Souvent dans l’ombre, les grooms sont pourtant les pièces maîtresses dans le fonctionnement d’une écurie de haut niveau et des performances sportives. À la maison comme en concours, ils veillent au bien-être des chevaux qu’ils connaissent mieux que quiconque. Jump’inside est parti à la rencontre d’Agathe BARIL, groom de la cavalière australienne installée en Normandie Amy GRAHAM, pour tenter d’en savoir plus sur ce métier peu reconnu.

Bonjour Agathe, peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Agathe BARIL, j’ai vingt-trois ans et j’ai passé un bac professionnel Accueil Relation Client et Usagers. En parallèle de mes études, je montais à Auvers avec Alexa HINARD-DUFOUR (cavalière internationale, ndlr). J’ai monté quelques années là-bas avant d’arrêter en 2013, un an avant de rejoindre les écuries d’Amy GRAHAM, situées à Brévands dans la manche, au Haras du Ry. C’est donc en 2014 que j’ai commencé à aller chez Amy, grâce à une amie à moi, Marine LEGIONNET, qui travaillait déjà là-bas de temps en temps. Jusqu’en décembre dernier, j’y allais par périodes quand ils avaient besoin d’aide, maintenant je suis salariée au Haras. »

Comment définis-tu le métier de groom ?

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« Être groom à la maison et en concours est vraiment différent. À la maison, on s’occupe vraiment de tous les chevaux, il y a plus de travail mais nous avons la chance d’être plusieurs grooms maison chez Amy, donc l’activité paraît moins intense. Nos principales missions sont de nourrir les chevaux, faire les boxes, sortir les chevaux au marcheur ou au paddock suivant leur programme, leur faire les soins avant et après leur séance de travail. Il faut également suivre les professionnels qui viennent, que ce soit le vétérinaire, l’ostéopathe… Tandis qu’en concours, le travail est réduit, principalement car nous devons nous occuper de moins de chevaux. Il faut néanmoins toujours veiller sur eux, faire en sorte qu’ils soient prêts et propres pour le cavalier ou la cavalière, à l’heure… En concours c’est important de s’occuper d’eux, de passer du temps avec eux, l’univers du concours est toujours plus stressant pour eux, ils ne sont pas dans leurs boxes, ils ne connaissent pas l’environnement. »

 Qu’est-ce qui t’a amené à débuter ce métier ?

« Au départ, je ne voulais pas travailler dans le domaine des chevaux, je voulais que ça reste une passion comme beaucoup de jeunes filles car nous savons tous que c’est parfois un milieu ingrat. De fil en aiguille, Amy m’a contacté et nous sommes toujours restées en contact, ça s’est toujours très bien passé entre nous. C’est ce qui m’a permis de continuer à aller travailler au Haras. C’est vrai que je m’étais dit que si je devais travailler dans le monde du cheval, ça serait ici, parce que je connaissais bien la maison. Nous avions instauré dès le départ une bonne relation de confiance. La question ne s’est plus posée au final ! C’est finalement un métier qui m’a toujours plu, j’ai toujours été motivée pour aller travailler chez elle. En plus, j’ai vraiment de superbes opportunités. J’ai dernièrement eu la chance d’accompagner une élève d’Amy, Chiara AMOR, aux Jeux Asiatiques de Jakarta. À vrai dire je ne me pose plus trop de questions quant à mon métier, je me dis que je suis jeune et qu’il faut en profiter ! »

N’étant pas destiné à faire ce métier, où as-tu appris les différentes tâches ?

« Je n’ai jamais fait de formations ou même d’études en relation avec les chevaux, j’ai tout appris chez Amy au fur et à mesure. Les anciens grooms qui étaient là m’ont formé, ils m’ont beaucoup appris même si je reste consciente que je n’ai pas fini d’apprendre. J’en apprends encore aujourd’hui et j’en ai encore à apprendre. J’ai toujours été très observatrice, je pose aussi beaucoup de questions donc on m’apprend, on m’explique… L’expérience et le savoir-faire sont venus à force de mettre en pratique ce que l’on m’expliquait. »

Durant ces années chez amy tu as connu de nombreux changements dans son piquet. Quel sentiment ressens-tu à chaque départ ?

