L’équipe de Jump’inside s’est infiltrée dans un Haras bien particulier : celui de Béligneux le Haras (BLH). Son objectif ? Faire naître les cracks de demain ! Au cœur du département de l’Ain, terre d’élevage de l’Est de la France, cette structure aux multiples facettes gérée par la famille NEYRAT propose chaque année aux éleveurs les meilleurs étalons de la planète, couplés à de précieux conseils. Étalonnier, inséminateur, vétérinaire gynécologue, éleveur, valorisateur de jeunes chevaux… Tout est réuni pour obtenir la génétique de demain. Nous vous proposons ainsi de découvrir, dans trois articles différents, leurs étalons, leur philosophie, leur expérience et bien plus encore.

Commençons cette trilogie par la présentation de leurs différents cracks proposés cette saison aux éleveurs ⤵

Cornet’s Stern, le digne fils de son père

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« Nous sommes allés chercher Cornet’s Stern parce que c’est un Cornet Obolensky qui est l’un des seuls à avoir vraiment le morphotype de son père, en plus d’avoir un très bon caractère. Justement, nous ne voulons jamais nous éloigner de cette facilité d’utilisation. Comme vous le savez, nous avons distribué Cornet Obolensky et nous avons eu de très bonnes poulinières. En chevaux de sport c’est plus délicat, ils ont un caractère bien à eux. Quand vous avez un cheval rétif, vous avez un cheval rétif. Je me souviendrais toujours de Philippe LEJEUNE qui disait : « moi des Cornet Obolensky je n’en veux pas, ils sont veules », c’est-à-dire qu’ils n’ont pas envie, ils ne sont pas avec l’Homme, et nous à BLH ce n’est pas ce que l’on veut. Et puis je ne suis pas certain que faire naître des Cornet Obolensky soit encore dans l’air du temps. Ensuite si vous avez deux chances sur trois de faire naître un cheval que vous ne pourrez pas monter, avec lequel vous ne pourrez pas rentrer sur un paddock, ce n’est pas la peine ; alors qu’on sait que cette génétique est disponible avec un de ses fils qui est passé à travers les mailles du filet, qui est un excellent compétiteur, qui est facile d’emploi.

Il a été monté par Grégory WHATELET avant de passer sous la selle d’une Mexicaine avec laquelle il est sorti sur des cotes à 1.45m / 1.50m. C’est un cheval qui a été champion d’Allemagne à cinq ans chez Paul SCHOCKEMÖHLE. Pour moi c’est l’essence des reproducteurs, ils peuvent avoir des origines un peu compliquées mais ils doivent prouver par eux-mêmes qu’ils sont capables d’emmener des amateurs au plus haut niveau.

Cornet’s Stern a une première génération de chevaux de sept ans, dont un qui a été sacré champion d’Allemagne à cinq ans. L’un de ses premiers huit ans a participé à l’étape Coupe du Monde de Malines 2017 où il s’est qualifié pour le barrage de belle manière malgré son jeune âge. Par rapport à Cornet’s Prinz, qui est aussi un Cornet Obolensky très en vogue, il a beaucoup plus de galop, de mécanique. Cornet’s Prinz a tendance à faire des petites mobylettes, très jolies poupées mais à petits moteurs. Là on est quand même sur des chevaux avec plus de galopade, plus de puissance et ça a pour nous un plus gros intérêt. On l’envoie également en Normandie faire la monte parce que les Cornet Obolensky correspondent bien à la jumenterie un peu épaisse de cette région d’élevage. Aujourd’hui c’est peut-être un peu galvaudé de dire que la jumenterie normande est encore épaisse, lourde, elle a quand même bien évolué aussi. Mais elle a encore besoin d’être affinée, elle a besoin qu’on lui ramène de l’étendue et de la galopade. »

Monte Bellini, la gravure

« Monte Bellini avait été élu meilleur cheval de l’année 2012 et sélectionné pour les Jeux Olympiques de Londres avec Philipp WEISHAUPT. Il avait été champion d’Allemagne à cinq et six ans, d’où son importante production actuelle. Monte Bellini a remporté le Grand Prix de Rotterdam en 2012, ainsi que la Coupe des Nations deux années de suite : en 2012 et 2013, sans oublier sa victoire dans la deuxième manche de la finale Coupe du Monde de ‘s-Hertogenbosch. Il a malheureusement été blessé avant les championnats du Monde de Caen 2014. Une grosse tendinite comme il a eu, arrive souvent avec ces chevaux-là, c’est vraiment la phase où la préparation est telle que c’est parfois dur pour eux. Il est donc entré au Haras tout de suite après sa blessure. C’est un très chic cheval, très léger, très moderne. Il a pris le côté chic de son père Montender Et puis, heureusement je dirais parce qu’initialement je ne suis pas un très grand fan de Montender, il a du Ramiro derrière qui lui a donné toute la puissance nécessaire d’une belle arrière main. »

