Il fait partie de cette jeune génération de cavaliers qui s’est fait un nom à très haut niveau. Né aux Etats-Unis de parents Égyptiens, Nayel NASSAR a grandi au Koweït avant de passer sa vie entre ses terres natales et l’Europe. Partez à la rencontre dans cet entretien exclusif de ce véritable globe-trotteur à la conquête des CSI 5* !

Comment as-tu commencé l’équitation, toi qui a grandi au Koweït ?

« J’ai commencé à monter à cheval quand j’étais assez jeune au Koweït. Le sport équestre était assez récent là-bas, il n’y avait pas beaucoup de chevaux et tout était plutôt nouveau. Personne dans ma famille ne monte vraiment à cheval, mon frère a monté avec moi quand nous grandissions mais c’était plus pour nous occuper et nous divertir. Quand le sport a commencé à se développer, tout est allé assez vite, on a vu beaucoup de concours apparaître comme l’ArabTour à Dubaï au Qatar, d’autres pays du Golfe ont commencé à vraiment se mettre au sport. Nous avons pu voyager et prendre les choses un peu plus au sérieux.

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Nayel Nassar et Raging Bull Vangelis lors de la finale Coupe du Monde de Göteborg en 2013 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE
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Après avoir terminé le lycée, j’ai décidé de partir aux États-Unis pour mes études universitaires et j’ai fait une petite pause dans l’équitation. Les chevaux que j’avais étaient plutôt « normaux », des chevaux qui sautaient 1.30m-1.40m, donc je n’allais pas les amener avec moi et pousser la chose. J’ai donc pris une pause, me suis concentré sur mes études pendant un an et une fois que je me suis senti à l’aise avec ce que je faisais et que j’avais planifié mon éducation, j’ai commencé à revenir dans le sport. J’ai acheté Lordan quand il avait six ans et j’ai acheté un bon étalon un peu plus âgé de treize ans appelé Raging Bull Vangelis S qui a été mon premier cheval de Grand Prix, précédemment monté par Robert SMITH. Ensuite, j’ai commencé à faire de plus grosses épreuves avec Lordan qui était assez âgé et a pris le relai sur Raging Bull. J’ai donc pu rester dans le sport et vraiment commencer à faire de gros concours et c’est maintenant ce que je fais pour vivre. »

Le fait de changer de pays n’a pas ÉTÉ trop difficile ?

« J’avais dix-huit ans quand je suis parti et bien-sûr, ça a été un gros changement. C’était différent mais je parlais bien anglais et même si je n’avais jamais vécu aux États-Unis, j’avais déjà un passeport américain. Tout est allé assez vite une fois que j’ai pris un an pour m’habituer à tout. J’ai pu commencer à monter plus et à me plonger davantage dans le sport. »

LA MANIÈRE DE MONTER AU KOWEÏT ET AUX usA EST-ELLE DIFFÉRENTE ?

« Mes coachs ont toujours été allemands donc j’ai appris à monter avec le style plutôt européen : j’ai commencé avec Markus BEERBAUM. J’ai ensuite travaillé avec Jos LANSINK donc j’ai vraiment eu une influence et base européenne, ce qui fait que quand je suis arrivé aux États-Unis je n’ai pas ressenti le besoin de changer mon équitation. C’était intéressant de voir les différences et d’apprendre des meilleurs cavaliers américains, de voir que leur système était différent de celui d’Europe mais ma façon de monter n’a pas vraiment été une question. »

APRÈS TA VIE ÉTUDIANTE, LE RETOUR à HAUT NIVEAU N’A PAS ÉTÉ DIFFICILE ?

