S’il est bien sûr nécessaire à tout cavalier de travailler durement pour espérer toucher le haut niveau et y rester (en formant des chevaux), aucun ne serait là où il en est arrivé aujourd’hui sans son plus grand et indispensable complice : le cheval. Alors qu’aujourd’hui le marché des chevaux de sport a explosé, notamment en termes de prix, nous nous sommes demandé ce qu’était vraiment un crack cheval : comment vit-il ? comment en obtenir un ? comment réussir à en avoir suffisamment pour rester à haut niveau ?

Pour répondre à nos questions, trois acteurs du monde équestre nous ont répondu, tous de métiers différents : Lisa FUNDIS (groom), Yves LAUWERS (éleveur) et Henrik VON ECKERMANN (cavalier) vous disent tout sur leur définition du crack cheval !

Qu’est-ce qu’un crack cheval ?

Publicité

Lisa FUNDIS, groom de Philipp WEISHAUPT et son étalon gris LB Convall : « Dès que j’ai commencé à travailler avec Convall, j’ai tout de suite su que nous allions former une équipe spéciale ! Malgré cela, s’occuper de lui n’est pas quelque chose que je fais différemment par rapport aux autres chevaux. Il est vrai que la pression est énorme des fois puisque c’est justement un crack, mais je pense que je me mets moi-même de la pression. Nous devons nous occuper de nos stars du mieux possible.

Il sait très bien qu’il est LE cheval, la star, et ce, qu’importe où il est : que ce soit aux écuries à la maison ou en concours. Il a toujours le « dernier mot », même si vous lui dites « non », il ira toujours au bout de son idée, c’est peut être ça finalement, un crack ! Tout est un peu spécial chez ce cheval. La relation que j’ai avec lui est comme celle que vous auriez avec votre meilleur ami : vous devez vous respecter et rester ensemble dans les meilleurs comme les pires moments.

A la maison, Convall va directement au paddock le matin, pour quelques heures. Philipp le monte toujours le matin également. Ensuite, nous le marchons le soir. En concours, il est le premier cheval que je fais marcher à la main, et Philipp le monte quand il a le temps. J’essaie de faire de la marche en main le plus souvent possible avec lui. Je pense qu’il sait ce qu’il se passe lorsqu’il entre en piste, il adore l’ambiance et le ressenti des Grands Prix ! D’ailleurs, il adore la piste d’Aix-la-Chapelle, il y saute toujours superbement bien.

lisa fundis lb convall rotterdam 2018
Lisa Fundis et LB Convall © Marie-Juliette Michel / Jump’inside

J’ai beaucoup de très beaux souvenirs avec lui. La troisième place lors de nos premiers championnats d’Allemagne en 2016 était superbe mais nous avons aussi été classés dans tellement de Grands Prix de superbes concours… Un autre endroit spécial est sans aucun doute Spruce Meadows : Philipp a beaucoup appris sur lui là-bas, et nous sommes restés pendant deux étés à Spruce pour le circuit estival où il n’aura fait que de très beaux tours. Il a tout pour lui, et nous le rend bien. »

Yves LAUWERS, de l’élevage des Hayettes : « Un crack cheval de saut d’obstacles c’est tout simplement un cheval qui gagne régulièrement en CSI dans sa catégorie de hauteur. La mère est prépondérante dans l’élevage et va grandement définir le cheval en question et ses moyens. Le choix de semence de bons étalons est pléthorique alors que les bonnes mères sont rares car les éleveurs ne les cèdent que très rarement. Une bonne mère doit avoir, à défaut d’avoir presté elle-même, des ascendants qui ont fait du sport de haut niveau. 

L’élevage de qualité assure des performeurs pour le sport dans dix ans : l’élevage génère donc les cracks du futur. Les bons chevaux sont faciles à vendre mais ceux-ci sont rares, les éleveurs doivent aussi être capables de vendre des chevaux de qualité moyenne. Actuellement, les nombreuses ventes aux enchères proposent un grand nombre de foals et de trois ans. C’est un bon créneau pour les éleveurs. De notre côté, nous vendons essentiellement des jeunes chevaux, soit via Facebook, soit sur les terrains de concours des quatre à sept ans.

