Véritable pilier de l’équipe de France depuis quelques années, Cédric ANGOT a vu sa meilleure monture Saxo de la Cour quitter ses écuries au profit de l’Ukraine. Le champion originaire de Normandie revient pour nous sur les meilleurs moments passés en compagnie de son fils de Dollar de la Pierre, mais également sur sa façon de voir le haut niveau. Rencontre…

Une semaine après le départ de Saxo, comment vivez vous de voir son box vide ?

« J’ai acheté Saxo dans l’hiver de ses six à sept ans, donc ça faisait cinq ans qu’on l’avait. Cependant, j’ai quarante-sept ans et ça fait donc un bout de temps que je fais ce métier-là, voir des chevaux partir ça fait partie de ma vie. C’est certainement plus difficile pour ma groom et pour mon fils, c’est sûr. Ils vivaient les cinq étoiles et le haut niveau à travers Saxo. Retrouver un cheval de ce niveau, je ne dis pas que c’est compliqué mais pour en avoir un dans les mois à venir ça va être difficile… Cependant j’ai de bons jeunes qui arrivent, je suis assez confiant. »

Quelle partie de son caractère va le plus vous manquer ?

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« Ce qui m’a marqué dans son caractère c’est que lorsqu’on le sortait du box et qu’on montait dessus, on se serait cru sur un cheval de club. Je pouvais mettre mon fils, qui ne monte pas, dessus en longe et il ne bougeait pas. Cependant quand la machine se mettait en route, il fallait tenir dessus parce qu’il pouvait vous envoyer des cacahuètes. C’est vraiment la force cachée, c’est un cheval qui stressait plus par rapport au cavalier et à la façon de le monter. Si on était trop dur, plus rien ne fonctionnait, il devenait tout raide et on ne pouvait plus rien en tirer, il avait peur de tout… D’ailleurs c’est peut-être pour ça qu’il est arrivé sur le tard à haut niveau : comme je l’ai connu justement délicat, où il ne fallait pas trop bouger et ne pas trop mettre de pression, je suis resté sans trop y toucher pendant son année de huit ans. Ça peut expliquer pourquoi il a mis un peu de temps à venir à son meilleur niveau. »

Quel moment a-t-il laissé à jamais gravé dans votre tête ?

« Des satisfactions et des souvenirs, j’en ai pas mal. La première grosse satisfaction c’est quand il était quatrième du championnat de France des sept ans. J’ai fait une faute idiote le deuxième jour, si je ne l’avais pas faite il aurait été champion de France donc ce moment reste un bon souvenir, surtout parce qu’il était vraiment à fabriquer donc je n’allais pas plus vite que la musique, je ne l’ai pas brusqué et j’ai bien fait car il m’a redonné tout ça les années suivantes. Sinon sur les plus belles pistes, le double sans-faute qu’il a fait à Calgary c’est vraiment top. Il y a également eu sa première Coupe des Nations à neuf ans, toujours à Calgary. Je faisais huit points en première manche de ma faute car je mets un peu trop de jambe sur le mur puis il fait faute à la rivière. En sortant de piste j’étais certain qu’il allait être sans-faute en deuxième manche et il l’est. C’est un cheval dont vous pouviez prévoir la performance qui allait arriver dans les semaines suivantes, quand tout était réuni . Là c’était sûr que j’allais faire une performance, c’était déjà tout écrit mais voilà le destin en a voulu autrement. »

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Saxo de la Cour lors du Grand Prix Hermès en 2018 © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Savez-vous si c’est Oleksandr ONYShchenko qui va le monter ou s’il va le confier à un cavalier ?

« Il veut qualifier l’équipe ukrainienne pour les prochains Jeux Olympiques donc le cheval arrive vraiment dans cette optique-là. Lui il est venu l’essayer, ça n’allait pas du tout. Je lui ai donc dit d’amener un autre cavalier parce qu’il voulait vraiment le cheval, donc il est venu avec Ferenc SZENTIRMAI, normalement c’est pour lui. Là il est à Oliva, il m’a pris tous mes mors parce qu’il veut essayer ce qui va le mieux. »

On peut penser qu’il a été bien vendu, allez-vous investir dans nouveaux chevaux ?

« J’ai assez de chevaux, donc j’ai dit à ma femme (Eugénie ANGOT, ndlr) de prendre de l’argent de Saxo pour s’acheter un cheval. C’est dommage qu’une cavalière de ce talent-là n’ait pas un cheval pour aller faire du haut niveau. Depuis que Davendy S a été vendue, elle n’a pas eu de très bons chevaux donc elle va prendre un peu de cet argent et investir pour faire du haut niveau. Soit elle va acheter des jeunes, soit des chevaux un peu plus expérimentés,  comme elle le veut. Moi j’en ai assez derrière, en espérant refaire des beaux concours. »

Impressionnant depuis quelques mois, pensez-vous que Talent va pouvoir prendre la relève ?

