Vice-champion du monde à Tryon et deuxième de la finale Coupe du monde à Göteborg, entre autres, au moment de notre interview début août, le voici maintenant Champion d’Europe ! À seulement vingt-sept ans, Martin FUCHS est définitivement promis à un bel avenir. Tout cela est notamment rendu possible grâce à un entourage très présent derrière lui. Rencontre donc avec le cavalier suisse, qui n’était alors pas encore sur le toit du vieux continent.

Peux-tu nous parler de tes débuts à cheval ?

« Je suis né dans une famille de cheval (Martin est le fils des cavaliers Renata et Thomas FUCHS, ndlr). Depuis que je suis tout petit, l’équitation est omniprésente et je passais mes journées aux écuries. Je crois que j’ai commencé la compétition à sept ans avec un poney. Ma famille est dans le sport depuis longtemps. Ils m’ont bien aidé depuis que je suis petit. J’avais le meilleur entourage possible autour de moi mais également de très bons chevaux. J’ai eu un très bon entrainement dès le départ. C’est grâce à cela que j’ai réussi à performer si jeune. Malgré cela, j’ai continué à faire des études de commerce jusqu’à vingt ans. Je pense qu’il est important d’en faire pour continuer à être stimulé par d’autres choses que l’équitation, et voir d’autres personnes ! »

La relation que tu as avec ton propriétaire Luigi BALERI est incroyable ! Peux-tu nous l’expliquer ?

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« Luigi est vraiment mon meilleur propriétaire, mais j’en ai évidemment plusieurs qui me supportent au quotidien. C’est une situation très confortable pour moi. Notre collaboration est née grâce à mon père, qui l’entrainait à cheval. Ce n’est pas un professionnel mais il participait à des épreuves vétérans en tant qu’amateur et c’est à ce moment qu’il a commencé à m’acheter des chevaux. J’étais encore très jeune ! Nous recherchons les chevaux avec mon père, puis nous en parlons à Luigi. Il nous fait confiance pour trouver les meilleurs et il met l’argent nécessaire pour les acquérir et faire évoluer la structure vers le plus haut niveau possible. »

Tu as également une coopération avec Val Henry, notamment pour des jeunes chevaux. C’est important pour toi d’avoir des jeunes ?

« Tou les chevaux que j’ai actuellement avec moi sur le circuit international, sont des chevaux que j’ai eu très jeunes. C’est vraiment important d’avoir des jeunes chevaux dans ses écuries. J’aime particulièrement les faire évoluer et participer par la suite avec eux aux Grands Prix. Bien entendu, si l’on me propose un cheval déjà prêt pour du beau sport c’est encore mieux mais c’est difficile à en trouver et très cher. Donc avoir un excellent jeune cheval, c’est déjà très bien. »

Depuis peu, tu as également un propriétaire américain ! La tournée de Wellington est donc un passage obligé ?

« Cette année c’était vraiment super pour moi, car j’ai donc trouvé une propriétaire aux USA effectivement. Elle m’a acheté Faberlys avec qui je gagnais un Grand Prix là-bas durant la dernière tournée hivernale, ainsi qu’un cheval de six ans. Ça me fait déjà deux chevaux de plus grâce à elle,  je l’en remercie. C’est également important de se rendre sur l’autre continent pour le commerce et m’a permis d’être plus connu là-bas. La tournée de Wellington a surtout été bénéfique pour mes chevaux, principalement pour Chicas et Silver Shine. Ils ont tous les deux passé un cap là-bas et sont maintenant prêts pour les grosses épreuves.

Je ne sais pas si je vais y retourner tous les ans, ça dépendra de mes chevaux. Je ne sais même pas si je vais y aller pour la prochaine édition. Cependant, c’est vraiment une série de concours que j’ai adoré faire. Notre maison n’était pas loin du concours, tout comme notre écurie où nous avions loué dix boxes pour l’évènement. La ville est également très agréable. »

martin fuchs thomas fuchs steve guerdat
En compétition, Martin FUCHS n’est jamais loin de son père et de Steve GUERDAT© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Les écuries où tu es basé à l’année t’appartiennent ?

« Elles appartiennent à mes parents, je travaille pour eux. On a trente-deux boxes dont quinze pour moi. Nous avons des clients qui occupent le reste des boxes disponibles. Mon père s’occupe principalement d’eux mais quand j’ai du temps, j’aime bien prendre le relais. Transmettre est quelque chose qui m’intéresse, j’entraîne d’ailleurs ma petite-amie, Paris SELLON. Elle n’est pas présente sur place mais chez Steve GUERDAT, qui est simplement à huit kilomètres de chez moi. »

Ton père est ton unique entraîneur ?

« Je n’ai personne d’autre pour l’obstacle, en revanche pour le dressage c’est Bruno REINHARDT qui me fait travailler. Il vient de temps en temps à la maison. Grâce à lui je travaille mieux les chevaux. Il m’a notamment beaucoup aidé avec Clooney mais tout ce qu’il m’apporte est également très intéressant pour l’ensemble de mon piquet. »

Ton père est très présent dans l’équipe suisse, est-ce un avantage ou un inconvénient pour toi ?

« Ça ne change rien pour moi. Ce sont les résultats qui parlent, si je fais des bons classement, je suis sélectionné dans l’équipe. Malgré le fait qu’il soit mon père, il est vraiment très objectif pour prendre ses décisions. Le fait qu’il soit là ne me donne pas plus de pression. »

On parle beaucoup de ton père, mais ta mère monte aussi à cheval ?

