Après avoir rencontré les fondateurs du Haras des Forêts (lire ici), Jump’inside vous propose maintenant de découvrir la troisième génération de la famille PARIS, qui semble bien décidée à faire perdurer l’entreprise familiale créée en 1970.

Pauline PARIS, une élève studieuse

Aînée d’une fratrie de trois, Pauline PARIS a mis le pied à l’étrier dès son plus jeune âge au centre équestre de Saint-Lô dont sa mère, Pascale, était la directrice. « Je ne sais même pas quel âge j’avais à l’époque pour tout vous dire ! » À environ dix ans, elle a commencé à monter les chevaux de l’élevage familial dont une certaine Junte des Forêts. Cinq ans plus tard, la jeune fille a connu ses premiers succès : « En 2007, j’ai terminé troisième des Championnats de France Cadets à Fontainebleau avec Richebourg, un étalon qui était venu faire la monte chez mes parents. L’année suivante j’ai été sacrée Championne de France Juniors à Auvers, avec Lavande des Forêts. ». C’est d’ailleurs avec cette dernière, épaulée par Licorne des Forêts, que la cavalière débuta ensuite les internationaux, avec quelques Coupes des Nations Juniors à la clé.

En parallèle de ces années-ci, Pauline a obtenu son baccalauréat Économique et Social et s’est retrouvée confrontée à la difficile question de son orientation. « Comme j’avais des facilités à l’école mon père voulait que je fasse des études avec le rêve que je sois vétérinaire ; il aurait souhaité que je garde l’équitation comme loisir mais je n’étais pas très emballée par cette idée… ». La jeune fille s’est néanmoins orientée vers une école de commerce à Saint-Lô, afin de pouvoir continuer à monter les chevaux de son père. Cette formation lui aura apporté la chance d’effectuer des stages à l’étranger : « J’ai eu l’opportunité de faire un stage d’un mois chez Ben MAHER et un autre de deux mois à Wellington pour vendre des selles. ».

Une fois ses diplômes en poche, son projet professionnel n’a pas changé : faire de sa passion son métier ! Pauline a donc contacté un certain Marcel DELESTRE afin de trouver un poste de cavalière : « Il était entraîneur des jeunes en France et il m’a dit de venir chez lui ». Pauline est alors arrivée dans les écuries de Simon DELESTRE durant l’été. « Je n’avais même pas pu assister à ma remise de diplôme car j’étais déjà partie travailler ! », se remémore-t-elle.

Cette aventure a duré le temps d’une année, puis Pauline est partie six mois en Angleterre avant de revenir travailler avec son père, chez qui elle montera principalement des jeunes chevaux. « Il fallait faire tourner l’entreprise et on ne pouvait pas se permettre de garder des chevaux pour les faire vieillir. On s’était juste autorisés à garder Licorne et Lavande, qui étaient nos deux seules juments capables de faire des grosses épreuves. » Alors, avec très peu de chevaux aptes à la compétition, des tensions sont nées entre les deux sœurs : « Nous voulions toutes les deux monter le ou les meilleurs chevaux pour pouvoir faire du concours. ».

Dans la continuité de ses études, la jeune femme s’est tournée attentivement vers le commerce de chevaux, consciente qu’il fallait vendre pour faire fonctionner l’entreprise . « Nous avons vendu beaucoup de chevaux à trois ans, soit lors de ventes aux enchères soit directement à la maison, ce que l’on ne faisait pas forcément avant. Aujourd’hui, nous avons plus de personnel et même si l’élevage s’est agrandi nous arrivons à mieux nous occuper des trois ans, nous les faisons sauter davantage en liberté, notamment grâce à la construction du manège. Nous parvenons donc à avoir des chevaux prêts pour partir aux ventes aux enchères à trois ans. ».