« Oui il est très bien depuis quelque temps, mais entre deuxième cheval et cheval de tête je pense qu’il y a une marge. Le cheval de tête, on compte sur lui, le deuxième cheval si ça passe tant mieux, si ça ne passe pas tant pis. Je pourrai répondre à cette question dans quelques mois parce qu’il est passé cheval de tête seulement maintenant, donc on verra s’il tient bien la pression. Après sincèrement je ne pense pas qu’il ait les qualités de Saxo pour sauter 1.60m mais il est assez surprenant dans ses résultats depuis quelques mois, il évolue dans le bon sens. »

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Talent des Moitiers passe de numéro deux à leader © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Alors que vous deviez aller à Lyon, vous vous retrouvez à Equi-Pondi, que pensez-vous de ce concours indépendant ?

« Equi-Pondi et les concours en Bretagne plus généralement nous accueillent toujours bien, la qualité du sol est super, le parc d’obstacles est normal mais très sympathique. C’est vrai que j’aime bien venir en Bretagne. J’aurais pu maintenir ma participation au CSI 5* de Lyon mais c’est idiot de prendre la place de quelqu’un qui aurait été susceptible de faire le Grand Prix, Talent aurait fait les petites épreuves et peut-être la grosse du premier jour. J’aime autant être ici sans pression avec les copains et passer un bon moment. J’ai amené trois chevaux, Talent, Azard, un huit ans qui ne va pas être mal, et Uxann, qui est à un élève. Azard va faire des gros parcours, je ne peux pas dire encore s’il fera des 1.60m mais il fera 1.50m sans soucis. »

Vous parlez d’un élève, c’est important pour vous de transmettre ?

« On a deux élèves chez nous, personnellement ce n’est pas ce que je préfère contrairement à Eugénie qui adore ça. Le problème va se poser quand on arrêtera de monter à cheval, je n’espère pas avant une dizaine d’années mais à un moment donné il faudra bien continuer à vivre de notre métier après avoir fait carrière à haut niveau, donc à ce moment-là je pense qu’on prendra plus d’élèves avec nous. Ce sont les propriétaires d’Uxann qui ont investi pour moi dans Ulteam de Launay, c’est un grand cheval qui était en Bretagne d’ailleurs. Je n’ai pas encore fait tout le tour de la question avec lui mais je pense qu’il a un gros potentiel. »

Le haut niveau est important pour vous ?

« C’est souvent une question d’opportunité, j’ai fait les Juniors et les Jeunes Cavaliers avec de très bons chevaux. Ensuite j’ai roulé ma bosse à droite à gauche. Ça fait maintenant six ans que je suis à haut niveau avec l’arrivée de Rubis de Preuilly et ensuite Saxo. Le piège qui s’est avéré pour de nombreux cavaliers, c’est qu’avec un top cheval, on fait du haut niveau parce qu’on rêve de faire ça, mais on oublie de construire derrière et quand le cheval en question est vendu ou part en retraite, on disparaît avec lui. Moi ce n’était pas ma philosophie, mon but était quand même de faire du haut niveau mais de rester réaliste. Il faut gagner de l’argent et vivre correctement. Je suis bon vivant, j’ai une passion qui est la chasse, ça coûte de l’argent. J’ai une famille, j’aime partir en vacances, donc oui, gagner de l’argent est important en rentabilisant notre système, en coachant, formant et vendant des chevaux… J’essaie tout de même de garder un ou deux chevaux et les cacher pour faire du haut niveau. Je suis en train d’essayer de mettre ça en place et c’est vrai que le commerce fait que vous ne vendez que les chevaux qui vont bien. Les autres on ne les vend jamais. Il faut savoir jusqu’à quel point vous être capable de garder votre cheval ou de le vendre. Je ne suis pas assez riche pour me permettre de ne pas vendre mes chevaux. »

Avec une femme et deux frères qui montent à cheval à haut niveau, comment se passe les repas de famille ?

« On parle un peu de cheval à table oui, mais aussi et surtout beaucoup de chasse. Tout le monde chasse dans ma famille, il n’y a que ma femme qui ne baigne pas là-dedans, et qui fait d’ailleurs un peu la tête quand je vais trop souvent à la chasse ! »

Propos recueillis par Alan CARARIC.