Étudiante dans l’une des plus prestigieuses universités au monde, à vingt-et-un ans Lillie KEENAN ne brille pas seulement au niveau académique mais aussi dans le monde du saut d’obstacles. Membre des équipes américaines décrochant la victoire aux Coupes des Nations à Dublin et Calgary, elle peut compter sur Super Sox et Fibonacci 17 pour l’emmener le plus loin possible. Rencontre avec ce jeune talent.

Etant étudiante à Harvard à plein temps, que ressentez-vous lorsque vous parvenez à vaincre des cavaliers qui vivent de ce métier ?

« Dans le cadre des Coupe des Nations, il faut se rappeler que c’est une compétition d’équipe et c’est d’ailleurs cela qui les rend aussi brillantes ! La victoire n’a pas été permise uniquement grâce à moi, et je pense que c’est grâce à toute l’équipe qui est derrière que ce résultat est possible. J’ai la chance de pouvoir faire les deux : concilier études et équitation à haut niveau. Il ne me reste que deux ans avant d’obtenir mon diplôme et je souhaite tirer le meilleur profit de mon éducation et pouvoir l’appliquer à ma vie de tous les jours. Cependant je veux devenir cavalière professionnelle et monter à plein temps pour le reste de ma vie ! »

Pouvez-vous nous parler de votre expérience en Coupes des Nations ?

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« J’avais déjà sauté des Coupes des Nations auparavant en participant notamment à la finale du circuit à Barcelone l’année dernière. J’avais d’ailleurs réalisé un sans-faute avec mon cheval Super Sox. Je suis ensuite venue pour la première fois à Dublin, mon coach Cian O’CONNOR étant irlandais ce concours est important pour lui, et c’est donc également le cas pour moi. Je suis de loin la moins expérimentée des cavalières qui ont composé l’équipe américaine pour cette étape CDN donc pouvoir concourir et savoir que mes coéquipières allaient réussir à tirer leur épingle du jeu et à nous emmener jusqu’au bout m’a donné confiance en moi ! De plus je connais très bien mon cheval : je l’ai depuis qu’il a huit ans et aujourd’hui il en a onze. Cian O’CONNOR et son équipe ont fait en sorte que j’aille à tous mes cours d’équitation et que j’arrive à Dublin en confiance totale afin que je fasse de bonnes performances, ce qui a été le cas. Je veux faire le meilleur possible et j’essaie de rester calme et d’être un membre à part entière de l’équipe. Je pense que la particularité mais également la difficulté des Coupes des Nations est que vous sautez le même parcours à deux reprises, peut-être que les chevaux se retrouvent plus fatigués au deuxième tour et qu’ils savent où aller, ou bien les cavaliers eux-mêmes ressentent de la fatigue. J’ai essayé à Dublin de régler des choses qui n’aillaient pas lors de la deuxième manche et au final mon résultat a été moins bon que lors de mon premier parcours, mais mon cheval s’est battu pour moi tout le long. C’est ce qui fait des Coupes des Nations ce qu’elles sont aujourd’hui et à mon avis il est indispensable que nous conservions des équipes de quatre cavaliers. Dans le cas des Etats-Unis par exemple, nos scores ont été tous différents pour chaque manche et cela a d’ailleurs été le cas pour toutes les équipes. Je pense que c’est pour cela qu’il est important que le format reste tel qu’il l’est aujourd’hui (rappelons qu’a été validé le fait que les prochains Jeux Olympiques se courront par équipes de trois cavaliers et non plus quatre, ndlr.). »

Montez-vous avec la même motivation lors des Coupes des Nations en Europe alors que les Etats-Unis ne se battent pas pour des points sur ce circuit ?