« Forcément, le départ de Bella Baloubet nous a tous attristés. Malheureusement, on ne m’envoie pas de nouvelles du cheval. J’arrive néanmoins à en prendre via les réseaux sociaux, et je pense qu’Amy en a de temps en temps, de plus elle a la chance de pouvoir le croiser en concours, comme ce fut le cas à Oliva. Ensuite, nous n’avons pas connu de gros départs particuliers hormis celui de Cali des Bergeries, qu’elle a beaucoup formé et avec qui elle a pu courir de belles échéances et obtenir de nombreux classements. Nous n’avons pas non plus de nouvelles de Cali, que se soit pour Amy ou pour moi. Beaucoup de jeunes chevaux sont partis, nos sentiments dépendent vraiment du feeling qu’on a avec eux. C’est vrai qu’on s’attache toujours plus à certains chevaux mais nous avons toujours un petit pincement au cœur quand nous les voyons partir, peu importe le cheval. Ce sont des chevaux dont on s’occupe tous les jours, qui restent plusieurs mois, plusieurs années aux écuries. Nous les chouchoutons énormément donc c’est sûr que lorsque l’un d’eux monte dans le camion, nous leur souhaitons le meilleur. Mais ce n’est jamais évident. Nous savons aussi que ça fait partie du métier, il y en a qui partent, d’autres qui arrivent, c’est ainsi… »

peux-tu nous parler des coups de cœur que tu as eu et comment essaies-tu de créer un lien avec chacun ?

« Avant, je venais par périodes au Haras donc je n’avais pas vraiment le temps d’instaurer de véritables liens avec les chevaux. En revanche, c’est vrai qu’il y en a toujours qui sortent du lot, et là, depuis un petit moment déjà il y a Coleraine des Bergeries que tout le monde surnomme « Coco », qui est ma chouchoute. C’est assez difficile à expliquer comme sentiment, mais je prends toujours plus de plaisir à m’occuper d’elle. Après il faut essayer de ne pas faire de différence. Il y a aussi Mr Blue Sky, qui est arrivé en début d’année en mauvais état, il était très stressé. Malgré sa taille imposante, j’ai tout de suite eu envie d’en prendre soin, qu’il se sente bien aux écuries, et que tout se passe au mieux avec son cavalier Emmanuel BERTHO. Nous nous attachons forcément davantage à force de passer du temps avec eux. »

Mr Blue Sky
Mr Blue Sky, sa groom Agathe BARIL et son cavalier Emmanuel BERTHO © Alice BONNEMAINS

Un groom a finalement de nombreuses missions… Quand est-ce que vous dormez ?

« La nuit, il n’y a pas de soucis (rires) ! C’est vrai que c’est un métier très prenant, mais nous avons la chance au Haras d’être bien organisés, ce qui nous permet d’avoir une pause conséquente le midi et de finir à des heures raisonnables le soir. Cela permet donc d’avoir une vie personnelle à côté sans trop de soucis. En concours, c’est différent car nous dormons dans le camion mais finalement nous nous adaptons très bien, après nous sommes dépendants des heures des épreuves : nous pouvons très bien commencer très tôt ou finir très tard, ça dépend des concours et des épreuves courues. Nous passons également de nombreuses heures sur les routes, donc c’est un rythme à prendre mais je pense que si on est passionné et qu’on aime vraiment ça, dormir n’est pas notre priorité. »

 Quel regard poses-tu sur l’accueil des grooms lors des concours ? 

« Cela dépend vraiment des concours. Nous voyons vraiment une différence entre des CSI 5* et des CSI 2 / 3*. Pour avoir eu la chance d’aller au CSI 4* de la Corogne, là-bas, nous  sommes vraiment très bien reçus. Nous sommes nourris le matin et le midi, et nous avons également reçu un vêtement officiel du concours. L’organisation nous permet même de répondre à un questionnaire pour donner notre avis sur l’accueil qui nous est réservé. C’est vraiment rare de voir cela en concours et il faut l’avouer, ça fait plaisir, nous nous sentons un peu plus reconnus. Alors que sur des plus petits concours, nous avons juste notre accréditation et ça ne va pas plus loin. Nous sommes très généralement peu informés du déroulement du concours…

C’est un métier où nous sommes peu reconnus. Quand les gens qui ne sont pas du milieu me demandent ce que je fais dans la vie et que je leur explique, ils me regardent avec des grands yeux. Ils ne connaissent pas du tout. Dans le monde du cheval tout le monde connaît le métier de groom mais ça n’empêche pas de ne pas être reconnus à notre juste valeur. »

Dis-nous, en quelques mots, ce qui pour toi fait un bon groom ?

« Il faut être passionné, motivé et très rigoureux. C’est vraiment important car nous sommes en permanence avec du vivant, donc cela demande une attention permanente et une bonne organisation afin de pouvoir tout faire correctement. »

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.