Alors que l’an passé nous abordions la question de l’importance du chef d’équipe dans l’équitation, il convient de ne pas oublier l’objectif premier de ce rôle, qui est de constituer la meilleure équipe possible. Entre traditionnels championnats et Coupes des Nations, le circuit français du Grand National, la Global Champions League et la Riders Masters Cup, les occasions pour monter en équipe se sont fortement développées depuis quelques saisons. Mathieu BILLOT, Bernard BRIAND CHEVALIER et Jos VERLOOY, cavaliers ayant défendu leurs équipes nationales, nous donnent leur avis sur les épreuves par équipe.

Quelle place a le collectif dans le sport individuel qu’est l’équitation et comment analysez-vous le métier de sélectionneur national ?

Mathieu BILLOT : « Je trouve ça très bien, je fais beaucoup de polo donc j’adore les sports en équipe et surtout les Coupes des Nations qui sont tout de même les plus belles épreuves. Nous y sommes tous présents pour l’équipe, on fait le maximum pour ses coéquipiers et je pense qu’on monte parfois encore mieux dans ces situations. Après c’est sûr que quand on passe à côté de son parcours, on est beaucoup plus déçu qu’en général puisqu’on fait couler le reste de l’équipe avec nous. Il y a aussi le Grand National que l’on fait en équipe qui est vraiment toute l’année, on se motive tous et je trouve que c’est vraiment une bonne chose. En plus il y a eu cette année le challenge indoor, c’est super de sauter en intérieur sur ce même concept. Il y a de l’argent et tout cela est très bien pour nous, cavaliers, et la sauvegarde de notre sport. 

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Courir en équipe apporte un côté stratégique que l’on a beaucoup moins quand on court pour soi : sur le circuit du Grand National par exemple, si notre équipe a plusieurs chevaux au barrage du Grand Prix, on va parfois assurer avec un des chevaux alors que si on est tout seul on va prendre tous les risques avec tous, au risque d’être en bas du classement et de ne pas prendre de points. On fait la reconnaissance ensemble, on se donne des conseils, quand il y en a un qui n’est pas au barrage, il regarde ce qu’ont fait les autres et vient parler avant l’entrée en piste à l’autre. En Coupe des Nations, c’est encore une autre dimension car c’est ce qu’il y a de plus important dans notre sport, la pression est donc énorme. Le chef d’équipe est primordial, c’est son boulot de composer la meilleure équipe. Il faut qu’il mette une bonne ambiance, instaure une bonne dynamique. Je suis content de courir en équipe de France, je m’entends bien avec tout le monde donc au niveau de l’esprit d’équipe, il n’y a pas de souci là-dessus.

La gestion des équipes va d’ailleurs changer ces prochaines années avec le passage des équipes de quatre à trois cavaliers aux Jeux Olympiques. Ce n’est vraiment pas terrible, je pense que quatre était vraiment très bien pour le concours. Une catastrophe peut arriver : un cheval qui casse ou ce genre de chose, et dans ce cas l’équipe qui avant avait un joker, est tout de suite pénalisé sans aucune chance de médaille… Cela peut ouvrir la compétition à davantage de nations, oui, car il y aura moins de cavaliers par nation; mais je pense que les bonnes équipes seront toujours celles qui à la fin rafleront toutes les médailles. »

Mathieu BILLOT Shiva d'Amaury
Mathieu BILLOT et Shiva d’Amaury © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Bernard BRIAND-CHEVALIER : “C’est assez intéressant, c’est vrai que nous ne sommes pas habitués à penser l’équitation comme un sport avant tout collectif, c’est une expérience assez nouvelle quand on intègre l’équipe de notre pays pour des Coupes des Nations. Dans les compétitions par équipes, il est indéniable que nous avons un peu plus de pression car on sait qu’une faute peut pénaliser toute l’équipe !

On a aussi beaucoup de chance, cavaliers français, d’avoir un circuit national qui se court aussi par équipes, le Grand National. C’est vraiment très intéressant, cela permet de préparer des cavaliers nationaux à aller plus haut et cela crée une bonne dynamique. Les compositions des équipes du Grand National sont très liées aux affinités. Même si on ne s’entraîne pas ensemble, on se voit quand même très régulièrement sur les différents concours donc on se connaît tous plus ou moins.