« Je ne pense pas que nous nous focalisions sur les points que nous avons lorsque nous montons et d’ailleurs nous étions déjà qualifiés pour la finale du circuit à Barcelone lorsque nous montions à Dublin cette année. À chaque concours auquel nous participons et plus particulièrement lors d’événements tels que l’Aga Khan, nous entrons en piste pour gagner. Comme notre chef d’équipe Robert RIDLAND l’a dit, il a essayé de composer une équipe très forte et j’ai été très chanceuse de pouvoir faire partie de la même équipe que ces femmes (Lauren HOUGH, Laura KRAUT et Beezie MADDEN). Peu importe le nombre de points que nous avons, nous devons nous battre et lorsque vous portez cette veste et représentez votre pays, l’objectif est de rendre ce pays fier. »Lillie KEENAN cavalière CSIO Dublin

Pensiez-vous courir des Coupes des Nations avec Super Sox ?

« À vrai dire, beaucoup de personnes doutaient de Super Sox quand je l’ai acheté à ses huit ans, j’ai toujours cru en lui et j’étais pratiquement la seule à penser à cela. La première sensation que j’ai eue lorsque je l’ai essayé était incroyable, c’était une impression si particulière que je ne trouve pas les mots pour la décrire ! Mais il n’était pas un choix évident car comme je l’ai dit, peu de gens croyaient en lui et beaucoup l’avaient essayé, vu et n’avaient pas pensé qu’il deviendrait le cheval qu’il est à présent. Je pense que ces personnes s’en mordent les doigts maintenant ! Aujourd’hui Super Sox est mon meilleur ami : il est tout pour moi, il fait partie de moi et je le connais comme le dos de ma main ! »

Cela a-t-il été compliqué de parvenir à ce niveau ?

« Oui bien sûr et je pense que tout est compliqué peu importent les objectifs que vous vous fixez : cela fait partie du défi et ce qui rend le spot intéressant, c’est pour cela que vous vous battez pour faire ce qui est juste. Je me suis fixée des objectifs très ambitieux et il est important que je me batte et que je croie en moi. J’ai de la chance d’avoir un cheval aussi spécial qui m’ait tant donné et continue encore à me donner autant qu’il le fait aujourd’hui, mais je ne savais pas ce qui allait se passer quand j’ai commencé et il est certain que la route n’a pas été facile ! Cependant je ne suis pas arrivée jusqu’au bout : j’ai encore un long chemin à parcourir. Même si notre victoire à la Coupe des Nations de Dublin est bien évidemment un événement à célébrer, je ne vais pas m’arrêter de travailler pour autant. »

Pouvez-vous nous parler un peu de Fibonacci 17 que vous avez récupéré cette année ?

« Parmi tous les chevaux que j’ai pu avoir, Fibonacci est de loin le plus expérimenté. Super Sox n’avait jamais sauté de parcours à 1.60m ou de Coupe des Nations avant que je ne l’achète alors que Fibonacci a participé aux Jeux Olympiques où il a remporté une médaille, ce qui est très impressionnant ! Je ne le connais pas encore très bien pour le moment et nous sommes encore à ce stade d’apprentissage ensemble. Fibonacci est incroyable et nous travaillons pour nous imposer au haut niveau en tant que couple. Pour l’instant je pense que nous avons fait de superbes parcours et je crois vraiment en lui ! »

N’avez-vous pas ressenti de la pression lorsque vous l’avez acheté ?

« Evidemment il est dur d’oublier que le cheval est extrêmement connu : à tous les concours où je vais les gens crient « Nacho, Nacho, est-ce que je peux prendre une photo avec Nacho ? ». Mais je pense que c’est ce qui est génial avec ce cheval : pouvoir monter un cheval qui a déjà une place dans le haut niveau. Meredith MICHAELS-BEERBAUM a appris au cheval ce qu’il sait faire et maintenant c’est à lui de m’apprendre. Je vois toute cette situation de ce point de vue et cela me permet de ne pas trop me soucier de la possible pression ou des attentes des gens. Le cheval n’a aujourd’hui plus rien à prouver et je pense qu’il pourra m’apprendre beaucoup et que nous avons un beau futur ensemble devant nous. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

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