Représentante de la France durant de longues années avec notamment une place de réserviste aux JEM de Lexington en 2010, Marie PELLEGRIN avait finalement opté pour la nationalité suisse depuis 2013. Dans une interview accordée à Jump’inside, la cavalière de quarante ans raconte les étapes de sa vie et sa volonté de réintégrer l’équipe de France.

Quels sont les raisons du changement de nationalité ?

« Je me suis séparée de Daniel ETTER il y a deux ans. Pendant la transition, je me suis installé à Montreux dans les Ecuries de la Rossat, appartenant à Clara BRUCHEZ. Les installations sont exceptionnelles, c’est quelque chose de magnifique. J’ai toujours voulu revenir en France : j’ai le permis agricole, je l’ai gardé toutes ces années pour me permettre d’acheter un terrain et une écurie. Le changement de nationalité va s’effectuer en fin d’année comme le dispose le règlement : il est interdit de le faire en cours d’année. »

Le nouveau staff en France a fait pencher la balance pour votre retour ?

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« Ça faisait un moment que j’y pensais mais c’est vrai que je l’ai fait un peu plus vite que prévu. Je suis française de base. Ma vie sportive m’a amenée en Suisse mais mon hymne national, la Marseillaise, me manque énormément.  Je suis très reconnaissante de toutes les années passées en Suisse, de tout ce que j’y ai appris et de tout ce que j’y ai fait, mais mon cœur reste en France malgré tout. »

Où allez-vous vous installer ?

« Je vais venir m’installer autour de Sainte-Foy-lès-Lyon qui est une région que je connais très bien. J’ai de la famille là-bas et j’ai passé trois ans chez Hubert BOURDY qui était dans l’Ain. Le déménagement s’est effectué en juillet. Pour le moment, je loue des boxes au Haras d’Estelya avant de construire mes installions. J’ai plusieurs idées et plusieurs opportunités mais j’avais besoin d’être sur place pour mener à bien le projet auquel je pense. »

Combien de chevaux vont faire le déplacement avec vous ?

« Avec moi, j’ai cinq chevaux de compétition. Tous mes jeunes chevaux sont en Normandie chez Jérémie ROLLAND. C’est un métier différent et chacun son métier : Jérémie ne fait que ça et il le fait très bien. De plus, il n’habite pas loin de la plage donc les chevaux peuvent aller galoper dehors et il a d’excellentes bases sur le plat. C’est lui qui les forme et je les récupère ensuite quand ils sont âgés de sept ans. »

Quels vont être vos objectifs sous les couleurs françaises ?

« Mon objectif clairement annoncé, c’est de retrouver l’équipe. L’an dernier j’ai vendu Une de l’Othain à Jennifer GATES. Je suis très contente car c’est Harrie SMOLDERS qui la monte. Elle est deuxième du Grand Prix de New York, et ça me fait extrêmement plaisir de la voir sauter à ce niveau avec un tel cavalier. Là j’ai de très bons chevaux qui arrivent, notamment Alcazar du Moulin qui a gagné le Grand Prix du CSI 3* de Busto Arsizio et qui était deuxième à Megève. Le week-end passé il se classait encore sur 1.50m lors du CSI 4* de Valence. Il saute de mieux en mieux ! Sinon j’ai Valentino des Bleus qui est vraiment compétitif. Il a gagné plusieurs rankings et un Grand Prix en Italie. Derrière, j’ai surtout des huit ans en lesquels je crois beaucoup. J’ai également un six ans, le fameux étalon Deuxcatsix d’Eglefin. C’est toujours pareil, il y a certains clients auxquels il est difficile de refuser la vente d’un cheval, mais je suis tout de même dans une optique de faire de la compétition.

Je ne prétends rien du tout pour l’instant, il y a beaucoup de bons cavaliers et de chevaux en France. Je vais faire de mon mieux pour avoir les résultats nécessaires et pouvoir prétendre à une sélection. Vous savez, à la fin ce sont les résultats qui parlent. Je ne suis pas du style à me plaindre, à me chercher des excuses : soit on a les résultats, soit on ne les a pas. La seule réalité c’est la piste ! Si mes résultats sont décevants je me tairai et j’essaierai de travailler plus pour que ça fonctionne. C’est assez simple finalement. Cependant, j’ai déjà été en équipe de France et cela depuis longtemps. J’ai fait les Poneys, les Juniors, les Jeunes cavaliers, enfin tout le système des Coupes des nations jusqu’aux championnats. Je connais déjà la gestion du stress, la préparation. Cela pourra peser dans la balance car si j’ai les résultats qu’il faut, je suis une cavalière clés en main. Il n’y aura pas besoin de m’expliquer. »

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Marie PELLEGRIN lors de sa présence aux JEM de Lexington © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Les années passées en Suisse vous ont-elles appris de nouvelles façons de faire ?

« Je suis passé par différents systèmes. Je suis une petite-fille de maître de manège du Cadre Noir de Saumur, ma maman a été championne des cavalières de CSO, mon papa était cavalier de complet, propriétaire de Galoubet et d’autres chevaux de Grand Prix qu’ont monté Michel ROBERT et Gilles BERTRAN DE BALANDA. J’ai vécu avec des hommes de chevaux, mes parents ont beaucoup investi dans mon apprentissage et j’ai toujours pu m’entraîner avec de nouveaux cavaliers.

Toutefois, je suis toujours restée dans la méthode artisanale, c’est-à-dire très peu de chevaux mais très bons, toujours bien soignés avec du très bon travail. Après je me suis retrouvée dans la famille ETTER qui est une énorme structure, ce sont des marchands de chevaux mondialement connus. Ce sont des personnes qui excellent dans leur domaine mais c’est à l’opposé de ce que je pense. Ça m’a fait beaucoup de bien, j’ai beaucoup appris mais après avoir vu tout ça, je reviens à ce que j’aime et ce que je sais faire avec plus d’expériences et une vision plus globale. »

Propos recueillis par Alan CARARIC. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE