Si l’équitation connait un nombre important de femmes licenciées, elles se font plus rares à haut niveau. Luciana DINIZ fait partie de cette élite mondiale qui chaque week-end participe aux plus grandes compétitions de la planète et réalise de belles performances lors des différents championnats. Née au Brésil et représentant le Portugal sur la scène internationale, la cavalière mondialement connu pour son élégance et son efficacité sur les pistes, revient pour Jump’inside sur sa vie, sa philosophie de l’équitation et bien plus encore…

Vous remportiez le week-end dernier la deuxième place du prestigieux Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle, pouvez-vous revenir sur cette performance  ?

« C’était la performance du jour ! Je suis extrêmement contente de la manière dont a sauté Fit For Fun. Après mon barrage, je savais que Gregory WATHELET allait gagner. Malheureusement la jument a glissé dans un virage avant de sauter l’avant dernier obstacle mais après avoir visionné plusieurs fois les vidéos, je ne pense pas que ça me coûte la victoire. En tous les cas c’est difficile à déterminer car ça se joue à pas grand-chose. Chaque week-end est un nouveau challenge pour moi et je dois dire que ce week-end à Aix-la-Chapelle a été plutôt fructueux. »

Vous êtes extrêmement proche de vos chevaux, que vous apportent-ils ?

Publicité

« J’ai commencé il y a quelque temps une série de vidéos qui s’appelle Hoofprint Series et qui sont disponibles sur mon site internet. J’explique à travers ces documentaires ce que chaque chevaux représentent pour moi. Ils ont une personnalité qui leur est propre et ils m’apportent beaucoup dans ma vie. Ils sont tous différents, comme nous les êtres humains, et ils nous apprennent tous quelque chose. C’est à nous de les écouter pour pouvoir nouer une relation et en obtenir le meilleur. »

Vous avez récupéré depuis peu un fils de Fit For Fun 13, Camargo 2, est-ce que vous retrouvez des points communs avec sa mère ?

« Camargo est un jeune cheval de neuf ans qui a en effet beaucoup de ressemblance avec sa mère. Il a notamment hérité de sa souplesse. Camargo n’est néanmoins pas aussi léger que Fit For Fun. Son père Canturo lui a transmit un cadre un peu plus imposant. Après ce n’est pas toujours évidant de comparer un cheval avec un autre mais oui, il lui ressemble globalement.

Nous avons aussi acheté une fille de WinningmoodIsabeau Van Dorperheide, lorsqu’elle avait sept ans. C’est son portrait craché ! Elle lui ressemble aussi bien dans le mental que dans le physique. Comme avec Camargo, je l’ai sorti sur quelques compétitions et maintenant c’est mon cavalier, Olivier LAZARUS qui les a récupéré dans son piquet de chevaux. Il les monte d’ailleurs à Dinard et c’est très plaisant pour moi d’être à leurs côtés. Cela me permet de les voir évoluer ensemble et je peux leur donner un coup de main. Olivier peut ainsi prendre beaucoup d’expérience en concourant dans un 5*. »

Vous avez débuté Chaman avant qu’il ne rejoigne Ludger BEERBAUM avec qui il concours encore à l’âge de dix-huit ans. Quels ont été vos sentiments sur ce fabuleux fils de Baloubet du Rouet ?

« J’aime beaucoup Chaman et je ne rate aucun de ses parcours. J’ai commencé avec lui en fin d’année de ses six ans et je l’ai gardé jusqu’à ses neuf ans. C’était à ce moment-là un cheval sensible notamment avec les éléments sur l’eau tels que les bidets, les rivières… Il était un peu difficile pour moi et j’avais du mal à gérer son énergie. Il lui fallait quelqu’un qui avait un peu plus de force que moi. Je monte beaucoup avec du feeling mais je n’arrivait pas à en obtenir le meilleur. Ludger lui correspond parfaitement et il a su mettre en avant tout son potentiel. Aujourd’hui il n’a plus rien à prouver avec le nombre important de victoires internationales qu’il a à son actif. » 

Vous faites partie de l’élite mondiale du saut d’obstacles, comment avez-vous gravi les échelons pour atteindre le très haut niveau ?

