Seule concurrente à avoir conclu ses quatre parcours des championnats de France des cavalières sans pénalité, Mélie GOSA, vingt ans seulement, est logiquement repartie avec le titre. Mais alors qu’elle rêve de haut niveau, elle doit d’abord faire face à la réalité du saut d’obstacles où l’aspect financier prend une place des plus importantes. Rencontre !

Les gens ne te connaissent pas encore, peux-tu nous parler un peu de toi ?

« J’ai commencé à monter lorsque j’avais trois ans, un peu par hasard puisque mes parents n’étaient pas du tout issus de ce milieu-là. J’ai débuté la compétition à  huit ans. L’équitation a toujours pris une place importante dans ma vie, je me suis essayée au tennis, au handball et à d’autres activités mais je suis toujours revenue à ce sport. Quand j’étais petite, je m’avançais un maximum dans mes cours au collège pour pouvoir aller monter mes chevaux par la suite !

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En 2014, j’ai intégré l’écurie de Benjamin NEGRON afin de commencer sérieusement la compétition à cheval. C’est aussi à ce moment-là que j’ai acheté Alouette. Puis j’ai passé deux ans au sein des écuries de Romain DREYFUS qui m’a énormément apporté, où nous sommes passées des épreuves amateur élite à notre première ranking à 1.45m et une victoire dans le GP à 1.40m au CSI 1* de Montpellier. Entre temps, j’ai passé mon bac et pris la décision de prendre une année pour essayer de faire de ma passion mon métier. La famille DREYFUS a toujours été là pour moi et je leur dois beaucoup ! En début d’année, j’ai eu une opportunité chez Raphaël GOEHRS et je me suis lancée ; je suis installée chez lui depuis le mois de février et pour le moment tout se passe très bien, c’est quelqu’un qui travaille énormément et toujours dans la bonne humeur. Il est très abordable et sa famille a tout de suite été très accueillante. Son système convient très bien à Alouette et je pense qu’il a beaucoup à m’apprendre. »

Et ta jument Alouette d’Eole, peux-tu nous la présenter ?

« C’est une jument que j’ai achetée à six ans directement à l’éleveur Patrick BIZOT de l’élevage d’Eole. Elle a été montée par Stéphane DUFOUR durant ses années de quatre et cinq ans. À la base, ce n’est pas elle que j’étais venue essayer mais c’est avec elle que je suis repartie. Ce n’était pourtant pas gagné au départ, l’essai a été plutôt compliqué, elle avait beaucoup de sang, j’avais un peu de mal à la gérer, mais j’ai eu un sentiment extraordinaire et je me suis dit que c’était avec elle que je voulais tenter l’aventure !

Avec ma sœur on l’appelle « le poney de club » car c’est vraiment une jument très facile à vivre au quotidien, elle me suit partout. Lorsque l’on part en balade, on se retrouve toujours dernières car elle s’arrête à chaque touffe d’herbe. Mais une fois en piste tout est différent c’est une vraie guerrière, elle a du sang, elle est très respectueuse et surtout elle a un cœur énorme !  Parfois j’ai même le sentiment qu’elle a plus envie que moi (rires) ! » 

Elle attire toutes les convoitises, est-elle à vendre ?

« Mon souhait serait de ne pas la vendre, j’ai déjà refusé de grosses offres. C’est toujours très difficile de refuser d’importantes propositions, j’y réfléchis beaucoup à chaque fois mais on partage vraiment quelque chose d’unique et elle est ma chance d’arriver à atteindre le haut niveau dont je rêve depuis toujours alors pour le moment, tant que je peux, je la garde ! » 

C’était ta première participation à un championnat de ce niveau, dans quel état d’esprit étais-tu ?

« J’étais très motivée, je connais très bien ma jument mais je ne savais pas comment j’allais gérer la pression. Ma priorité c’était vraiment de prendre de l’expérience, je n’aurais même pas osé rêver d’un tel résultat ! Alouette a été remarquable et je lui en serai toujours reconnaissante. » 

Tes parents ne sont pas du tout issus du milieu, tu n’as pas d’écurie ou d’autres chevaux, comment atteint-on le haut niveau sans tout cela ?

« Si seulement j’avais la réponse (rires) ! Plus sérieusement, c’est quelque chose de compliqué. On le sait, c’est un sport qui coûte très cher, entre l’achat des chevaux, des installations, leur entretien, les concours, etc. Comme je le disais tout à l’heure, mes parents ne sont pas issus de ce milieu et n’ont pas du tout la possibilité de financer une carrière à haut niveau. Ils ont beaucoup sacrifié pour en arriver à un jour comme aujourd’hui, mais si je veux pouvoir continuer dans cette direction j’ai besoin de partenaires financiers, de propriétaires prêts à investir pour moi, etc.

Il y a beaucoup de très bons cavaliers sur le circuit aujourd’hui et c’est compliqué de se démarquer quand on ne connait personne et qu’on n’a pas les contacts. C’est ce qui est compliqué avec ce sport. Ça demande beaucoup d’investissements et aujourd’hui peu d’options s’offrent à moi ; Alouette ne peut pas faire tous les concours et pour continuer à progresser il faudrait que je puisse étoffer mon piquet de chevaux. Pour le moment j’avance un peu au jour le jour mais il va falloir que je trouve des réponses très rapidement. Qui sait, cette victoire m’ouvrira peut être de nouvelles portes ? » 

Propos recueillis par Mathilde DONNEZAN. Photo à la Une : © Jump’inside / Marie-Juliette MICHEL.