Si aux yeux du grand public, les sports équestres reflètent l’image d’un monde élitiste et très fermé, il serait faux de croire que les causes humanitaires ne trouvent pas leur place dans ce milieu particulier. Que cela soit à travers des épreuves particulières lors des plus beaux concours, ou simplement le soutien apporté par une compétition à une association, à l’instar des Jeux Équestres Mondiaux et du London Olympia Horse Show 2018 avec Brooke, le monde caritatif s’installe peu à peu sur les plus belles pistes du monde. À cette occasion, Adrien COLUSSI et Salim EJNAÏNI de Tutti Quanti, ainsi qu’Isabelle SEPULCHRE de JustWorld ont pris la parole pour nous parler des associations qu’ils portent.

Adrien COLUSSI, directeur de l’association Tutti Quanti : « Tutti Quanti a pour objectif le développement culturel des jeunes et de venir en appuie à une cause humanitaire. Nos missions vont s’exprimer par l’organisation d’événements en lien avec le monde équestre, la présence de stands sur des concours et la création de partenariats avec des événements par exemple. C’est ma mère en 2012 qui a créé cette association pour partir faire une course humanitaire au Sénégal afin d’apporter des fournitures scolaires aux enfants, et c’est en 2016 qu’elle m’a proposé de reprendre l’association. Je trouvais ça intéressant de pouvoir allier ce que j’apprenais dans mes études au profit d’enfants qui sont dans le besoin.

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Je pense que les associations ont une place à prendre dans le milieu équestre même si cela demeure un milieu fermé : les concours sont une grande vitrine pour elles. Le fait d’être présent sur un concours permet d’accroître la visibilité de notre association, mais le milieu s’étend également aux marques équestres comme Horse Pilot, avec qui nous avons des échanges et des rencontres se créent. Pour résumer, le milieu équestre nous permet de faire connaître nos missions et de sensibiliser les cavaliers, partenaires, accompagnateurs en alliant sport et humanitaire.

Nos ambassadeurs sont une grande famille que nous avons surnommé « LES TUTTI RIDERS ». Nous avons en effet certaines valeurs que nous avons mises en avant lors des recrutements : simplicité et motivation. Après avoir étudié ces valeurs, nous regardons plus loin : les performances, le type d’épreuves et la présence sur les réseaux sociaux. Ensuite, si tous ces critères sont remplis, on intègre le cavalier au sein de l’association pour qu’il travaille avec nous sur son expansion. »

Salim Ejnaini Calypso longines masters paris 2017
Salim EJNAÏNI © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Salim EJNAÏNI, parrain de la soirée de gala de Tutti Quanti 2018 : « Ce qui m’avait plu chez Tutti Quanti c’est le côté organisé : ils ont une dynamique où ils ne sont pas déconnectés et ont des façons de faire un peu start-up. Leur objectif est très clair et cela m’avait donc l’air d’être un projet plutôt bien construit. Adrien COLUSSI voulait d’ailleurs reprendre une association créée par sa mère et c’est ce fonctionnement en soi qui m’a plu. Il m’a contacté pour être parrain de la soirée de gala au Boulerie Jump du Mans et c’est avec grand plaisir que j’ai répondu : si je pouvais l’aider à ma hauteur, c’était la moindre des choses.

Je tiens d’ailleurs à dire qu’il y a plusieurs façons de demander de l’aide, notamment par la valorisation, et c’est ce que m’a donné l’impression de faire Tutti Quanti dès le début ; ou par le pathos. Ils ne sont absolument pas tombés là-dedans et tant mieux : aujourd’hui il ne faut pas jouer avec ça, avec l’image des différences. C’est tellement compliqué de donner une image de ce qui est vrai aux gens, et quand les associations viennent se faire passer pour quelque chose de vraiment indispensable, pour moi on abuse un petit peu de la confiance des gens qui vont donner. Tutti Quanti n’est vraiment pas là-dedans : il y a tout un dynamisme, des indices qui nous montrent qu’ils savent très bien où ils vont, ce qui donne envie de les suivre et maintenant il n’y a plus qu’à aller au bout.

Tutti Quanti et moi avons travaillé de façon très proche pour le gala : j’y ai fait un discours et ensuite, de mon côté, je gère moi-même toute ma communication pour pouvoir répondre directement aux gens. Je pense que c’est aussi le rôle de l’associatif que d’informer, et c’est pour ces choses-là que j’aime être proche des associations. Par nature, c’est leur rôle d’être vitrine de beaucoup de causes en fonction de ce qu’elles défendent. C’est toujours agréable d’être bien renseigné et de pouvoir informer les gens sur les sujets, pas seulement pour rassembler des sommes mais pour améliorer véritablement la situation en globalité.

Le fait que ce soit dans le cheval m’a aidé à accepter, c’est sûr. D’ailleurs, quand j’étais à Lille on m’a demandé de parrainer un concours, il y avait du handisport mais la marraine était Camille CONDÉ-FERREIRA et c’est toujours plaisant d’avoir des demandes justement parce que l’on est cavalier. C’est vrai que si on m’avait demandé d’être l’égérie uniquement parce que je suis non-voyant ou handicapé, ou simplement différent, pourquoi pas, mais c’est toujours plus plaisant d’y être pour quelque chose qu’on a choisi de faire. C’est une démarche que j’ai d’autant plus appréciée, même si je me doute qu’on n’a pas fait appel à moi pour rien : le fait que je sois non-voyant a joué aussi, mais des cavaliers non-voyants il y en a d’autres. C’est plaisant de se dire qu’on est sur la même longueur d’ondes suite à ce que l’on fait et ce que l’on représente… C’est cela qui va m’intéresser avant tout.