« Pas vraiment, j’ai toujours monté et même si je ne faisais pas les épreuves à 1.60m, je faisais celles à 1.40-1.45m et j’étais plutôt bien classé dans ces épreuves. Même si j’ai fait une pause, j’ai essayé de continuer à monter ici et là même s’il ne s’agissait que de chevaux d’amis afin de pouvoir rester en selle, mais je ne me suis jamais totalement retiré du sport. C’est comme faire du vélo : vous n’oubliez jamais comment en faire. Même si j’ai pris une année pour me concentrer sur mon éducation, une fois que j’ai eu les bons chevaux pour les grosses épreuves tout est arrivé assez vite. »

Aux USA tu t’es entraîné avec Laura Kraut, qu’est ce qu’elle t’as apporté ?

« Je me suis entraîné avec elle en 2012. D’ailleurs, ça a été ma réelle première année à faire de gros Grands Prix. Laura KRAUT est une personne vraiment importante pour moi. Elle m’a appris à avoir confiance en moi, être compétitif et à croire en mon cheval. Elle a vu Lordan alors qu’il n’avait que huit ans et elle m’a dit que c’était « celui-là », ce qui m’a donné confiance en moi pour continuer à faire ce que je faisais, d’aller monter et d’essayer de gagner des épreuves. Nous essayons encore de parler des épreuves quand nous le pouvons et je la considère vraiment comme un mentor dont je suis proche. »

PEUX TU REVENIR SUR TON PREMIER CSI 5* QUE TU AS COURU EN 2012 ?

« C’est une histoire assez drôle pour être honnête. Mon premier CSI 5* était lors de la douzième semaine du Wellington Equestrian Festival en Floride et donc la dernière semaine du circuit. J’avais beaucoup de travail comme je me préparais pour mes examens et j’étudiais beaucoup. En Floride, la piste est fermée une heure avant le début de l’épreuve donc quand je suis arrivé quarante-cinq minutes avant qu’elle ne commence, en pensant que j’étais en avance, j’ai tenté de reconnaître mon parcours mais ils avaient fermé la piste et je n’ai même pas pu entrer.

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Nayel NASSAR n’a pas toujours eu la chance de pouvoir reconnaître ses parcours ? © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

C’était mon premier concours 5* et j’étais très nerveux. J’avais peur que Laura soit en colère contre moi pour avoir manqué la reconnaissance mais elle a été très cool. Elle m’a dit « Non ne t’inquiète pas, pas de stress, je vais te dire quel est le parcours ». Elle m’a amené sur le bord de la carrière afin que nous marchions et que je puisse comprendre le parcours avec les difficultés majeures. Concrètement, mon premier 5* s’est déroulé sans que je ne marche mon parcours et au final ça s’est plutôt bien passé ! J’ai fait une barre et j’ai eu un pied dans l’eau et je me suis retrouvé à la porte de la remise des prix, à environ la treizième place. Vu les circonstances, ça s’est plutôt bien passé (rires ? !). »

L’ÉGYPTE EST UNE PETITE NATION DANS LES SPORTS ÉQUESTRES, EST-CE SIMPLE DE FAIRE FACE A LA CONCURRENCE MONDIALE ?

« Il est toujours difficile au départ pour chaque pays de former une équipe pour les championnats par exemple. Nous avons tout de même de bons cavaliers tels qu’Abdel SAÏD, Karim EL ZOGHBY et Sameh EL DAHAN. Nous avons donc assez de cavaliers pour former une équipe mais nous manquons des fois de l’expérience que les autres équipes européennes ont, étant donné qu’elles ont plus de cavaliers, d’entraîneurs ou de chevaux. C’est vraiment quelque chose de difficile pour nous de garder des chevaux forts, de conserver des personnes qui vont investir pour nous et croire en nous. Nous n’avons pas vraiment cette culture sportive chez nous. C’est différent, mais nous faisons avec ce que nous avons. »

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Lordan aux WEG de Caen en 2014, représentant l’Égypte © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Parle-nous de ton business en parallèle de ton métier de cavalier !

