Diplômé de HEC Liège, parlant sept langues, membre de l’équipe belge lors des Jeux Équestres Mondiaux de Rome, réserviste à Aix-la-Chapelle, ancien cavalier de Kannan, François MATHY Jr est un nom que l’on ne présente plus aujourd’hui. Qualifié pour la finale Coupe du monde à Göteborg cette année, le Belge s’est confié à Jump’inside pour faire un point sur sa carrière et nous parler d’avenir.

Comment avez-vous réussi à concilier équitation et études ?

« J’ai beaucoup moins monté quand j’étais à l’université, ce qui était donc une parenthèse dans ma carrière. Les premières années j’ai quand même réussi à faire des compétitions Young Riders en parallèle, mais j’étais dans une structure familiale, ce qui était sans aucun doute un avantage. Je suis ensuite parti en Erasmus en Espagne pendant un an et j’ai essayé de trouver un endroit où monter mais ce n’était pas possible à Valladolid. C’était aussi intéressant car pendant une année je suis sorti totalement du monde des chevaux et j’ai fait plein d’autres activités comme du basket ou du volley, ce qui était très sympa. Quand je suis revenu, j’étais content de pouvoir recommencer à monter, faire de petits breaks comme ça permet de se remotiver encore plus et d’apprécier davantage ce que l’on ne pouvait pas faire. »

Était-ce votre choix d’étudier ou vous a-t-on poussé ?

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« C’était un peu partagé : pour mon père il fallait plutôt travailler que de faire des études parce que lui a fait comme ça et ça s’est très bien passé, ma mère était plutôt à m’encourager à continuer à étudier comme j’avais la possibilité de le faire. C’est vrai que je ne regretterai jamais d’avoir fait des études même si c’était quelques années où j’étais un peu moins dans la carrière équestre, mais ça m’ouvrait l’esprit et ça m’a donné d’autres possibilités que d’être « bloqué » dans le monde équestre. On ne sait jamais : on peut avoir un accident, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve et donc ça me permettait d’avoir un plan B. Franchement, ça m’a beaucoup plu, c’était un superbe moment de ma vie et j’ai appris pas mal de choses. J’ai fait des langues, des études commerciales avec HEC et ce sont des études qui contiennent du droit et de la comptabilité, donc au final dans ma vie professionnelle, ce sont des notions qui m’aident constamment. Je suis très content de l’avoir fait et c’est une belle période de ma vie. Je l’utilise tous les jours même si je ne suis pas devenu banquier ou comptable ! »

Votre grand taille est-elle un inconvénient pour monter ?

« C’est sûr que ça n’a jamais été un avantage pour moi parce que je fais presque 2m, 1.96m donc je ne peux pas monter de tous petits chevaux. Après, quand on me présente des chevaux, ils font souvent plus de 1.80m, mon étalon Casanova fait plus de 1.70m par exemple, donc ce sont des gabarits porteurs sur lesquels je me sens bien. Ce n’est pas que je cherche particulièrement les grands chevaux, mais les choses se sont mises en place comme ça. Uno de la Roque fait 1.86m donc c’est vrai que ça marque un peu les esprits. »

Pouvez-vous justement nous parler de votre piquet de chevaux ?

« Pendant dix ans j’étais avec la Team Harmony et à ce moment-là j’avais des chevaux comme Polinska des Isles et D’Atlantique Royale qui étaient mes chevaux de tête. Depuis plus de vingt ans maintenant, j’ai une propriétaire qui s’appelle Ingrid NORMAN qui est avec moi depuis le début. Elle a commencé en étant une propriétaire de Kannan et elle a toujours eu des chevaux avec moi. C’est quelqu’un de très fidèle, très passionnée, elle est presque une deuxième maman pour moi ! Pendant que j’avais les chevaux avec la Team Harmony on a continué ensemble, on a acheté Casanova de l’Herse jeune et c’est à elle qu’il appartient, ce qui est d’ailleurs le même cas pour Falco van de Clehoeve. Elle est également en partie propriétaire d’Uno, ce qui me permet de le garder encore un peu dans le sport avant de décider conjointement de la suite. De plus, peu de cavaliers pouvaient convenir niveau gabarit, c’est un cheval qui avait beaucoup de qualités, ce qui s’est confirmé par la suite. »

François jr Mathy lyon
Polinska des Isles à Lyon en 2014 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Quel bilan faites-vous de votre carrière jusqu’à présent ?

« C’est vrai que les Jeux Équestres Mondiaux de Rome remontent à un moment, en 1998, et après j’étais réserviste à Aix-la-Chapelle en 2006 quand j’avais Ivoire du Rouet, j’ai fait la finale coupe du Monde de Lyon en 2014… Je pense que je suis resté assez compétitif tout le long de ma carrière mais il est certain qu’avoir un cheval pour un championnat et être en forme au bon moment est quelque chose qui n’est pas facile. Chez nous en Belgique, on a un niveau qui est assez impressionnant pour le moment : cette année on a cinq cavaliers belges en finale Coupe du monde ! Et il n’y a que trois places sur les qualificatives de ce circuit donc ce n’est pas comme si chaque week-end il y avait eu cinq ou six Belges dans ces compétitions, on a vraiment un niveau assez important de chevaux et de cavaliers. Les derniers Jeux Mondiaux ne se sont pas très bien passés, mais les cavaliers sont allés à Barcelone avec leurs deuxièmes chevaux juste après où ils ont gagné la finale Coupe des nations donc c’est pour dire le réservoir qu’il y a et il est donc certain que rentrer dans l’équipe de championnat n’est pas chose facile ! »

Votre objectif pour 2019 est-il de réintégrer cette équipe belge ?

