La discipline du Hunter, qui consiste à enchaîner un parcours d’obstacles avec la plus grande harmonie possible, est très répandue sur le continent américain alors qu’elle est en Europe bien moins démocratisée. C’est en partie ce qui donne une grande rigueur à l’équitation américaine, esthétiquement plus normée que l’équitation française. Est-ce pour autant une des clés pour réussir en saut d’obstacles à haut niveau ?

Laura KRAUT, grande cavalière américaine et Claude LANCHAIS, conseillère technique nationale du Hunter auprès de la Fédération française d’équitation, répondent à cette question du mois !

Laura KRAUT« Aux États-Unis, dans les années 1970, le Hunter était incontournable. Le Hunter à poney puis à cheval était un passage obligatoire lorsque nous étions cavaliers. Cela tient au fait que cette discipline est très ancrée dans l’histoire de l’équitation américaine, et qu’elle possède de nombreux atouts. Elle permet notamment d’apprendre à bien monter, à dessiner de beaux parcours, à avoir une belle assiette. Il faut monter avec beaucoup de finesse et de feeling, aller dans le sens du cheval. Le Hunter vous apprend à travailler avec l’animal, sans contrainte. Il enseigne la compréhension du cheval et permet de développer la sensibilité nécessaire pour le comprendre et s’en faire un allié. J’ai appris à travailler avec les chevaux pour qu’ils soient avec moi et non contre moi, car un cavalier qui a son cheval contre lui ne peut pas gagner. Le Hunter est aussi une école de la précision et de l’anticipation. Vous apprenez à être constant, à voir comment vos foulées vont sortir très en avance et à ajuster si besoin. Il y a aussi parfois certains inconvénients à pratiquer le Hunter. Cette discipline peut rendre certains cavaliers inefficaces. Certains développent à cheval une certaine passivité, ils ne prennent aucune décision et cela les rend faibles.

Jusqu’au tournant des années 2000, le Hunter était donc très populaire dans mon pays. Aujourd’hui les mentalités ont évolué et les gens sont beaucoup moins enclins à être jugés dans cette discipline. C’est, je pense, une des raisons de son déclin. Face à cette réalité, le Hunter a essayé de s’adapter et d’évoluer. Par exemple, le Hunter derby a été créé avec des parcours plus techniques et des obstacles plus imposants, avec une possibilité d’aller un peu plus vite. Cela se rapproche un peu plus de ce qui est demandé en saut d’obstacles. Les dotations ont aussi évolué et sont plus importantes qu’auparavant. Ces évolutions n’ont cependant pas réussi à stopper l’érosion en cours dans cette discipline. Le Hunter ne risque pas de disparaître car c’est une discipline du patrimoine équestre des Etats-Unis. Je ne sais cependant pas quelle sera sa cote de popularité à l’avenir.

Les différences entre les Etats-Unis et l’Europe sont aujourd’hui moindres. En Europe ces dernières années les pratiques se sont américanisées en ce qui concerne le Hunter. Il y a beaucoup plus d’entraîneurs de nos jours dans les épreuves, et ce dès les poneys. De plus en plus de cavaliers se font entraîner par des cavaliers renommés. Aujourd’hui, les européens montent de manière beaucoup moins sauvage et agressive que par le passé. Ils continuent de monter en avançant mais avec plus de style. Ils sont beaucoup plus policés. Je vois beaucoup plus de cavaliers avec du style dans les catégories Juniors et Jeunes cavaliers qu’il y a dix ans. Il n’y a plus aujourd’hui de styles de montes américain et européen. »

Claude LANCHAIS : « Que cela soit pour les cavaliers ou pour les chevaux, le Hunter devrait être un prérequis ou un passage obligé pour la préparation des disciplines avec de l’obstacle, aussi bien pour le saut d’obstacles que pour le concours complet. Ses exigences et ses valeurs sont des atouts indispensables qui contribuent à la performance. Pour aller vers l’excellence, il est important d’avoir une attitude juste et un bon fonctionnement à l’obstacle qui permet d’être le plus efficace possible. Les acquisitions utiles à l’obstacle sont avant tout techniques. Les difficultés que les cavaliers ont à réaliser, qui comprennent des contrats de foulées et des imposés, permettent d’optimiser la réalisation des parcours. Savoir gérer les lignes en choisissant les contrats à réaliser, savoir utiliser au mieux les courbes et les abords sont des exemples qui permettent aux cavaliers d’avoir des comportements et des actions sobres et adaptées en mettant en évidence leurs acquisitions techniques. Pour réaliser correctement les exigences d’un parcours, il est primordial d’avoir des chevaux répondant correctement aux aides du cavalier, ce qui implique un travail sur le plat juste et régulier. Il est aussi important que le travail à l’obstacle. Au-delà de l’aspect technique, le Hunter aide à la préparation mentale et à la concentration. L’obligation d’avoir des chevaux toilettés et entretenus donnent une attention particulière sur le bien-être du cheval, qui est un autre critère important.