« J’ai fondé mon entreprise il y a trois ans en Californie afin que tout soit un peu officialisé et sous le même chapeau. Ce n’est pas comme si je faisais énormément d’affaires, j’entraîne un peu des clients, je vends un peu de chevaux mais je n’ai pas un programme d’affaires et de commerce. J’ai eu de très bons chevaux qui m’ont permis de faire marcher mes affaires et j’ai été très chanceux de pouvoir faire cela seul et d’avoir un cheval qui payait pour les autres chevaux. Cela m’a permis de pouvoir acheter d’autres chevaux. C’est vraiment grâce à Lordan que j’ai pu développer mon business. Ce cheval a gagné beaucoup d’argent et j’ai pu investir dans des jeunes chevaux et j’en ai maintenant de bons que je prépare. J’ai vendu trois chevaux cette année qui m’appartenaient donc tout commence à se mettre en place. Actuellement, je me concentre vraiment sur le sport car j’ai Lordan qui est un cheval de 5* et je ne sais pas quand sera la prochaine fois où j’aurai un cheval tel que lui. La focalisation est sur les gros concours et j’essaie de sortir les jeunes quand je le peux mais je ne suis pas un homme d’affaires effréné.

Normalement j’achète les chevaux jeunes, à cinq ou six ans : ils sont déjà chers à sept ans… J’ai en effet trouvé un cheval de sept ans cette année que j’ai acheté, mais elle se situait en Pologne et ne sautait qu’un mètre vingt et faisait partie d’un projet. J’ai acheté Lordan à six ans et si je les achète jeunes c’est que je n’ai que les moyens pour cela. Ensuite je travaille avec, je les fais progresser et s’ils sont assez bons je les garde et sinon je les vends. C’est le procédé général. »

Où es-tu quand tu es EN EUROPE ?

« J’ai été un peu partout cette année même si je suis normalement basé aux États-Unis. J’ai passé l’hiver en Floride puis deux mois en Californie pour prendre une petite pause. Je suis venu en Europe en juin et j’ai fait des va-et viens vers et hors de l’Europe pendant ces six derniers mois. J’étais chez Grégory WATHELET ces derniers mois, ce qui m’a été très bénéfique et m’a vraiment aidé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu d’aide de la part d’une personne à pieds donc j’étais vraiment excité à l’idée de me rendre chez un cavalier aussi talentueux que Grégory. Le fait qu’il puisse être avec moi pour m’aider avec mes chevaux a vraiment été quelque chose d’important cette année. »

TU ES EN COUPLE AVEC LA FILLE DE BILL GATES, JENNIFER QUI MONTE ELLE AUSSI A HAUT NIVEAU. TRAVAILLEZ-VOUS ENSEMBLE AUX ÉCURIES ?

« Elle est ma petite-amie et nous parlons de tout, de chevaux, de sport, de choses qui n’ont rien à voir avec cela. Elle a son propre système et j’ai le mien. Nous avons beaucoup de respect l’un pour l’autre et maintenant qu’elle fait du haut niveau, cela nous aide d’en parler. Je monte à ce niveau depuis plus longtemps qu’elle mais nous en parlons beaucoup. En même temps, je cherche à rester à distance de ce qu’elle fait parce qu’elle a une très bonne équipe en place et un très bon système pour ses chevaux donc j’essaie de ne pas interférer. Nos écuries sont totalement séparées. Je ne monte pas vraiment ses chevaux. Il y a eu Hija van Strokapelleken (anciennement sous la selle de Pénélope LEPREVOST) qu’elle a acheté mais les choses ne se sont pas bien déroulées avec elle et comme son entraîneur a déjà un certain nombre de chevaux à monter, je suis juste intervenu pour aider. Ce n’est pas comme si mon écurie était pleine de chevaux de Grands Prix, donc si je pouvais aider et remettre le cheval en route, c’était parfait pour tout le monde. Maintenant, le cheval s’apprête à être vendu. »

JUSTEMENT PEUX TU NOUS PARLER DE TON PIQUET DE CHEVAUX ?