Le saut d’obstacles n’a pas tellement changé, ce qui a changé ce sont les prix des bons chevaux qui ont explosé … D’un sport amateur on est arrivé à un sport hyper professionnel organisé par quelques stars tels que Jan TOPS et Stephan CONTER, la FEI est passée au second rang. De plus, ces organisateurs de concours sont aussi de grands marchands de chevaux de haut niveau. Ils dominent le marché des cracks et ce sont chez eux que nous pouvons trouver facilement la définition du crack cheval !

Hermès Ryan des Hayettes Simon Paris Grand Prix Longines Masters paris
Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes © Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com

Les éleveurs belges sont très professionnels et ce n’est pas un hasard de retrouver un nombre important de chevaux inscrits aux trois studbooks belges dans les meilleurs au plus haut niveau. Si on additionne ces trois studbook (BWP, SBS et Z), l’élevage belge est numéro un mondial en saut d’obstacles. Je pense que cela se doit à la liberté totale des éleveurs belges quant au choix des étalons. Ma plus grande fierté est tout d’abord Mozart des Hayettes, puis en deuxième position Ryan des Hayettes. Ça ce sont des cracks ! »

Henrik VON ECKERMANN, cavalier international : « J’ai rencontré Toveks Mary Lou après être parti des écuries de Ludger BEERBAUM. Karl SCHNEIDER avait ce cheval chez lui, et c’était trois mois avant que je ne doive partir. Il m’a demandé d’y jeter un coup d’œil et si je pensais que c’était un bon cheval, il m’a dit qu’il me le garderait jusqu’à ce que je vienne chez lui pour le monter. Je l’ai essayée, et dès la première seconde j’ai vraiment aimé la jument. Je lui ai demandé de la garder jusqu’à ce que j’arrive et qu’il y avait quelque chose de très bon avec elle. Les premiers concours avec elle n’étaient pas du tout bons, mais malgré cela j’ai dit à ma groom que cela n’importait pas, que même si tout n’était pas bien, la jument avec quelque chose de spécial. Ensuite tout est allé assez vite, au bout de six mois elle faisait sa première étape Coupe du Monde et après sept mois elle remportait son premier Grand Prix Coupe du Monde. Je suis très chanceux d’avoir cette jument et si j’ai pu progresser et gravir les échelons dans le haut niveau à mon compte, c’est grâce à elle.

J’ai eu beaucoup de très bons chevaux au fil des années, je suis très reconnaissant qu’ils soient toujours arrivés aux bons moments : je ne sais pas si c’était de la chance ou le destin, mais chaque cheval a pu avoir son moment de gloire. J’ai pu participer à mon premier championnat senior parce que Marco KUTSCHER qui était mon collègue aux écuries BEERBAUM s’est blessé, et j’ai pu monter Montender 2 avec qui il avait remporté les championnats d’Europe en individuel quatre ans avant. C’était une expérience fantastique pour moi !

henrik von eckermann mary lou
Henrik von Eckermann et Toveks Mary Lou © Marie-Juliette Michel / Jump’inside

J’ai ensuite eu une nouvelle opportunité avec Coupe de Cœur 2 car Ludger avait beaucoup de chevaux à cette époque aux écuries. J’ai pu emprunter celui-ci, et les choses en amenant d’autres, j’ai terminé cinquième aux championnats d’Europe. Ce cheval s’est blessé avant les Jeux Olympiques de Londres mais comme Marco avait lui aussi de nombreux chevaux, j’ai pu prendre Allerdings. Une fois qu’il a été vendu, j’ai récupéré Gotha FRH que j’avais eue quand elle était jeune. Gotha, tout comme Mary Lou, représente beaucoup et a été très spéciale pour moi. C’est une jument avec qui j’ai vraiment gagné quelque chose (il remporte la médaille de bronze par équipe aux championnats d’Europe en 2013, ndlr), alors qu’avec les autres j’ai surtout pris de l’expérience et fait de bonnes choses, sans réellement gagner. Mais avec Gotha, c’était ma première vraie victoire en championnat senior, c’était une sacrée crack ! »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

Crédit photo à la Une : Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com