La discipline a longtemps souffert d’aprioris qui donnaient une image de paraître, où le cavalier était jugé sur sa tenue avec une attitude figée, où il ne fallait surtout rien faire. Le Hunter est tout le contraire : il faut être capable d’être efficace dans la sobriété en agissant à bon escient. On sait également que beaucoup n’aiment pas être jugés, alors que, étant donné que nous sommes dans une discipline appréciée, le cavalier doit accepter le jugement. Aujourd’hui, cette discipline séduit de plus en plus de cavaliers et en attire d’autres disciplines. Il est de plus en plus apprécié, son intérêt et ses bienfaits sont reconnus. Le nombre d’enseignants qui utilisent les fondamentaux du Hunter dans leur enseignement augmente d’année en année. Certains commencent même à exiger des résultats en Hunter avant de débuter les épreuves de saut d’obstacles.

Il est indiscutable de dire que la discipline a explosé dans le monde de l’équitation française. La Fédération française d’équitation se mobilise en créant différentes actions destinées à la pédagogie et à l’entraînement tout en apportant de nouveaux projets pour la compétition. Nous pouvons citer la mise en place d’outils destinés aussi bien aux cavaliers qu’aux enseignants, tels que la création d’un guide chef de piste Hunter, des grilles de jugements qui évoluent régulièrement, ou encore une banque d’exercices de travail à l’obstacle et en dressage dans un document intitulé. Pour la compétition, il est proposé au parc fédéral une action originale qui, depuis cinq ans, réunit tous les acteurs de la discipline lors d’un événement appelé le « Printemps du Style et de l’Equitation ». Au regard du succès de cette action, la Fédération a créé le « National Style et Equitation », un circuit national d’excellence destiné aux meilleurs niveaux du Hunter, avec des étapes réparties sur les plus beaux terrains de France dont la finale à Equita’Lyon.

Aux Etats-Unis comme dans certains pays d’Europe, le Hunter est un passage obligé pour les cavaliers de saut d’obstacles. L’homogénéité d’équitation des cavaliers américains à haut niveau vient de ce passage obligé. Il est vrai que nous avons une différence avec les américains. Pour eux, c’est une discipline à part entière, avec des chevaux très spécifiques. En France et en Europe, elle est surtout considérée comme une discipline préparatoire au saut d’obstacles. Il ne faut pas les opposer, il faut accepter les différences et surtout ne pas essayer de copier à tout prix. Nous avons notre équitation française et nos chevaux français que nous pouvons mettre en valeur avec notre savoir-faire. La plupart de nos meilleurs cavaliers français de Hunter, associent systématiquement le Hunter et le saut d’obstacles, ou le Hunter et le concours complet. Ils se servent du Hunter pour se préparer mais aussi pour préparer leurs chevaux. La construction un peu spécifique des obstacles améliore en effet la technique et le style des chevaux tout en favorisant leur confiance et leur franchise.

Là où nous avons encore à progresser, c’est dans les compétitions de jeunes chevaux. Trop peu de cavaliers et de propriétaires utilisent les épreuves Hunter qui leurs sont destinées. Ils n’ont pas encore conscience de l’intérêt que ces épreuves apportent à l’éducation du jeune cheval. Pourtant, la régularité de la cadence, la rectitude, la qualité du contact, la répétition de la symétrie de la montée des genoux et des épaules, un dos toujours tendu… engendrent de bonnes trajectoires et donc de bons sauts. Cette répétition est la base de la formation du jeune cheval d’obstacle. On gagnerait dans l’évolution des jeunes chevaux en obligeant des épreuves Hunter notamment pour les quatre ans. La Société Hippique Française œuvre également pour orienter vers la discipline. Depuis 2019, un bonus est donné aux jeunes chevaux participant aux épreuves Hunter pour les qualifications de saut d’obstacles à la finale de Fontainebleau. C’est un atout supplémentaire pour la discipline.

Pour son avenir, le Hunter continuera sa progression si nous nous mobilisons sur différents axes tels que : en faire un passage obligé avant d’aller sur les parcours de saut d’obstacles, mettre en place des compétitions officielles, ou encore progresser sur la qualité des officiels de compétitions, juges et chefs de piste. Je suis très optimiste quant à l’ascension de cette discipline même au niveau international. Ça prendra peut-être un peu de temps mais sa réalisation est proche. »

Propos recueillis par Manon LE COROLLER et Raphaël GARBOUJ. Photo à la Une : © Collection privée