« Je n’en ai pas trop de chevaux, j’en ai actuellement que quatre. Hija n’est plus dans mes écuries, mon travail était vraiment de la remettre en route pour qu’elle soit vendue. Elle était une bonne jument mais un peu trop grande et pas conventionnelle pour Jennifer et moi. La monter a été une très bonne expérience pour nous deux. J’ai fait le LGCT avec alors que je connaissais à peine le cheval : je l’ai amené à Cannes et c’était notre premier concours. C’était pour moi une bonne chose de faire cela et j’ai apprécié qu’ils m’aient fait confiance avec leur cheval.

Sinon j’ai Lordan qui est mon cheval de tête. J’ai aussi un neuf ans nommé Dee Jee qui est encore un peu vert, il vient de sauter sa première épreuve à 1.50m, ce qui était un peu dur pour lui et je dirais qu’il est mon deuxième cheval. J’ai également deux sept ans qui sont en train d’arriver, un étalon et une jument. J’essaie encore de trouver quelques chevaux pour combler les vides ici et là mais je dirais que ces chevaux sont les quatre principaux.« 

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La relève de Nayel Nassar, Dee Jee, à Knokke Hippique en 2017 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

QUE PENSES-TU DES DIFFÉRENTS CIRCUITS, NOTAMMENT CELUI DES LONGINES MASTERS où tu EXCELLES  ?

« Ces concours sont particulièrement bien pour Lordan, il adore les indoors : il est plus facile à monter à l’intérieur et garde toute son énergie. Il n’est pas vraiment fait pour les concours avec de très grands terrains tels qu’Aix-La-Chapelle ou Spruce Meadows. Je suis vraiment reconnaissant envers l’organisation de m’avoir invité à ces concours. Je ne suis évidemment pas au sommet du classement mondial, donc je ne suis pas automatiquement engagé sur les meilleurs concours et de ce fait j’apprécie réellement l’opportunité que j’ai de pouvoir monter ici parmi les meilleurs cavaliers.

J’essaie vraiment de me focaliser sur le circuit du Grand Slam Indoor plus qu’autre chose, particulièrement pour mon cheval qui se sent mieux dans ce genre de concours. Si j’avais un autre cheval, il n’y a pas de doute que j’aimerais faire de plus gros concours mais même dans le Longines Global Champions Tour j’essaie de le garder dans de petites carrières où il n’a pas à trop galoper, où il ne doit pas rester plus de soixante-dix secondes sur un parcours. Il a tendance à être meilleur quand les obstacles arrivent un peu vite.« 

QUE PENSES-TU DES DIFFÉRENTS CIRCUITS QUI SE DÉVELOPPENT ?

« C’est une question assez sensible, je ne pense pas qu’avoir de plus gros concours et de plus gros circuits retire quoique ce soit du sport. Au contraire, cela nous motive plus et nous donne plus d’endroits où monter. Quand il y a deux ou trois CSI 5* le même week-end pendant l’été, cela veut logiquement dire que davantage de cavaliers peuvent sortir en 5*.

Le fait qu’il y a de plus en plus de concours a aussi lieu aux États-Unis où nous avons des concours FEI pratiquement chaque semaine, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ou cinq ans. Kent FARRINGTON est numéro un mondial depuis maintenant presque un an et il passe l’année aux États-Unis. Le sport là-bas s’est définitivement développé. En effet cela reste onéreux de concourir là-bas mais au moins vous avez l’opportunité de participer à de gros concours si vous le souhaitez et si vous avez un bon cheval, alors qu’en Europe c’est un peu plus politique. Il est plus difficile ici de se rendre à ces gros concours et je comprends que cela mette les cavaliers dans des situations difficiles parce que ceux qui sont au top peuvent continuer à aller à ces concours, alors que ceux qui sont en bas sont coincés dans les CSI 2* et 3*.