MONTE BELLINI WEISHAUPT Philipp FINALE COUPE DU MONDE 'S-HERTOGENBOSCH2012
Philipp WEISHAUPT et Monte Bellini lors de la finale Coupe du Monde de ‘s-Hertogenbosch 2012 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Plot Blue, le fidèle complice de Marcus EHNING

« Plot Blue est un de nos étalons stars cette année et nous sommes fiers de l’avoir dans nos écuries. C’est un fils de Mister Blue et d’une mère par PilotPilot qui est d’ailleurs un très bon père de mère, bien meilleur qu’il n’a été père. Plot Blue a un super caractère, absolument aucune méchanceté, par contre il sait ce qu’il veut ! S’il veut aller quelque part il ne va pas ailleurs. Il a également une force prodigieuse. C’est sûrement l’un des plus forts étalons qu’on ait eu, malgré le fait que ce ne soit pas l’un des plus grands, mais dans la force il est impressionnant. Pour un cheval qui a quitté le sport il y a plus de deux ans, après ses adieux à la compétition à Genève en 2015, il est encore taillé comme un athlète.

Plot Blue est un cheval fort donc si cette année il fait deux cents juments fines, très près du sang, alors sa production sera parfaite. Si vous ramenez certains étalons lourds, vous produirez des modèles imposants. Mais ce ne sera pas la faute de Plot Blue, ça sera la faute du mauvais croisement et c’est partout pareil.

Comme vous pouvez le voir, Monsieur a deux abreuvoirs car il aime bien tremper son foin et boire à deux endroits différents. C’est aussi notre rôle de faire en sorte que chacun garde ses petites habitudes et qu’ils se sentent bien ! Plot Blue est sorti deux fois par jour, le matin il va au pré avant d’être longé l’après-midi. Vu son état il pourrait être encore monté, mais c’est une volonté de Marcus EHNING de ne plus monter ses chevaux lorsqu’ils prennent leur retraite sportive. »

Warrant, le crack taillé pour tous types de cavaliers

« Warrant est l’une de nos nouvelles recrues. C’est un Numero Uno sur Nimmerdor. Il est très Numero Uno dans son look, c’est un grand cheval noir avec une superbe gueule et avec beaucoup d’expression. Quand vous regardez Warrant, vous voyez tout de suite la qualité de son tissu, son look… En plus d’être un cheval super gentil et brave, il a une mécanique de fou. Nous sommes allés le chercher chez Tal Milstein qui gère les écuries de Jérome GUERY (interviewé récemment ici). C’est un cheval qui avait été exporté aux États-Unis pour un amateur de haut niveau après avoir fait des Coupes des Nations avec Eric VAN DER VLEUTEN. Cheval facile d’emploi, chic, beau, très complémentaire d’autres étalons, c’est ce que l’on aime. Numero Uno était un cheval difficile et peu fertile alors nous avons fait comme avec Cornet’s Stern, nous sommes partis à la recherche d’un de ses fils pour pouvoir bénéficier de sa génétique tout en ayant un cheval qui soit facile d’utilisation. Il y a vraiment deux fils de Numero Uno que je connais et qui ont une très belle envergure et du chic : c’est Van Gogh et Warrant. De plus, si vous regardez sur Horsetelex, ce sont les deux seuls étalons par Numero Uno qui sont dans le Top 10 des meilleurs pères des chevaux de moins de dix ans. Il est encore difficile d’importer Van Gogh pour la reproduction malgré ses blessures qui l’écartent des terrains de compétitions, donc nous sommes ravis d’avoir Warrant

Vous voyez donc que nos critères sont toujours un peu semblables, nous cherchons des chevaux faciles d’utilisation et modernes. Bien sûr que le critère commercial agit aussi dans le choix des étalons mais j’ai horreur de ce terme parce que ça ne correspond pas du tout à ce que l’on cherche. On aurait pu aller chercher des chevaux beaucoup plus commerciaux que WarrantCornet’s Stern, parce qu’ils n’ont pas l’âge d’avoir de grosses productions derrière eux, mais nous voulons aussi proposer des chevaux pour le futur.