« Le premier objectif était la finale Coupe du monde et essayer de faire un résultat là-bas. Je pense qu’Uno est un cheval très régulier, très solide et que c’est un cheval de championnat. Bien sûr les Coupes des nations seraient une priorité pour moi par la suite : essayer de faire de bons résultats et de faire partie de l’équipe des championnats. Je pense qu’il y a assez de bons couples potentiellement qui peuvent y entrer. C’est important pour nous car comme nous ne sommes pas encore qualifiés pour les prochains Jeux Olympiques, ces Championnats d’Europe sont un évènement important cette année. Il restera la finale Coupe des nations de Barcelone mais c’est dans plus longtemps. »

Comment parvenez-vous à équilibrer vos vies personnelle et professionnelle ?

« J’essaie de trouver un bon équilibre avec ma vie familiale parce que c’est vrai qu’avec les concours on est souvent parti. J’essaie de voir mes enfants le plus possible entre les compétitions, donc c’est de la gestion. Heureusement j’ai un très bon piquet de chevaux et de bons jeunes chevaux pour l’avenir. J’ai d’ailleurs eu tous mes bons chevaux comme ça : à cinq ans et je les ai formés, mais l’avantage c’est que je n’ai pas dix chevaux qui doivent tourner dans les CSI 2* donc cela me permet de passer des week-ends à la maison. J’essaie de faire en sorte que mes élèves viennent dans les mêmes concours que moi et quand ce n’est pas toujours le cas, je délègue pour arriver à m’occuper de cette partie-là. C’est vrai que pour arriver à gérer tout ça, il faut arriver à faire des compromis dans tous les sens. »

François jr Mathy saut hermès
Saut Hermès © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Au niveau de tous les chevaux que vous avez pu monter, lequel vous a le plus marqué ?

« Kannan je pense, était quand même LE cheval. J’ai eu pas mal de chevaux mais il reste LE cheval qui sortait du lot car tout était facile pour lui. Il était brave, il avait les moyens, était fort, on avait vraiment l’impression de faire un autre sport en montant dessus. Qu’on arrive près, loin, vite ou doucement sur un obstacle, rien n’était difficile pour lui ! Pour moi c’était un cheval hors du commun.

Le cheval avec qui j’ai fait les Championnats du monde à Rome, Fior, était vraiment mon premier grand cheval qui m’a permis de faire les premiers résultats dans les Grands Prix de Calgary, Aix-la-Chapelle, ce genre de concours. Après j’ai eu Ivoire qui était aussi un cheval très généreux, qui m’a permis de rester à haut niveau, il a fait double sans-faute à Rome, dans les Grands Prix de Calgary… Il avait fait une bonne saison parce que j’étais tout de même réserviste à Aix-la-Chapelle. J’ai aussi eu D’Atlantique Royale et Polinska avec qui j’ai fait pas mal de résultats, été qualifié pour la finale coupe du Monde de Lyon… Maintenant avec Uno et Casanova, la vie continue ! »

Bien que cela fasse partie du métier, est-ce difficile de se séparer des chevaux ?

« La Team Harmony est vraiment une superbe partie de ma carrière, et avec Ingrid NORMAN, ce sont des chevaux que l’on achetait, dans lesquels on investissait, qui se sont toujours améliorés et que j’ai pu gérer comme s’ils étaient les miens et non pas des chevaux de commerce. Même si le commerce est quelque chose d’important et que j’apprécie, dans l’âme je suis davantage un sportif qu’un marchand et j’ai eu la chance d’avoir actuellement et d’avoir eu ces partenaires pour les garder. C’est sûr que lorsque le contrat avec la Team Harmony s’est terminé, Polinska et D’Atlantique étaient dans mes écuries depuis huit ans et faisaient partie de la famille. J’avais les chevaux avant d’être sponsorisé, mais ils devaient partir, donc c’était quand même dur. J’ai vraiment tout fait pour essayer de les garder à mes frais, mais ce n’était pas possible.

C’est sûr qu’on s’y attache beaucoup, ce sont des chevaux qui ont une personnalité incroyable : un cheval comme Uno est énorme mais on dirait un petit enfant ou un petit chien ! Il est tout le temps en train de chercher l’attention, de vouloir jouer avec nous… Quand son copain Casanova part il hurle pendant cinq minutes, quand il l’entend revenir il hurle aussi, c’est amusant ! »

Que vous apportent les réseaux sociaux, sur lesquels vous êtes très présents ?

« Au début, quand j’ai commencé, je n’étais pas trop intéressé, c’est mon cousin qui m’a poussé à me mettre sur Facebook. Puis le premier contact que j’ai eu, c’était un juge canadien qui avait retrouvé un vieux reportage sur la BBC sur les Jeux Olympiques de Montréal. J’avais recherché partout et n’avais jamais trouvé aucune image des parcours de mon père et c’était un super reportage qui avait été fait et on voyait une partie du parcours. Rien que pour ça, je trouvais que ça en valait la peine ! C’est vrai que Facebook je l’ai surtout fait pour avoir une visibilité professionnelle, et donc je mets très peu de choses personnelles dessus. Depuis quelques temps, je suis plutôt fan d’Instagram que je trouve beaucoup plus agréable, un peu plus personnel notamment avec les stories. »

Crédit photo à la Une (François Jr MATHY) : Pierre COSTABADIE / Scoopdyga.com

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.