Entraînement du jour sur ce petit double sortant à 115. Rapso entre dans l’hivers avec son poil de nounours et sa belle énergie. Merci coach Fanny Poletto pour tous les progrès qui font un bien fou ? Avec le partenariat de :GPA Safety Legend CWD Cambox Horse Flex-on Oscar et GabrielleÉcurie Flamme à Coutras

Publiée par Salim Ejnaïni, cavalier de saut d'obstacles sur Jeudi 1 novembre 2018

Certains concours organisaient des épreuves spécifiques comme aux Longines Masters avec le Style & Compétition pour Amade. Ça s’est arrêté, mais il faut se renouveler et c’est toujours compliqué. Je sais que Christophe AMEEUW (fondateur des Longines Masters, ndlr) est très impliqué ainsi que toute l’équipe d’EEM, mais il existe de nombreux moyens ! En 2017, l’année où j’ai rencontré Adrien, j’ouvrais l’épreuve des Six Barres et plus on montait la barre, plus Longines montait sa dotation pour l’association. Encore une fois, on est sur un moyen de donner à une association alors que je n’étais pas un compétiteur : on a mis en place un prétexte, le défi sportif et c’était sympa ! Tout le monde y trouvait son compte : j’y battais un record personnel et en face il y avait du show et du jumping, et l’association « Sur les bancs de l’école » a récolté vingt-cinq mille euros.

Je trouve que c’est bien qu’il y ait une proximité qui commence à s’installer entre les associations caritatives et les sports équestres. Il y a beaucoup d’événements qui, dans la tête du grand public, riment avec charité, associations, aides. JustWorld est un super exemple de tout ça : c’est un nom qui sonne luxe et un objectif lié aux enfants du tiers-monde : c’est génial, on a envie de les aider ! Ils ont fait une super opération et ont très bien tablé sur le prestige du monde du cheval : ils ont une très bonne image.

On donne à une association le droit de rassembler de l’argent sous réserve qu’elle n’en veuille pas : il faut trouver un vrai équilibre de vie derrière tout cela, ce qui n’est d’ailleurs pas toujours facile. Le danger de l’associatif est que l’on s’épuise : c’est fatiguant pour quelqu’un qui veut porter une grande cause. Il faut passer sa vie à convaincre, vivre des donations sachant qu’en ce moment trouver des donateurs est quelque chose de compliqué, et cela peut aussi être une cause de difficultés pour les associations. En ce sens, je pense que le luxe du monde du cheval du haut niveau est une aubaine pour les associations, mais encore une fois il faut que les projets soient bien organisés. Ce n’est pas parce qu’une personne est millionnaire qu’elle donnera : il faut convaincre, et si on a un bon projet, il n’y a aucune raison de ne pas réussir à le faire vivre.

À l’inverse, il y a aussi énormément d’associations qui se créent parce que l’on estime que l’association est en quelque sorte « l’oie blanche du statut fiscal ». Non, ce n’est pas le cas : une association est un statut dédié à aider, à être reconnu d’utilité publique ou de bienfaisance : il faut que cela défende une cause et que ce soit à but non-lucratif. Malheureusement, parfois certaines associations sont imparfaites, l’homme étant imparfait et étant aux commandes. Je n’ai aucun intérêt à perdre du temps quand on n’est pas sur la même longueur d’ondes : l’humain prime pour moi. Les associations sont des navettes, des façons de faire, de s’organiser, mais qui ne valent rien sans la cause qu’elles veulent défendre. »

justworld
© Scoopdyga.com

Isabelle SEPULCHRE, directrice de JustWorld Europe : « Le but de l’association JustWorld est de venir en aide à des enfants vivant dans une grande pauvreté et se trouvant hors des programmes gouvernementaux au Cambodge, Guatemala et Honduras, ce qui représente actuellement environ sept mille enfants. JustWorld apporte son soutien financier à des associations réputées pour la qualité du travail qu’elles accomplissent auprès de ces enfants, en privilégiant l’accès à l’éducation, la nutrition, l’hygiène et le développement personnel et culturel. 

JustWorld a été créée par une ancienne cavalière de concours américaine, Jessica NEWMAN en 2003. À la suite d’une période de bénévolat dans un pays d’Amérique Centrale après un séisme de grande ampleur, Jessica, vingt-trois ans à l’époque, a décidé de mettre un terme à sa carrière de cavalière professionnelle, très éprouvée par la misère des enfants à laquelle elle avait été confrontée. Ce fut le début de JustWorld.

On ne peut en effet nier que les sports équestres véhiculent l’image d’un milieu privilégié. C’est pourquoi Jessica NEWMAN a eu l’idée d’aller au-devant des cavaliers, de leurs propriétaires et des entreprises impliquées dans le monde du cheval afin de leur proposer de donner un peu de ce qu’ils avaient reçu. JustWorld lève donc des fonds dans toutes les disciplines hippiques et de nombreux cavaliers, jockeys et partenaires se sont investis à nos côtés et nous soutiennent. C’est bien la preuve qu’une telle association a toute sa place dans ce milieu qui peut se montrer très généreux et solidaire.

Grâce à la présence croissante de JustWorld sur les événements hippiques, de plus en plus de cavaliers nous contactent pour s’engager à nos côtés et devenir ambassadeurs. Nous recherchons tout d’abord une belle équitation dans le respect et l’intégrité du cheval afin de véhiculer une belle image de l’équitation. C’est essentiel à nos yeux ! Ensuite, ils doivent se sentir investis d’une mission, celle de porter nos valeurs de solidarité envers ces enfants défavorisés et donc de promouvoir notre action en organisant eux-mêmes des actions qui sensibilisent leur entourage et nous apportent des fonds. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.