Enfin, depuis novembre dernier, Pauline s’est installée à côté de Notre-Dame-d’Estrées avec Valentin BESNARD, son compagnon et ancien cavalier de Bruno ROCUET. « C’est quelque chose qui nous tenait à cœur. Et puis, travailler en famille n’est pas toujours facile. Je m’entends très bien avec ma sœur sauf quand il s’agit de chevaux (rires). Cette séparation nous a rapprochées, nous nous appelons tous les jours maintenant ! ». Dès leur installation, un grand nombre de propriétaires leur ont accordé leur confiance, comme le Groupe France Elevage, Éric LEVALLOIS ou encore Nicolas DESEUZES. « Nous ne nous attendions pas à avoir autant de chevaux aussi rapidement. Notre entreprise a plutôt bien démarré et nous en sommes très contents ! ». Le couple espère pouvoir faire vieillir quelques chevaux, en accord avec les propriétaires, « afin que Valentin retrouve des montures comme il a pu en avoir chez Bruno, et pourquoi pas pour moi aussi. ». Mais certains chevaux comme ceux de Nicolas ne leur sont pas destinés. « Il nous a confié ses chevaux pour les former dans l’objectif de faire du haut niveau avec lui plus tard. »

Audrey PARIS, sûre d’elle

Audrey, sœur cadette de Pauline, se souvient elle aussi que son père Fabrice venait la chercher à cheval chez la nourrice. C’est d’ailleurs ainsi que la jeune fille a mis le pieds à l’étrier, même si Audrey a réellement débuté vers l’âge de trois ans, sur le shetland de la ferme familiale. Après un passage incontournable par le centre équestre, est venu le temps de la compétition à poney. « J’ai eu la chance d’en avoir deux pour faire du concours : Ithaque du Preuil qui était un poney C et Juan du Boc, un super poney D ». A l’âge de neuf ans, elle est passée à cheval, mais pas sur un produit de l’élevage familial contrairement à sa sœur aînée : « Mon père m’avait acheté une jument, Idylle d’Aure, elle savait lire et écrire ! C’est donc avec elle que j’ai commencé les épreuves Amateur jusqu’à 1.20m. ».

En 2009, Audrey croise la route d’Olympique des Forêts et de Licorne des Forêts, deux juments de l’élevage qui lui feront connaitre ses premiers grands succès. Dans la même année, elle remporte son premier titre de Championne de France Minimes à Fontainebleau avec Olympique et obtient une troisième place aux Championnats d’Europe Children mais cette fois aux rênes de Licorne. Avec cette dernière, la jeune fille a découvert les grosses épreuves : « À douze ans je faisais mes premières 1.35m et à quatorze ans je sautais dix centimètres de plus ! ». L’année suivante elle se voit confier Sagamore avec qui elle prendra part à des Coupes des Nations Juniors et obtiendra son premier classement en 1.45m. Ensuite, elle récupère Major de Coquerie avec qui elle participera à de nombreuses Coupe des Nations Juniors et remportera son deuxième titre de Championne de France dans cette même catégorie. La cavalière poursuivra sa route avec les jeunes chevaux nés chez son père et avec qui elle collectionnera les classements à la finale jeunes chevaux de Fontainebleau année après année.

Concernant son avenir professionnel, Audrey n’a jamais douté : « J’ai toujours voulu travailler dans les chevaux ! » C’est d’ailleurs pour cela qu’elle se dirigera vers un baccalauréat professionnel Conduite et Gestion d’une Entreprise Hippique en apprentissage. « Après ma première année d’apprentissage chez Julien EPAILLARD, je suis revenue à la maison car il y avait trop de chevaux dont il fallait s’occuper. » De son passage chez l’actuel numéro un Français, la cavalière retiendra sa première victoire à 1,45m dans une épreuve ranking avec Major de Coquerie. À la suite de ses études, Audrey PARIS a pris la direction de la Belgique pour se former à l’élevage Van De Helle. « Ce fut une expérience riche où j’ai eu la chance de sauter jusqu’à 1,50m avec Isidoor Van De Helle ! »,confie-t-elle. Après un an et demi en Belgique, la cavalière a continué sa route, elle est partie se former chez Michael WHITAKER, Miguel FARIA LEAL et René LOPEZ avant de revenir sur ses terres.