En même temps, je pense que les sports équestres sont vraiment en train d’évoluer, tout devient de plus en plus grand et gros et cela montre qu’il y a plus d’opportunités pour les cavaliers même au niveau CSI 2* ou 3* : il y a cinq ou six concours par week-end alors qu’avant il n’y en avait qu’un ou deux. Tout le monde essayait de se rendre au même endroit et il était difficile d’accéder à ces concours. Maintenant il y a au moins plus options pour les cavaliers qui sont encore à un niveau plus bas : ils doivent progresser et tracer leur chemin vers le haut niveau, être régulier en CSI 2* et 3*. Vous devez être capable d’accumuler assez de points pour la ranking list, vous devez être capable aussi d’avoir assez de choses sur votre CV qui vont ensuite vous permettre de tenter ces plus gros concours.

Au bout du compte, le sport doit continuer à se développer afin de rester d’actualité et je pense que les organisateurs font de leur mieux à cet égard. Bien sûr, on ne peut rendre tout le monde heureux, mais regardez Steve GUERDAT qui a dit non aux circuits comme le LGCT et qui à la fin de l’année est dans le top dix mondial. Il y a d’autres moyens d’arriver au haut niveau et d’être parmi les meilleurs en allant à d’autres concours et il y a des cavaliers comme lui qui montrent que vous n’avez pas besoin de participer au Global Champions Tour pour être un excellent cavalier.« 

LES DOTATIONS Augmentent ET LES PRIX DES CHEVAUX AUSSI, COMMENT ANALYSES-TU CETTE SITUATION ?

« Effectivement, tout a augmenté ces dernières années, il est maintenant très difficile de trouver des chevaux. Vous devez les acheter quand ils sont jeunes, vous devez prendre des risques et espérer que cela fonctionnera. Mais il est vrai que les prix deviennent fous, une fois qu’un cheval atteint le haut niveau il peut remporter de grosses sommes d’argent et c’est pour cela que les prix sont aussi élevés.

Cependant d’un autre côté, il s’agit d’un marché et comme tout autre marché il est compétitif avec une rencontre d’offre et de demande. Le fait que des personnes dépensent des sommes d’argent impressionnantes pour des chevaux veut dire qu’il y a de la demande pour ces prix et c’est pour cela qu’ils continuent à augmenter. Si les gens décidaient pour n’importe quelle raison de se rendre compte que c’est de la folie et s’ils arrêtaient de dépenser cet argent, les prix redescendraient de nouveau. Cependant au vu de l’évolution des concours, le fait qu’il y ait plus de dotations chaque week-end, tout cela ne pousse que les prix à augmenter.

Il faut en même temps se dire que cela fait que si vous avez un bon cheval, vous voulez le garder. Beaucoup de cavaliers auparavant ne pouvaient pas garder des chevaux qui ne remportaient pas assez d’argent et la somme proposée était bien supérieure à ce que le cheval aurait pu gagner. Maintenant qu’il y a plus d’argent et que le sport se développe vraiment, les propriétaires se disent « Non nous ne vendons pas, non nous gardons les chevaux. » et c’est comme cela que nous avons des chevaux tels que Hermès Ryan des Hayettes ou Vagabond de la Pomme en France qui sont de superbes chevaux qui restent avec leurs cavaliers pour le meilleur du sport.

Même si les prix continuent à augmenter, je pense que les propriétaires sont en train de se rendre compte qu’ils ont besoin de ces chevaux pour rester tout en haut du sport et obtenir ces médailles et faire ce que nous voulons le plus, rendre notre pays fier et remporter quelque chose lors de championnats.« 

TON SYSTÈME TE PERMET-IL DE GARDER TES CHEVAUX ?

