L’année 2017 aura sans conteste été l’une des plus belles pour Romain POTIN. En débutant par une sélection en équipe de France, le cavalier de vingt neuf ans, nouvellement installé dans la région Rhône Alpes, se sera dépassé durant le championnat de France Pro Elite en décrochant le titre suprême. A l’aube de nouvelles sélections en CSI 5*, Romain POTIN s’est confié à Jump’inside sur ses débuts, son championnat, ses chevaux et ses ambitions. Le meilleur est sûrement à venir pour cet homme dont le rêve de haut niveau était un rêve qui se transforme en réalité.

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A l’issue d’un Championnat de France qui s’est avéré palpitant, non seulement grâce à la présence d’un plateau relevé mais également de par l’ingéniosité du chef de piste, Yann ROYANT, le nouveau champion de France ne cache pas sa fierté. « Honnêtement je n’avais jamais sauté cela le dimanche, la qualité des parcours était  super, il n’y a jamais eu de catastrophes mais les barres tombaient un peu partout », nous raconte-t-il. Après une chasse un peu décevante, où une faute de postérieurs survenue après une glissade les a quelque peu éloigné de la tête du classement en les plaçant à la quarante deuxième place, le couple n’a  ensuite plus failli, enchaînant les parcours sans-faute pour s’offrir finalement le titre de champion de France Pro Elite. Une surprise ? « J’étais dans un bon état d’esprit, j’étais assez relâché dans le sens où c’était un week-end qui devait me permettre de prendre de l’expérience plus qu’autre chose puisque c’était ma première participation au championnat Pro Elite. Quand j’ai vu la qualité des cavaliers engagés je me suis dit que si finissais dans les huit premiers, c’était déjà génial », avoue Romain. Pour autant, cette performance ne vient que couronner une saison déjà fructueuse : sacré Champion de France Pro 1 en 2016 avec Impressario vd Heffinck alors âgé de huit ans seulement, le couple avait poursuivit sur sa lancée en remportant le Grand Prix du CSI 3* de Macon en août dernier puis celui du CSI 2* de Cagnes sur Mer avant de se classer cinquième du 3* une semaine plus tard. Une belle régularité qui a d’ailleurs été récompensée par deux sélections en équipe de France lors des Coupes des Nations de Drammen et Lisbonne en mai. Pour autant, ce n’est pas le hongre gris que Romain a choisi pour l’échéance bellifontaine mais bien son étalon, Tzigano Massuère, un superbe fils de Cassini II âgé de dix ans et né chez Bruno CHASSAING. « J’ai pris Tzigano parce que je voulais qu’Impressario se repose et redescende en pression. Il n’a que neuf ans mais il a beaucoup fait depuis l’année dernière. C’est lui qui m’a tiré vers le haut et qui m’a permis de mettre un pied en équipe de France. On a eu un début d’année un peu compliqué avec Tzigano à Cagnes, il s’est un peu focalisé sur le lac et nous n’avons pas bien commencé notre saison. Nous avons mis trois concours à nous remettre en route. A Drammen il a vraiment été top, à partir de ce moment là, j’ai commencé à penser qu’il devait courir à Fontainebleau. A Lisbonne il m’a définitivement convaincu, il fait deux fois quatre points dans des épreuves à 1.50m et sans faute dans le Grand Prix à 1.60m, là je me suis dit que c’était lui, qu’il était prêt ! Il manquait un peu d’expérience mais cela pouvait le faire… », raconte-t-il. L’idée a bel et bien porté ses fruits et ce sacre n’en est que plus beau puisque ces deux titres de champions de France lui ont été acquis grâce à deux chevaux qu’il a formés lui-même depuis leurs quatre ans. Suivant le parcours de formation des traditionnelles épreuves jeunes chevaux, Tzigano s’est ainsi classé sixième de la finale des six ans à Fontainebleau en courant également deux finales aux championnats du Monde de Lanaken à six et sept ans, y glanant au passage une quatrième place lors de sa première participation. Impressario a toujours fait preuve d’une belle régularité, terminant quatrième de la finale des sept ans à Fontainebleau. « C’est la progression, le travail et l’écoute des chevaux qui m’ont permis de  les amener là », souligne le cavalier. « J’espère que j’arriverai à être performant au niveau 5* mais c’est quelque chose dont je ne suis pas encore sûr, le haut niveau est mon rêve », confie-t-il.

Pour réaliser son rêve, le nordiste n’a pas hésité à se plonger à cent pour cent dans son entreprise, en commençant par devenir « professionnel ». « Je bossais dans l’entreprise de mes parents qui sont les créateurs de la marque Jump’In Hervé Godignon. Les chevaux étaient un loisir, dont l’organisation était déjà professionnelle évidemment. L’année dernière avec ma femme, nous avons eu envie de nous lancer dans l’aventure et nous avons décidé de déménager », raconte-t-il. Destination la région Rhône-Alpes donc. Un choix opéré pour bénéficier d’un meilleur climat mais également d’un espace très dynamique en terme de concours, de commerce et de clientèle. « Il a fallu prendre le temps de tout mettre en place. J’espère que mon titre m’apportera quelque chose, que des gens voudront investir pour moi. Je recherche activement des chevaux d’avenir, d’ici la fin de l’année j’espère trouver un ou deux sept ans qui me permettront de préparer la suite » confie-t-il.

Ce changement a également été l’occasion de faire de nouvelles rencontres, notamment celle d’Alizée CERNIN, la femme de Benoit CERNIN avec qui Romain fait équipe sur le circuit du Grand National pour l’écurie Mors and More. « Avec Alizée, moi et ma femme travaillons beaucoup sur le plat. Je souhaitais collaborer avec une dresseuse depuis longtemps mais il fallait trouver une personne qui travaille dans une optique obstacle. C’est un petit détail et l’accumulation de ces petites choses apportent le plus », explique-t-il. Parmi les « petites choses » composant sa réussite, il y a évidemment ses parents qui le soutiennent depuis le début. « Je monte depuis mes trois ans, mes parents avaient un club, tout part aussi de là. Ils ont toujours fait des sacrifices pour moi. Ils ont fait naître un magnifique cheval Granush qui m’a tout apporté et qui m’a permis de monter à ce niveau là. Ils auraient très bien pu le vendre, mais ils ont décidé de le garder pour moi, ça c’est fort » déclare-t-il. Toujours reconnaissant envers les personnes qui le soutiennent, Romain n’en oublie pas ses partenaires : Jump’In Hervé Godignon, VetSelect, Mors and More et Samshield, ni ses premiers entraîneurs à l’image de Patrick ANCIAUME, père de Timothee. « Il m’a énormément fait évoluer sur ma technique, ma position et le dressage des chevaux » se remémore Romain. Aujourd’hui, comme depuis quelques temps désormais, il est suivi par Nicolas DELMOTTE. Ce précieux conseiller devrait continuer de l’aiguiller dans les mois qui viennent, notamment dans son planning de concours. Privilège de champion, les portes des CSI 5* lui sont désormais ouvertes. Ainsi Romain foule actuellement la piste du CSI 5* de Dinard, avant de se rendre normalement à Valence puis à Lyon pour l’étape Coupe du Monde. « Je vais prendre le temps de réfléchir à tout ça afin de ne pas me lancer dans la grande cour n’importe comment. Tout se bouscule, certaines opportunités arrivent, mais aujourd’hui la vie continue et ce titre ne va pas la changer », conclut-il. Une chose est sure, de beaux jours s’ouvrent pour Romain et son équipe et nous lui souhaitons bien évidemment le meilleur.

Propos recueillis par Charlotte MARICHAL.

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