« J’ai commencé à monter à cheval dès ma plus jeune enfance. Nous avons toujours eu des chevaux à la maison car mes parents pratiquaient l’équitation. Ma mère montait en dressage et a été sacrée plusieurs fois championne du Brésil dans cette discipline. C’est donc tout naturellement que je l’ai suivi et ai commencé par sortir en dressage. Mon père lui pratiquait le polo et ce sont mes frères qui l’ont suivi ! Aujourd’hui ce sont deux des meilleurs joueurs de polo du Brésil. J’ai également un troisième frère qui lui pratique comme moi, le CSO. Il a été sacré champion amateur du Brésil dans sa catégorie en 2004.

Lorsque j’avais douze ans, Markole cheval de ma mère avec lequel je sortais en compétition est décédé et c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à sauter. Cette discipline m’a tout de suite plu et lorsque j’avais dix-huit ans j’ai quitté mon pays pour rejoindre l’Europe et m’entraîner. Ensuite j’ai eu la chance de rencontrer les bons chevaux, les bonnes personnes aux bons moments pour atteindre le très haut niveau. Je dois dire aussi que le dressage m’a beaucoup apporté et m’a permis d’acquérir une bonne base de l’équitation avant de pratiquer le CSO. »

Avant de courir pour le Portugal vous représentiez le Brésil. Pourquoi avez-vous changé de nationalité ?

« J’ai changé de nationalité en  2006. Ma famille paternelle est d’origine portugaise et cela faisait longtemps que je voulais porter les couleurs du Portugal. C’est un pays très important pour moi et il m’a beaucoup apporté. En 2004 j’ai couru les Jeux Olympiques d’Athènes sous couleurs brésiliennes et après cette échéance je trouvais que c’était un bon moment pour effectuer ce changement de nationalité. Je suis très fière de représenter ce pays si magnifique. »

Où se situent vos écuries et comment travaillez-vous à la maison ?

« Je suis basé à Bonn, en Allemagne avec toute mon équipe. Je m’entraîne toute seule et j’utilise un système qui me permet d’être le plus proche possible de mes chevaux. Je suis très à l’écoute d’eux et j’essaye de développer une certaine forme de philosophie. Je suis à l’initiative de la plate forme GROW, reprenant « growing » qui signifie connaissance en anglais. Ce concept a pour but d’aborder une philosophie de l’éducation informelle et développer ainsi la personnalité de chacun dans tous les domaines confondus. Nous avons entre autres une coach qui est spécialisée dans le domaine des chevaux et qui nous apporte beaucoup dans notre travail quotidien avec eux.

J’aime aussi beaucoup transmettre mon savoir faire et je suis actuellement en train d’écrire un livre pour faire partager toute mon expérience et mes méthodes de travail. Je vais également organiser un stage en septembre dans mes écuries. »

Selon vous, est-ce facile d’être une femme dans le monde de l’équitation qui est un sport mixte ?

« Oui je pense que c’est même un avantage d’être une femme avec les chevaux. Nous les filles, nous montons beaucoup avec le feeling. Nous n’avons en effet pas la force que peut avoir un homme et je pense que grâce à cette caractéristique, nous sommes naturellement plus à l’écoute de nos montures. Cela est très important pour pouvoir créer un couple et obtenir des performances. »

Comment gérez-vous votre vie de famille avec votre vie professionnelle ?

« J’ai deux garçons, des jumeaux, qui eux pratiquent le tennis donc ils ne m’accompagnent pas toujours en compétition. Ils sont grands maintenant mais ce ne fut pas forcement évident tous les jours. Avec le recul, je pense qu’une bonne organisation permet de gérer sa vie de famille lorsque nous sommes une athlète de haut niveau. »

Vous êtes rarement absente sur les compétitions françaises, qu’est-ce que vous leurs trouvez ?

« J’aime beaucoup la France, c’est vraiment un pays de cheval. Ils prennent généralement place dans des sites chargés par l’histoire où dans des lieux somptueux comme au Grand Palais, à Chantilly où encore sous la Tour Eiffel. Ils sont toujours bien organisés et Dinard en est le parfait exemple. C’est la première fois que je viens ici et je suis agréablement surprise par ce cadre magnifique. En plus je suis en parfait accord avec le concours car j’aime le rose et je le porte sur les pistes avec ma veste (rires) ! »

Quel est votre prochain objectif ?

« Je vise les championnats d’Europe avec Fit For Fun qui débuteront fin août à Göteborg, en Suède. »

Avez vous un rêve ?

« Je dois dire que je suis passé tout près d’un de mes plus grand rêve le week-end dernier. J’aimerais vraiment un jour remporter le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle. Je vais donc continuer à m’entraîner pour un jour le gagner ! »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

Publicité