Fondé en 1970, le Haras des Forêts perdure depuis deux générations et semble bien parti pour en ajouter une de plus à son compteur. La famille PARIS, qui a fait naître de grands champions comme Nectar des Forêts, Quamikase des Forêts (devenu Zirroco Blue) ou encore Big Star des Forêts, a ouvert ses portes à Jump’inside.

Guy PARIS, fondateur passionné…

Son nom vous est sûrement inconnu mais Guy PARIS est pourtant le fondateur du Haras des Forêts. À son installation en 1970, il était loin de se douter que son fils, et aujourd’hui ses petit-enfants, allaient suivre sa trace. Père et grand-père comblé, il se dit « fier de voir que tout ce qui a été fait avant eux perdure et de la manière dont l’exploitation familiale évolue ». Il raconte, avec passion, sa conviction à utiliser les nouvelles techniques d’élevage comme le transfert d’embryon depuis une trentaine d’années. « Nous étions parmi les premiers à utiliser cette méthode » se souvient-il. Guy PARIS et son fils, Fabrice, sont également les précurseurs de l’utilisation de sang étranger et de jeune génétique dans leurs croisements. Le fondateur de l’affixe « des Forêts » est heureux que son élevage ait su développer sa notoriété ainsi que ses effectifs au fil des années. De ses débuts avec une poulinière jusqu’à aujourd’hui avec plus de trente juments et quarante-cinq naissances, l’éleveur reconnait que cette évolution conséquente est en partie due au transfert d’embryon, « cela permet de mettre des juments de deux ans à la reproduction avant de les commercialiser ».

Guy PARIS ne tarit pas d’éloge à propos de son fils qui ne cesse de progresser dans l’élevage équin sans pour autant délaisser la production laitière, son activité principale. Conscient que rien de tout ça ne pourrait arriver sans une équipe solide autour de son fils, Guy confie : « Fabrice a la chance d’avoir des employés de confiance et très compétents sur l’exploitation laitière, ce qui lui permet de se concentrer davantage sur les chevaux et de simplement superviser ce qu’il se passe à la ferme ». Il se réjouit aussi de voir que ses petits-enfants, Pauline, Audrey et Hugo, sont « très motivés pour faire perdurer l’entreprise familiale » et leur trouve une qualité commune : le sens du commerce. Quand on lui demande qui verrait-il bien prendre la place de son fils dans quelques années, le grand-père cite Hugo sans trop d’hésitation : « c’est le seul garçon, le plus jeune, mais c’est surtout celui qui semble le plus intéressé par le maintien de l’atelier laitier en plus de la partie équestre ».

De père en fils…

Fils d’agriculteur et père de trois enfants, Fabrice PARIS est aujourd’hui à la tête du Haras des Forêts, le troisième meilleur élevage français. Mais comment a-t-il vu le jour il y maintenant plus de vingt ans ? « À la ferme de mes parents, il y avait une ponette que nous avons faite saillir, et c’est ainsi que nous avons commencé à nous intéresser à l’élevage ». Par la suite, Fabrice a éprouvé le désir de monter à cheval et d’avoir plusieurs équidés. Mais la situation économique de ses parents ne lui a pas permis de répondre à cette envie. « Nous n’avions pas assez d’argent pour acheter des chevaux alors nous nous sommes dit que le mieux était d’en fabriquer. » Son père Guy a alors acheté trois poulinières à un faible prix et lancé l’élevage familial.

L’exploitation de vaches laitières est toujours présente et Fabrice PARIS reconnait que sans elle, l’élevage familial n’en serait pas là aujourd’hui. « Sans cette exploitation, qui fournissait une garantie auprès des banques et assurances, je n’aurais jamais pu investir comme j’ai pu le faire pour les chevaux », explique-t-il. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée et l’élevage équin a pris une telle place que l’exploitation laitière s’est agrandie grâce à celui-ci en effectuant des investissements, comme l’acquisition de robots de traite. Au fil du temps, il a pu se consacrer davantage aux chevaux. Plusieurs fois, Fabrice PARIS s’est demandé s’il ne fallait pas fermer l’atelier laitier, mais il s’est toujours ravisé : « aujourd’hui les chevaux payent mieux que les vaches mais il ne faut pas oublier qu’avant c’était l’inverse et nous ne savons pas ce que nous réserve l’avenir », explique-t-il.