Installée depuis maintenant un an et demi sur l’élevage familial, la jeune femme se dit passionnée par les jeunes chevaux. « J’adore les former et les voir évoluer. » Concernant l’avenir du Haras des Forêts, Audrey souhaiterait attirer plus de propriétaires, qu’on lui confie davantage de chevaux. « Cette année j’ai eu la chance qu’Henriette EVAIN m’ait confiée Babycomeback que j’avais déjà monté à six ans. », explique-t-elle.

Hugo PARIS, passionné et déterminé

Dernier de la famille PARIS, Hugo est né avec les chevaux et même s’ils rythment son quotidien, le jeune garçon peine d’abord à trouver sa place parmi eux. « Je n’aimais pas vraiment ça, mais au fur et à mesure, à force d’aller sur les terrains de concours, j’y ai finalement pris goût. » En 2009, le benjamin a décidé de se mettre à cheval, sans même passer par les poneys, et débute avec Fidji du Jaquet, précédemment monté par ses sœurs. La même année, Hugo foule ses premiers terrains de concours et court son premier Championnat de France à Fontainebleau, où il se classe quatrième. L’année suivante, rien ne change ou presque : même couple, même terrain, mais cette fois un titre de Champion de France. « Je commençais bien, ça faisait seulement deux ans que je montais à cheval et j’étais déjà Champion de France ! ». En 2012, son père investit et achète Maxou. « Au départ, il était destiné à mes sœurs, mais je me suis bien entendu avec donc je l’ai gardé pour moi », se souvient Hugo. Trois ans plus tard, c’est Major de Coquerie qui rejoint le piquet du jeune cavalier. « Major était monté par Kévin STAUT puis mon père l’a acheté pour ma sœur, Audrey. Il a fini sa carrière sous ma selle. Grâce à lui, j’ai commencé à sortir sur des épreuves à 1,45m puis sur des CSI où j’ai pris beaucoup d’expérience.« 

En parallèle, Hugo s’est orienté vers un Baccalauréat Technologique. « Je voulais confirmer mes choix, même si au fond de moi j’étais persuadé que je voulais être cavalier. À l’issue de mon année de seconde, je me suis vraiment aperçu que je n’aimais pas passer mes journées assis dans une salle de classe ». C’est ainsi que le jeune homme s’est finalement, comme sa sœur Audrey, dirigé vers un Baccalauréat professionnel Conduite et Gestion d’une Entreprise Hippique en alternance. Il a d’abord travaillé dans l’élevage familial avant de rejoindre les écuries de Bruno ROCUET.

Diplôme en poche, Hugo fait le choix de rentrer dans la vie active. « J’étais en contact avec Julie ULRICH, et un jour elle m’a dit que Kévin STAUT cherchait un cavalier maison et concours, donc je suis parti chez lui ». Pendant un an, il a donc pu évoluer sous le regard professionnel et bienveillant de Kévin et Julie, grâce auxquels il a pu emmagasiner beaucoup d’expérience et participer à sa première 1.45m avec sa jument, Bruyères du Gué. En 2019, Hugo est arrivé chez Julien EPAILLARD. « J’y suis depuis un peu moins d’un an et en ce qui concerne la suite, l’avenir nous le dira. Je veux continuer à prendre de l’expérience, pourquoi pas partir ensuite à l’étranger pour perfectionner mon anglais et mon espagnol, voir d’autres systèmes. À terme, j’aimerais revenir chez mes parents pour continuer la compétition et reprendre l’élevage familial. » La boucle est bouclée.

Hugo Paris
Hugo PARIS et Bruyere du Gué © Alice BONNEMAINS

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.