On commence seulement maintenant à voir la France ressortir du lot au niveau des offres d’étalons, et nous sommes bien aidés avec les différents acteurs qui œuvrent pour améliorer l’élevage. On a vraiment vu en un an et demi les Allemands changer d’opinion au sujet de l’élevage français, et ils voient maintenant un intérêt à nous envoyer leurs meilleurs chevaux. Je suis sûr que si Plot Blue est là, pour prendre lui en exemple, c’est grâce à une bonne dynamique de la France au niveau de son élevage.« 

Cartani, le gris aux origines 100% haut niveau 

« Cartani est un fils de Carthago et de Taggi par Landgraf I âgé de quinze ans. Sa mère est incroyable, puisqu’elle s’est classée cinq fois au Grand Prix d’Aix-La-Chapelle en plus d’être championne du Monde à La Haye. C’est l’équivalent de Ratina Z, elle qui a aussi très bien produit. Cartani est d’ailleurs le seul fils de Taggi contrairement à Ratina qui en a eu plusieurs. Taggi avait ce côté folie, alors qu’on est sur des produits plutôt gentils. C’est un produit issu d’un croisement que l’on appelle le cesurel. Dans les familles du Holstein il y a la famille des C qui descend directement de Cor de la Bryère et il y a la famille des Landgraf I et des Ibéro. Landgraf I est un très bon père de mère. Il va à la fois très bien croiser avec la souche des L et des C du Holstein et avec les juments françaises. Carthago amène l’étendue, le galop, la propulsion et Landgraft le chic et l’envie. C’est un très bon croisement et ce n’est donc pas pour rien que c’est actuellement notre meilleur reproducteur testé sur la descendance. Il est le troisième meilleur père de chevaux de moins de treize ans donc on est quand même sur des jeunes chevaux internationaux. À cet âge-là, on touche au Graal, cela représente une bonne partie des chevaux de haut niveau. C’est-à-dire que c’est lui le futur successeur des actuels numéros uns mondiaux au classement WBFSH. On ne parle pas des moins de sept ou huit ans ; donc ce cheval, est vraiment parmi les futurs meilleurs. De plus, les Français lui font vraiment confiance puisque avant de venir en France, il y a deux ans, il avait été beaucoup utilisé en Allemagne.

Nous l’avons récupéré à une année charnière, où les éleveurs Holstein recommençaient à l’utiliser massivement. Les éleveurs Holstein qui l’ont eu à deux ans, ont pris un vrai risque en l’utilisant si jeune. C’est dans la mentalité du Holstein d’être très discipliné et de suivre des directives d’élevage. Ils vont massivement utiliser le meilleur deux ans, c’est-à-dire le vainqueur national. Ils ont plus de directives que nous dans le Selle Français. Dans notre stud-book, on peut utiliser n’importe quel étalon. Dans celui du Holstein, vous devez respecter certaines conditions avant de mettre un étalon sur votre jument. Ce sont plus que des conseils de croisement finalement, ce sont ni plus ni moins que des directives de croisement. C’est aussi pour ça que le Holstein est le meilleur stud-book du monde. C’est donc un vrai gage de confiance de la part du Holstein d’avoir utilisé Cartani dès son plus jeune âge. Pour nous c’est une manière de ne pas se tromper et puis, il fait partie d’une lignée de chevaux exceptionnels, que tous les étalonniers rêvent d’avoir.« 

CHAMPIONNAT EUROPE herning 2013 Charlotte VON RONNE CARTANI 4
Charlotte VON RONNE et Cartani 4 aux championnat d’Europe de Herning 2013 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Romanov, la star des écuries ALLEN

