’a suivi avec tout le personnel du haras, atour d’une grande télévision. C’était super sympa il y avait tous les copains de la région qui étaient là. On étaient nombreux ! Après on est allés à l’aéroport pour les accueillir quand ils sont revenus. On a vraiment passé un super bon moment. C’était magique ! Moi cela m’a reboosté. »

Qu’est ce qui a changé concrètement pour toi ces derniers mois ? Cette perspective olympique a-t-elle modifié ton organisation quotidienne ?

« C’est complètement pareil. Je continue de tracer mon petit bonhomme de chemin, comme mon père l’a fait et comme Philippe l’a fait. On a la preuve que ça a marché. Je devais améliorer mon mental. Maintenant je pars pour la compétition et moins pour l’entrainement de mes élèves même si j’en garde quelques uns, je m’occupe de beaucoup moins de personnes. Ma tête est tournée à 2000% vers la compétition. Le reste ne change pas. Je dois construire mon programme à long terme voire à très long terme. Pour le moment, cela marche. Après ce sont les chevaux qui vont me dire si l’on est capables d’aller très haut ensemble. Je vais devoir également trouver des chevaux. Bon celle que j’ai là saute déjà très bien mais elle a déjà douze ans donc il faut préparer les autres. On est dans la dernière ligne droite quand même. Aujourd’hui je ne peux plus me projeter sur le très long terme, on est plus des gamins et il y a une très forte concurrence. Il faut travailler, travailler, travailler ! »

Propos recueillis par Charlotte MARICHAL.

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