Concernant le chef d’équipe, au niveau international, il doit être quelqu’un d’intègre, qui sache dire les choses, qui n’ait pas de pression extérieure, qui puisse assumer ses choix. C’est un rôle assez difficile… Il est là pour rassurer et conseiller quand il y en a le besoin. Malheureusement on en avait un qui remplissait toutes ces qualités et c’est dommage de le voir partir. Mon expérience en équipe de France s’est très bien passée, Philipe GUERDAT nous a ouvert les portes, à moi et à d’autres, et nous avons eu la chance de pouvoir monter en équipe et de prendre de l’expérience sur des beaux concours avec lui. Je ne peux que remercier Philippe pour tout ça.

bernard briand chevalier
© Longines CSIO St. Gallen

Quand on parle d’équipe, il ne faut pas oublier le réserviste, souvent oublié et qui pour moi est toujours très important. C’est vrai que l’on regrette quelques fois de ne pas pouvoir l’intégrer le jour de la compétition. Le chef d’équipe doit donner sa composition d’équipe la veille de l’épreuve, et il peut arriver que le lendemain un cheval se trouve mal et dans ce cas on ne peut pas appeler le réserviste et c’est bien dommage. Il faudrait peut-être, justement, un petit peu plus valoriser la place du réserviste pour lui permettre d’entrer dans l’équipe au dernier moment.

C’est vrai que les épreuves par équipes vont changer de visage aux prochains Jeux Olympiques… Je ne pense pas du bien de ce passage à trois cavaliers par équipe, il n’y aura plus trop de suspense dans le sens où, à quatre il y avait un score qui ne comptait pas et donc jusqu’au dernier moment, au dernier passage d’un cavalier, il y avait toujours la possibilité d’un revirement de situation. Maintenant avec les trois cavaliers et tous les scores qui comptent, si un membre loupe un parcours, l’équipe n’aura aucune chance de revenir. Je pense que l’on va perdre un peu en intérêt de l’épreuve parce que dès qu’il y aura un mauvais score, on pourra presque dire que l’équipe est éliminée.

De nouveaux formats par équipes se développent, comme la Global Champions League et la Riders Masters Cup qui sont assez intéressantes pour le sport parce que ça le développe un peu au niveau professionnel, avec plus d’argent à gagner et donc plus rentable. Malheureusement je trouve que ces nouveaux circuits sont un petit peu trop fermés car très onéreux en engagement, à moins de figurer parmi les meilleurs mondiaux. Je pense qu’il faudrait trouver un moyen un petit peu plus juste pour tout le monde. »

Jos VERLOOY : « Les Coupes des Nations sont sympas à monter, c’est toujours agréable de représenter son pays. Le seul problème en ce moment dans notre sport est qu’il n’y a pas assez de dotation par rapport au Global Champions Tour, et je pense que c’est pour cela que de plus en plus de cavaliers font le circuit du LGCT ou d’autres CSI 5* au détriment du circuit par équipes. Mais c’est toujours quelque chose de spécial que de représenter son pays, c’est une pression différente et il y a plus d’enjeu que lorsque l’on monte seul.

Il faut monter le mieux possible, comme d’habitude, mais je pense qu’il y a davantage de pression quand on monte en équipe. On est peut-être seul en piste, mais je pense que c’est quand même très important d’avoir une ambiance au sein de l’équipe pour faire de bons résultats : il faut sentir que tout le groupe est derrière toi, et dans ce cas peu importe que l’on soit seul sur le terrain, c’est du ressenti. Au final on est quand même tout le temps ensemble : en entrée et sortie de piste, à l’extérieur, au paddock… On ne se donne pas vraiment de conseil parce qu’au fond, chaque cavalier connaît son cheval mieux que les autres, nous ne sommes là que pour aider si jamais c’est demandé et si une réponse doit être donnée à une question ou s’il y a un problème.

Jos verlooy caracas
Jos VERLOOY et Caracas © Jump’inside / Marie-Juliette Michel

Normalement, au plus haut niveau, vous vous connaissez bien parce que vous allez aux mêmes concours chaque semaine, mais il y a toujours une possibilité d’être avec quelqu’un que l’on connaisse moins bien. Cependant, on est dans une équipe, et ça ne dérange personne de ne pas forcément bien se connaître. Tout le monde a son propre système à haut niveau, et la seule chose dont on a parfois besoin est un conseil du chef d’équipe. Il est là pour créer la meilleure équipe au bon moment, avec les bons chevaux. Si vous avez besoin d’aide, il peut vous aider à planifier vos concours, mais il est là pour mettre en place la meilleure équipe possible.

J’ai également une équipe dans la Global Champions League, qui est quelque chose que je trouve très spécial. En Coupes des Nations, vous sautez pour votre nation, avec souvent les mêmes cavaliers mais je n’aurais jamais pu rêver de monter en équipe avec Harrie SMOLDERS ou Eric LAMAZE par exemple, et la GCL rend cela possible. La League a amené le saut d’obstacles à un tout autre niveau et c’est très sympa de monter en équipe avec quelqu’un que vous avez toujours admiré, qui n’est pas forcément de votre pays.

Concernant la nouvelle règle pour les Jeux Olympiques, je ne suis pas très positif, je pense qu’on aurait dû rester à quatre car tout pouvait arriver, rien n’est joué d’avance. Je pense que l’on aurait dû garder quatre membres mais il n’y a rien à faire et on va devoir faire du mieux que l’on peut avec cela… »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.