« Aujourd’hui, Romanov est vraiment l’étalon du moment et celui qui a le plus de quintessence. Qu’est-ce que l’on demande maintenant à un cheval ? On lui demande de tourner court, d’aller vite, d’avoir le courage de pardonner une erreur de foulée. Avec Bertam ALLEN on ne parle pas d’erreur de foulée mais on parle de prises de risques et d’abords lointains ou très proches. Romanov a toute l’énergie et le sang qu’il faut pour démarrer au quart de tour en plus d’avoir la puissance qui englobe la force et la vélocité. Il faut des chevaux qui n’aient pas peur d’aller à la guerre. Cet étalon-là, il est de la trempe de For Pleasure, Baloubet du Rouet et j’en passe. Il a su être un vrai guerrier pendant plus de douze ans de compétition avec trois cavaliers différents : Phillip SPIVEY et Billy TWOMEY avant de terminer sa carrière avec Bertram qui est l’un des plus talentueux du circuit mais qui avait à l’époque seulement dix-huit ans. Quand il gagne le Grand Prix Coupe du Monde de Bordeaux devant Marcus EHNING, Bertram avait eu beaucoup de culot mais il savait qu’il pouvait prendre tous les risques avec un cheval comme Romanov, qui ne l’a jamais planté.« 

Uhelem de Seille, le poney qui a tout d’un grand

« A BLH nous avons une tradition de proposer chaque année un ou deux poneys à notre clientèle. Nous n’avons pas à vocation de faire un catalogue entier de poneys mais simplement d’en sélectionner un parmi les meilleurs. Uhelem de Seille est le meilleur représentant de Dexter Leam Pondi, l’ancien crack de Filippo BOLOGNI (interviewé récemment ici). On a d’ailleurs eu ce dernier pendant une dizaine d’années, et maintenant c’est le charismatique Uhelem qui a été acheté par le sport étude du Sappey en Isère, qui prend le relais ! Il a exactement la même aura et le même charisme qu’avait son père. Vous ajoutez à cela un caractère en or qui n’était pas forcément le cas de Dexter Leam Pondi, mais là on est en face du poney de la décennie. C’est un poney avec toute la technique en plus d’avoir un grand classicisme dans le modèle. Chez les poneys de toute manière, il faut de l’aura et du charisme. Il est courageux, a un geste vraiment classique, est hyper respectueux et puis surtout il a une capacité d’adaptation dans la difficulté. Il était capable de couvrir des oxers monstrueux par le courage, par la volonté de le faire. Nous qu’est-ce que nous demandons à un étalon à part d’être courageux et d’avoir de la volonté ? Il est tout ce qu’on demande pour les étalons chevaux, je ne vois pas pourquoi la sélection génétique avec les poneys serait différente. On demande exactement la même chose, et même plus encore, il faut être plus pointu parce qu’on met nos enfants dessus. On n’a pas le droit de leur mettre des capricieux qui vont les mettre par terre tous les dimanches. On veut vraiment des chevaux qui ont cette volonté d’aller derrière, cette puissance aussi parce que les enfants ont envie de progresser. Si on met nos enfants à cheval c’est pour qu’ils progressent, ce n’est pas pour qu’ils stagnent sur 1.10m, donc il faut des chevaux volontaires, guerriers, qui les fassent gagner.« 

Camille FAVROT Uhélem de Seille equita'lyon 2017
Camille FAVROT et Uhelem de Seille, victorieux à Equita’Lyon 2017 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Old Chap Tame, l’incroyable Selle-Français

« En plus de posséder de superbes origines, Old Chap Tame a un caractère en or. Il a un peu produit avant d’aller chez Jan TOPS. Comme son père Carthago Z, il a beaucoup d’étendue mais manque un peu de sang donc il faudra lui réserver des juments qui possèdent cette caractéristique. Mylord Carthago qui a le même père qu’Old Chap Tame a tendance à faire de petits chevaux, assez fins, très Carthago. Nous, nous préférons les Carthago un peu plus éclatés, même si j’aime beaucoup Mylord Carthago et que Dexter de Kerglenn, que nous avons acheté, le représente bien. Les Carthago sont des chevaux plutôt tardifs, avec une grande mécanique et beaucoup de galop. Malheureusement Mylord Carthago a été mal croisé car ce cheval fait rêver. Beaucoup d’éleveurs l’ont donc utilisé sur leurs juments sans trop se soucier du croisement. Il a servi près de quatre cents juments mais dans le lot il y en a au moins deux cents qui ont été mal croisées. La notoriété d’un étalon peut être vraiment affectée à son utilisation et ses différents croisements. Pour l’instant les produits d’Old Chape Tame de cinq et six ans sont tous indicés. Il n’a ensuite plus reproduit depuis qu’il est allé chez TOPS, et encore moins chez SHARBATHLY.« 

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL et Raphaël GARBOUJ.