« Oui elle a été championne de Suisse ! À la maison, elle travaille énormément, c’est elle qui s’occupe de la partie administrative. De plus, quand je ne suis pas aux écuries, c’est elle qui monte les chevaux. Elle m’aide beaucoup et est aussi importante que mon père dans ma réussite. »

Est-ce que tu peux nous transmettre des nouvelles de Chaplin ?

« L’an dernier, il s’est blessé à Aix-la-Chapelle et cette année, juste avant de s’y rendre car la blessure est survenue après le concours d’Estoril ! En ce moment, il recommence à trotter. Le vétérinaire a fait récemment un check-up et tout semble bien. Si nous continuons le programme de rééducation comme prévu, début octobre il pourra ressauter. Nous ferons de nouveau un contrôle complet à ce moment-là et déciderons de la suite pour lui. C’est la troisième fois qu’il se blesse mais à chaque fois c’est à un endroit différent. »

Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Clooney ?

« C’est mon meilleur ami, Michael CRISTOFOLETTI, qui m’a parlé du cheval. Il était monté par sa copine Jana WARGERS quand il avait sept ans. J’ai regardé la vidéo, j’ai tout de suite adoré. Je suis directement allé l’essayer avec mon père. Nous avons été deux fois le voir, le lundi soir seulement pour le travailler sur le plat et faire quelques petits sauts. Dès ce jour-ci, nous savions que nous allions l’acheter. J’ai donc appelé mon propriétaire Grégoire OBERSON directement, il a fait le trajet de nuit pour venir le voir avec moi le mardi matin. J’ai une nouvelle fois fait quelques sauts et je suis passé près de Grégoire et il m’a dit « On achète, on l’achète celui-là ». Même sur cinq petits sauts il était vraiment très spécial.

« À l’époque, Grégoire possédait également Cynar VA. Il l’a vendu à son année de huit ans car nous avions deux superbes chevaux et nous voulions en garder seulement un pour les Jeux Olympiques 2016. Cependant, après Rio, Grégoire a également voulu vendre Clooney. Alors, Madame CARTOSSI, la propriétaire de Corbinian et Venard de Cerisy (chevaux de Steve GUERDAT, ndlr), a décidé d’acheter la moitié avec mon fidèle propriétaire Luigi. Après un an de collaboration, elle ne voulait plus faire partie de l’aventure avec Clooney donc Luigi a acheté l’autre moitié. »

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Martin FUCHS et Clooney à Rotterdam © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Tu n’as jamais de part dans tes chevaux ?

« Normalement nous possédons toujours une partie de nos chevaux. Avec Grégoire par exemple nous avions vingt-cinq pour cent. Au début avec Luigi nous faisions moitié / moitié mais nous avons toujours vendu les chevaux plus ou moins à court terme. Ce qui intéresse Luigi maintenant, c’est vraiment de garder les chevaux pour moi donc il achète désormais tous les chevaux à cent pour cent. »

Comment se sont passés tes débuts avec Clooney ?

« C’est drôle car à la maison, la première fois que je l’ai monté je suis tombé. Je suis allé le promener et il a fait demi-tour, droit debout et moi je suis tombé derrière. Maintenant, il est très cool à part sur des pistes un peu plus naturelles comme à Dinard et Aix-la-Chapelle où il peut être encore sur l’œil et un peu plus fort. »

Il a dû te demander beaucoup de travail, notamment avec son caractère ?

« Je n’ai pas travaillé sur son caractère mais sur le dressage. On ne peut pas changer le caractère mais on peut travailler ensemble, essayer de mieux se comprendre. Il est vraiment spécial. C’est un cheval super-respectueux, il a tous les moyens du monde, un super galop et il reste toujours très cool sur les sauts. Il ne va jamais trop vite vers les obstacles, il est très intelligent. Dans les triples, les doubles, il ne court jamais vers les barres. »

As-tu une gestion de carrière particulière pour lui ?

« Non, je ne prévois jamais un nombre de parcours par an. Après la finale Coupe du monde cette année en avril, il a eu deux mois de pause. Derrière il n’a fait que deux petits concours, une grosse épreuve à Monaco et les Grands Prix de Dinard et Aix-la-Chapelle. Après Rotterdam, il doit aller à Calgary, faire deux semaines de pause et continuer sur New York pour ce qui est des outdoors. Ensuite, si tout se passe bien il se rendra à Lyon pour la Coupe du monde indoor. »

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La joie de Martin FUCHS après sa médaille obtenue à Tryon © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Tryon est un accomplissement pour toi mais n’y a-t-il pas de la déception pour l’équipe ?

« Une grande déception oui, hier je pensais encore à ça. C’est incroyable qu’on n’ait pas obtenu cette médaille. Ma deuxième place en individuel  vice-Champion du monde, m’a permis d’oublier un peu cette déconvenue, simplement sur le moment. Mais en effet, j’y pense toujours, j’aimerais bien avoir deux médailles autour du cou à chaque championnat ! »

Tu grimpes dans le classement mondial, la place de numéro un est-elle un objectif?

« C’est toujours un objectif mais Steve est très loin devant. Il a beaucoup de points, de bons chevaux. Il y a également Peder FREDRICSON et Daniel DEUSSER qui sont très compétitifs ces dernières semaines. C’est vraiment compliqué maintenant d’y accéder et surtout d’y rester. Je n’essaie pas d’être fixé sur la ranking. D’autant plus que mes chevaux vont tous avoir des pauses prochainement. Seuls Chica BZ et The Sinner devraient être présents comme seconds chevaux aux côtés de Clooney. »

Propos recueillis par Alan CARARIC. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE