A seulement dix-neuf ans, Harry CHARLES est le double champion d’Europe jeunes cavaliers en titre. Depuis son couronnement à Fontainebleau en juillet, le jeune anglais a vu sa vie changer du jour au lendemain, et peut déjà se vanter d’avoir non seulement participé au mythique CHIO d’Aix-la-Chapelle mais également à son Grand Prix ! Fils du champion olympique par équipe de Londres, Peter CHARLES, Harry est aujourd’hui plein d’ambition. Rencontre !

Peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Harry CHARLES, j’ai dix-neuf ans et suis basé à Hampshire en Angleterre, dans les écuries de mon père. J’ai en ce moment cinq à six chevaux qui sautent au niveau 5*. Je suis encore novice à ce niveau, ce n’est que mon troisième CSI 5* à Londres et j’apprends encore beaucoup. Monter est venu assez naturellement, j’ai eu un petit poney quand j’étais jeune mais je n’ai pas pris les choses au sérieux avant mes quatorze ans. Je montais juste pour m’amuser et ensuite je me suis rendu compte que je voulais peut-être faire quelque chose avec ça. »

Félicitations pour ton double titre de champion d’Europe jeunes cavaliers à Fontainebleau le mois dernier !

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« Merci, c’était la première fois que je venais à Fontainebleau et c’était une piste vraiment unique, les dénivelés ont tout rendu très difficile. Le chef de piste a fait un travail incroyable, chaque parcours était compliqué et si vous regardez les résultats, les scores sont assez lourds, mais ça devrait être comme ça, ça doit être dur. Il a fait un superbe travail et a utilisé la piste pour avantager ou désavantager tout le monde, donc c’était génial ! Pour moi c’était une super semaine que je n’oublierai pas. La finale était compliquée, je crois qu’il n’y a eu que deux double sans-fautes, et les obstacles étaient gros et c’était technique.

Mes premiers championnats d’Europe étaient en 2013 et depuis j’ai eu la chance d’être sélectionné chaque année pour les Europes, donc je fais partie de l’équipe depuis pas mal d’années maintenant. Cette année j’ai eu l’opportunité de participer à ma première Coupe des Nations senior au Danemark. Ça ne s’est pas passé exactement comme prévu mais c’était une super chance et j’ai beaucoup appris, avec un peu de chance je serais sélectionné pour une autre Coupe, on doit juste continuer à travailler. J’ai encore deux ans dans les jeunes cavaliers mais je ne pense pas pouvoir faire mieux que ces Europes avec deux médailles d’or. Si j’étais sélectionné pour faire partie de l’équipe l’année prochaine je serais très heureux d’y retourner, mais si j’ai la chance de monter dans les seniors j’aimerais foncer. »

Tu souhaites donc te concentrer sur les CSI 4* et 5* ?

« C’est très dur d’obtenir des invitations et d’être sélectionné sur les gros concours 4* et 5*, et je m’estime très chanceux de faire partie de la Young Riders Academy, ils m’ont permis de participer à de superbes concours comme Aix-la-Chapelle qui est probablement le plus gros concours du monde ! C’est aussi génial que le Global Champions Tour m’ait laissé sauter à Londres, j’en suis vraiment reconnaissant. Ma priorité serait de me focaliser sur ces compétitions-là, travailler dessus et me construire un piquet de chevaux. »

A ce sujet, que penses-tu de la Young Riders Academy ?

« C’est génial, c’est un super concept qui m’a déjà beaucoup aidé cette année. Je vais m’entraîner avec les meilleurs cavaliers du monde et j’ai vraiment hâte. J’espère pouvoir progresser, moi-même, mes chevaux et mes résultats. »

Parle-nous un peu de ton piquet de chevaux.

« Mon meilleur cheval s’appelle ABC Quantum Cruise, il n’a que neuf ans mais il ne fait que progresser avec tous les parcours qu’il saute ! On va continuer avec lui l’année prochaine, viser quelques Coupes des Nations senior et qui sait, les championnats d’Europe ! J’ai aussi un autre très bon cheval, Vivaldi du Dom, celui des Europes. En ce moment il se repose mais on va le remettre en route pour la saison indoor. Il a plus d’expérience : il a treize ans et il va probablement rester avec nous pour le reste de sa vie maintenant.

J’ai aussi un très bon neuf ans mais qui n’a été débourré qu’à six donc il est encore très jeune dans sa tête, mais il a vraiment beaucoup de potentiel et je ne doute pas qu’il puisse arriver au niveau 5*. Ça va prendre du temps mais il est très talentueux et je suis très content de l’avoir. J’ai également un cinq ans mais il est loin d’être totalement prêt. »

harry charles
© Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE

Comment as-tu vécu le CHIO d’Aix la Chapelle, qui était d’ailleurs ton premier concours 5* ?

« Aix m’a ouvert les yeux, j’ai gagné la première épreuve qualificative du Grand Prix et je me suis dit « bon dieu c’est haut » ! Toute la semaine a été une expérience que je n’oublierai jamais, c’est un concours différent de tous ceux auxquels j’ai pu participer. Pouvoir me qualifier pour le Grand Prix pendant ma première année à ce niveau… Je n’avais jamais vu des obstacles aussi gros de ma vie ! C’était une super expérience, j’ai adoré ça ! »

Penses-tu donc faire une carrière dans le saut d’obstacles comme ton père ?

« C’est ma première année hors de l’école et ma vie a pris un autre tournant, c’était fou ! Je vais pleinement me lancer dans une carrière dans l’équitation mais ce qui est bien avec la Rolex Academy c’est qu’ils nous donnent aussi des cours, de l’économie et du business par exemple, donc on continue à apprendre, on est éduqué.

Avant j’étais à l’école, je passais mes examens mais c’est arrivé à un point où on a su qu’il fallait prendre une décision : me concentrer sur les chevaux ou mes études. Il a fallu un peu persuader ma mère mais maintenant elle dit que c’était le bon choix. C’était une période compliquée pour mon père puisqu’il devait monter tous les chevaux et je ne pouvais pas renter à la maison avant 17h. Ensuite je montais trois chevaux jusqu’à 20h et l’équipe n’aimait pas ça, tout le monde était fatigué. C’était donc très dur quand j’allais encore en cours mais maintenant c’est plus facile, je peux commencer le matin et travailler les chevaux toute la journée. »

Que penses-tu du circuit Global Champions Tour qui a changé le monde du saut d’obstacles ?

« L’argent qui y est investi est incroyable, je n’avais jamais été à un de ces concours, c’est la première fois que j’y participais et c’est un peu un concours surprise qui apparaît à Londres ! La foule a adoré le samedi avec les gros obstacles, les gros parcours. C’est un style complètement différent à Hickstead ou Aix la Chapelle. J’adorerais en refaire un cette année ou l’année prochaine, mais on verra ce qui se passe mais c’était un vrai privilège d’y être cette année. »

Premier LGCT pour toi et déjà qualifié au barrage, comment l’as-tu vécu ?

« Être contre Ben MAHER, Scott BRASH, Michael WHITAKER au barrage était un rêve d’enfant : trois légendes du saut d’obstacles ! Pour être honnête, le parcours du barrage ne convenait pas vraiment à mon cheval qui est un peu dur du côté droit et le premier virage était un demi-tour à droite. J’ai assez bien commencé mais j’ai fait une erreur quand j’ai rajouté une foulée devant un obstacle. J’ai vu Scott en faire huit et c’est ce que j’aurais dû faire, mon cheval a une grande amplitude donc avec une de moins, j’aurais été rapide sur le dernier et je n’aurais pas été loin de la troisième place. Je savais que je n’allais pas gagner en entrant en piste mais j’étais content, rien que de me qualifier pour le barrage était fantastique de toute façon ! »

Quels cavaliers anglais admires-tu ?

« Je pense à Nick SKELTON, il est incroyable et, dans ceux qui montent encore, Scott BRASH. Ce qu’il a fait samedi à Londres dans le Grand Prix CSI 5* était exceptionnel ! J’étais bouche-bé en le regardant, il faut faire quelque chose de spécial pour le battre ! »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.