« Ma situation était assez spéciale parce que je n’ai pas acheté Lordan cher et jamais nous n’avions pensé qu’il serait aussi bon. Quand il a eu neuf ans il a commencé à gagner et il est vraiment devenu un cheval 5*. Bien-sûr, nous avons reçu des offres et bien-sûr qu’il a été difficile de les refuser parfois, mais en tant que jeune cavalier, j’avais un cheval qui remportait de l’argent, payait les factures et me permettait de faire ce que j’adorais au haut niveau du sport à un très jeune âge. Aucune somme d’argent n’aurait pu changer cela donc pour moi le choix a été facile. J’étais jeune, je n’avais pas nécessairement besoin de cet argent et le cheval était en train de faire de moi quelqu’un dans le sport, il me permettait de montrer que je pouvais monter à haut niveau et tout cela valait beaucoup plus que tout l’argent du monde.

Maintenant que j’ai fait cela, j’ai plus d’expérience et la situation est différente. A présent si j’ai un bon sept ans et que je reçois une offre intéressante, je le vendrais probablement parce que je suis plus âgé et que je comprends que c’est comme cela qu’il faut faire marcher les affaires. Vous prenez cet argent vous achetez de jeunes chevaux et vous répétez le processus.

A l’époque, le sport était beaucoup trop important pour moi et c’était ma seule chance d’en faire, c’est pourquoi j’avais décidé de garder le cheval mais tout le monde a des circonstances différentes. Certaines personnes ont besoin d’argent et devront vendre les chevaux, certaines personnes n’en ont pas besoin et ne vont pas les vendre, d’autres seront jeunes et adoreront le sport et voudront garder les chevaux et le feront, ce qui était ma position dans le dernier cas. Certains cavaliers savent qu’ils auront toujours de bons chevaux dans leurs écuries parce qu’ils ont des mécènes, des sponsors, mais pour une personne comme moi qui fait tout seul, je savais que si je vendais ce cheval, non seulement je ne pourrais pas en retrouver un autre comme lui et et que j’allais devoir dépenser de nouveau tout cet argent pour en retrouver un aussi bon. La décision a donc été facile à prendre il y a quelques années. Comme je l’ai dit, la situation est maintenant différente et tout le monde doit faire ses propres choix. »

Quelle est la suite de ton programme ?

« Ma saison est elle pratiquement terminée, le CSI 5* de Paris était mon dernier concours de l’année et Lordan va maintenant avoir une petite pause. Nous allons faire de plus petits concours avec les jeunes chevaux et je vais rentrer aux États-Unis passer l’hiver en Californie où je ferai quelques concours. J’espère pouvoir reprendre l’année prochaine en avril avec le Longines Global Champions Tour !

Je ne suis pas encore sûr de me rendre de nouveau chez Grégory WATHELET mais j’espère que quand je reviendrai en Europe l’année prochaine et que je resterai ici pour l’été, on renouvellera l’expérience que j’ai pu avoir en 2017. Il m’entraîne un peu mais c’est nouveau pour moi, je suis juste allé là-bas il y a deux mois. Je ne sais pas ce qu’il va faire l’année prochaine, mais je pense qu’on sera dans la même équipe pour la Global Champions League et ça sera plus facile pour qu’il m’aide un peu. »

QUELLES SONT TES AMBITIONS ?

« Évidemment les Jeux Olympiques seraient pour moi un rêve qui deviendrait réalité. Lordan s’est blessé peu de temps avant Rio donc nous n’avons pas pu nous qualifier, ce qui est dommage car je pense que cela aurait pu être un bon endroit où l’amener et je pense qu’à présent s’en est fini pour lui et les championnats majeurs. J’espère aller à Tokyo avec l’un de mes sept ans, j’ai un bon étalon et d’ici-là il aura dix ans donc il serait capable de pouvoir faire cela. Simplement participer aux Jeux Olympiques, essayer de rapporter une médaille à un championnat majeur, être sur le podium, c’est ça mon objectif. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ et Théo CAVIEZEL, traduits par Marie-Juliette MICHEL.

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