Fabrice PARIS a déjà anticipé l’avancée de l’élevage : les chevaux dits moyens n’ont plus leurs places aux côtés des bons voire très bons. Il a ainsi pris la décision de ne garder qu’une poulinière sur les trois que son père avait achetées, et son choix s’est porté sur May Flower des Forêts. En parallèle et fort heureusement pour cette dernière, le transfert d’embryon faisait son apparition. « May Flower était accidentée, elle avait la rotule et le bassin cassé, sans le transfert d’embryon elle n’aurait jamais pu avoir de poulain. » Les transferts d’embryons se sont enchaînés mais aucun de ses produits n’a été vendu. Guy et Fabrice PARIS ont persévéré en continuant cette pratique sur les filles de May Flower. C’est ainsi que l’élevage a véritablement démarré.

Depuis, le Haras des Forêts a bien grandi et Fabrice l’explique en partie grâce à sa curiosité et sa proximité avec les cavaliers. « J’ai toujours été au contact des cavaliers pour savoir ce dont ils avaient besoin, avec une soif de découvrir ce qu’on peut faire de mieux pour le sport ». Curieux et motivé, l’éleveur a déjà parcouru les concours d’étalons en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, et s’est rendu à Wellington pour la première fois en 2005. « Lorsque je suis arrivé là-bas, je ne connaissais personne. J’étais parti à la recherche de nouveaux clients mais je suis revenu bredouille. J’ai néanmoins pu voir ce vers quoi notre sport allait : en Europe on a dix ans de retard sur les États-Unis », raconte-t-il. Il se souvient également de ses premières ventes Fences : « Je pensais avoir le meilleur cheval des ventes, au final je me suis aperçu que mon cheval était bon mais pas assez pour décrocher le top price. ». Ce passage à Bois-le-Roi a motivé Fabrice PARIS à travailler dur pour améliorer la qualité de ses produits. Il évoque aussi son choix de faire confiance à la jeune génétique pour la reproduction dans un souci économique notamment. Il reconnait néanmoins qu’à court terme cela n’est pas rentable car le prix de vente des foals est moins élevé. Mais, « lorsqu’on vend des chevaux à trois, quatre ou cinq ans tout ce qui compte c’est qu’ils sautent très bien, les origines ont alors moins d’importance ».

Concernant sa casquette de cavalier, Fabrice PARIS est plutôt un autodidacte même s’il s’est entouré d’Éric LEVALLOIS et de Christian HERMON avant de s’installer. « Lorsque je me suis installé, j’ai beaucoup regardé ce que les autres faisaient, sans en être jaloux mais en essayant de prendre le meilleur de chacun, d’analyser leurs parcours… Je n’avais pas le choix, il fallait que j’y arrive ! ».

Fabrice PARIS
Le GFE a fait confiance à Fabrice PARIS en lui confiant Cicave du Talus*GFE © Alice Bonnemains

Enfin, Fabrice PARIS remplit à merveille son rôle de père avec ses trois enfants : Pauline, Audrey et Hugo. Nés au milieu des chevaux, ils ont tous suivi la voie de leur père. « J’allais les chercher à cheval chez la nourrice, le midi comme le soir, elle me les donnait par-dessus la haie et on rentrait comme ça. » Fier de ses enfants et de leurs parcours respectifs, il ne cache pas que « si aucun d’entre eux ne s’était décidé à prendre la relève, à soixante-cinq ans j’aurais pu être en retraite« . Il termine par admettre que c’est peut-être mieux ainsi : « Je ne m’ennuierai jamais, je continuerai à les accompagner, sauf s’ils me mettent dehors (rires) ! ».

Découvrez bientôt la suite de ce reportage sur la famille PARIS dans une seconde partie consacrée à sa troisième génération.

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS.