Aussi discrète que talentueuse, Félicie BERTRAND a été cette année littéralement propulsée sur le devant de la scène. Après le départ de Pénélope LEPRÉVOST du Haras de Clarbec, elle a entre autres eu l’honneur, avec Nicolas DELMOTTE, de pouvoir compter sur plusieurs cracks de la famille MEGRET. Désormais médaillée d’or en individuelle et d’argent par équipes aux derniers Jeux Méditerranéens avec l’impétueuse Sultane des Ibis, la cavalière de trente-six ans revient pour nous sur ses débuts, son étroite collaboration avec le célèbre Haras français, et bien plus encore…

Comment avez-vous mis le pied à l’étrier ?

« J’ai grandi avec les chevaux, mon père a une grande écurie de propriétaires et mon grand-père maternel est l’éleveur du célèbre étalon Royal Feu ! Je suis donc vraiment née autour des chevaux et cela a été complètement normal pour moi de monter dès l’âge de trois ans, et d’en faire mon métier un peu plus tard. »

Vos parents étaient-ils du même avis que vous à l’idée d’avoir une carrière dans les chevaux ?

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« Mes parents n’étaient à la base pas du tout pour que je fasse une carrière de cavalière, comme je le serai avec ma fille je pense (rires !). C’est un métier qui est difficile, comme tous ceux dans le monde du cheval. Ils m’ont cependant toujours laissé monter à cheval, mon père était heureux que je vienne en concours avec lui jusqu’à mes dix-huit ans. J’ai passé ensuite mon Bac puis j’ai commencé un BTS Communication des entreprises à Paris. J’ai choisi cette voie parce qu’il fallait que je trouve un truc, je n’avais pas vraiment d’idée et je crois que c’est ce qu’on fait quand on n’a pas trop d’idées, non ? (rires !) Je prenais le train tous les matins et soirs et je me suis très vite dit : « Non ça ne va pas être possible du tout ». Donc un jour je leur ai clairement dit que je voulais faire ma vie dans les chevaux et ils m’ont alors obligé à aller voir ailleurs pour que je puisse faire ma propre expérience. J’ai commencé chez Miguel FARIA LEAL à côté de Gaillon où je suis restée un an, ensuite j’ai été un an chez Daniel BIANCAMARIA avant d’arrivée chez les MEGRET. »

Parlez nous de votre collaboration avec le Haras de Clarbec, avec lequel vous avez déjà eu une expérience !

« Ma première expérience avec le Haras de Clarbec remonte à une dizaine d’années. J’ai  travaillé là-bas en tant que cavalière pour monter les jeunes chevaux durant quatre ans et demi. J’en garde un très bon souvenir riche en expérience. C’était ma première place de cavalière où j’ai pu faire de bonnes épreuves, de beaux concours, monter de bons chevaux…  J’y ai entre autres débuté Nayana de quatre à sept ans, la jument de cœur des MEGRET et qui plus est une fille de Royal Feu ! C’était vraiment quatre belles années. J’ai ensuite voulu me mettre à mon compte, je suis donc partie. Ce qui s’est ensuite passé, il y a deux ans, les MEGRET avaient acheté Creta LS La Silla que j’avais déjà monté lorsqu’elle avait six ans. Ils m’ont donc appelé pour de nouveau monter cette jument et de fil en aiguille ils m’ont confié un autre cheval, puis un autre… J’ai aujourd’hui un très bon piquet de chevaux grâce à eux dont Creta qui avait bien évolué depuis ! »

Quelles sensations avez-vous eu lors des débuts de Nayana ?

« C’est toujours difficile de dire ce que les chevaux sont capables de faire lorsqu’ils ont quatre ans, mais il est vrai qu’avec Nayana il y avait un petit truc en plus. On sentait qu’elle avait une puissance et des moyens incroyables. A quatre ans, elle sautait déjà deux mètres au-dessus des obstacles. Il faut aussi que tous les facteurs environnants durant la formation de ces chevaux soient optimaux. Nous voyons tellement de jeunes bons chevaux aujourd’hui que se soit en vrai, en vidéo, qu’ils aient quatre, cinq ou six ans, qu’il n’est pas facile de détecter celui qui fera des Coupes du Monde ! J’ai regardé dernièrement une vidéo de Pret A Tout lorsqu’il avait cinq ans, et franchement il ne faisait pas rêver (rires !). »

Ressentez-vous une certaine pression lorsque vous montez les anciens chevaux de Pénélope LEPRÉVOST ?

« Non pas du tout, aucune pression. Lorsque j’ai récupéré Sultane des Ibis, elle ne la montait plus depuis un certain moment. Comme tous ses anciens chevaux, ils ne venaient pas directement de chez elle et ils étaient passés entre-temps sous la selle d’autres cavaliers du Haras de Clarbec. »

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Sultane des Ibis, rélévée au plus haut niveau par Pénélope LEPRÉVOST, l’ancienne cavalière de Clarbec © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Vous avez eu de très belles performances avec tous ces chevaux, attendiez-vous a une telle montée en puissance ?

« Absolument pas ! Je ne m’attendais pas à ce que tout aille aussi bien, aussi vite ! A la base les MEGRET m’avaient appelé pour monter Creta LS La Silla. Je ne m’imaginais pas, il y a un an, tout ce chemin déjà parcouru. En fait, c’est surtout avec Sultane avec qui ça a tellement bien matché dès le début que les résultats se sont enchaînés rapidement. Elle avait déjà du métier et on s’est tout de suite trouvées. »

Justement parlez nous de Sultane des Ibis ! Peut-elle encore passer un cap pour s’illustrer en Grands prix CSI 5* ?

« Ah Susu ! Au box je dis à tout le monde que c’est un amour de jument, c’est une petite poupée de porcelaine qui ne bouge pas, qui fait attention à nous, qui fait des câlins, elle est vraiment adorable. Par contre quand elle rentre en piste, elle se transforme en lion ! Elle a vraiment deux personnalités différentes. Elle est très Quidam de Revel en piste, très hargneuse. Sur un parcours, elle donne tout ce qu’elle peut, elle a envie de bien faire, elle se bat pour son cavalier, c’est vraiment chouette ! Bien sûr que je pense aux CSI 5* et j’ai vraiment envie d’en faire avec elle. Tout ce que l’on a fait jusqu’à présent, je ne l’ai jamais senti forcer, jamais sentie dans le rouge donc cela serait une belle opportunité. »

Vous avez été doublement sacrée au Jeux Équestres Méditerranéens, pouvez-vous revenir sur cette échéance ?

« Il n’y a pas vraiment eu de préparation pour Sultane. Nous avons sauté quelques petits parcours à Fontainebleau la semaine précédente dans le but de la « dégazer » un peu. Elle a besoin d’être relâchée et d’être vraiment dans l’esprit du concours pour bien sauter. A Barcelone, aux Jeux, elle a réalisé les meilleurs parcours car elle avait sauté la semaine précédente.

Au niveau des Jeux en tant que tel, j’ai adoré. Nous avons passé une super semaine où nous étions une équipe soudée avec un très bon état esprit. Le format de ces championnats est différent de ce que l’on a l’habitude de voir puisqu’il y a la warm-up, puis le lendemain la Coupe des Nations avec barrage des quatre cavaliers des équipes ex-aequo. C’était un peu long en terme de stress, avec la Coupe des Nations on vibre quatre fois, trois fois : lors de notre passage et lors de ceux des autres dans les deux manches et au barrage ! Nous avons en effet dû nous remettre tous les quatre à cheval pour barrer contre le Portugal, donc nous avons vécu une longue après-midi. Et rebelote deux jours après pour l’épreuve individuelle précédée d’une journée de repos ! Ce que j’ai trouvé de bien avec ce championnat, c’est que nous conservions nos scores du début à la fin. Ce que j’ai trouvé un peu difficile c’est de faire partir les quatre cavaliers au barrage pour la Coupe des Nations, un seul suffirait. Je suis rentré de ces championnats complètement lessivée mais enchantée. Les résultats étaient au rendez-vous avec à la clé une médaille d’argent par équipes et une d’or en individuelle. »

Ces titres vous ont-ils déjà ouvert des portes ?

« En effet grâce a ce titre j’ai pu obtenir une sélection au CSIO 5* de Gijón. J’espère ensuite pouvoir réaliser d’autres CSI 5*. Je m’étais toujours dit que les CSI 5* n’étaient pas une fin en soi mais que si un jour j’avais l’opportunité, les chevaux et tout ce qui va avec pour le faire, je ne refuserais pas non plus. Je suis compétitrice, j’aime faire du concours, ça serait stupide de refuser. »

Comment arrivez vous à concilier votre activité et le Haras de Clarbec ?

« J’habite à quatre kilomètres du Haras de Clarbec. Tous les chevaux des MEGRET sont basés dans leurs installations. Ils aiment bien les avoir chez eux et ça ne me complique pas pour autant la vie donc c’est sympa de pouvoir concilier les deux. En plus de cela, c’est un Haras qui est tellement magnifique que c’est un plaisir d’aller y monter, et très agréable de pouvoir en profiter un peu. A côté de ça, j’ai des chevaux en pension qu’on me confie au Pôle international du cheval à Deauville. Je partage donc mon temps entre ces deux écuries qui sont à quinze minutes l’une de l’autre. C’est assez confortable d’arriver à gérer les deux entités. »

Nous vous voyons très présente sur le circuit Jeunes Chevaux, former les cracks de demain est l’une de vos principales motivations ?

« Pour être franche je n’avais jamais eu de grandes ambitions de haut niveau. J’adore monter à cheval, j’adore former des jeunes chevaux. Avant de retravailler avec les MEGRET, j’ai travaillé trois ans chez Christian HERMON qui m’a appris un peu plus le niveau commerce, chose que je ne faisais pas de trop. Les gens me confient souvent des chevaux qui sont à vendre parce qu’ils estiment qu’ils sont assez bien mis en valeur et qu’ils sont bien formés. Former les jeunes chevaux je trouve que c’est vraiment intéressant, c’est chouette et au bout de ça arriver à les vendre, c’est un travail abouti. »

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.

Retrouvez également l’interview en vidéo de Geneviève MEGRET, propriétaire du Haras de Clarbec, sur notre chaîne Youtube !