Bercée dans le monde des chevaux, ce n’est pas par hasard si aujourd’hui Margaux ROCUET se retrouve propulsée au plus haut niveau du saut d’obstacles. Avec plusieurs titres nationaux en poche, championne d’Europe Children par équipe et en individuel en 2006, la jeune bretonne foule les pistes des CSI 5* depuis 2017. Rencontre avec une jeune femme pleine d’ambition et de talent !

Peux-tu nous parler de tes débuts ?

« Ma mère m’a mis sur des chevaux avant de savoir marcher, donc tout de suite la mayonnaise a pris. Je n’ai pas fait beaucoup de poney, j’avais une ponette mais je faisais déjà des épreuves chevaux avec comme elle était assez grande et que ça passait. Mes parents n’étaient pas trop attachés aux poneys, j’ai dû en faire six mois. Ça a été assez rapide et à treize ans j’ai été sélectionnée pour faire les championnats d’Europe Children à Istanbul. On est rentrés avec deux médailles d’or : une individuelle et une en équipe. Après j’ai suivi le circuit Juniors, Jeunes cavaliers, jusqu’à maintenant. »

Était-ce un désir pour toi de commencer aussi jeune un niveau championnat d’Europe avec les Children ?

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« J’étais partie faire les championnats de France cadets et c’est Marcel DELESTRE qui m’a dit qu’il avait vu mes parcours et m’a demandé si ça me plairait d’aller aux championnats d’Europe un mois et demi plus tard. Ça s’est fait comme ça et mon père, Bruno, n’était pas contre le fait que je fasse le circuit jeune. Ma mère m’a beaucoup aidé, m’a transporté dans toute l’Europe avec la voiture, le van, en emmenant les chevaux en Coupes des Nations. C’est vrai que je l’ai fait car on avait les chevaux, et qu’on avait de bons résultats, mais je ne courais pas après les sélections.

On a toujours été très clair sur le fait que c’était d’abord les études et qu’après on verrait. J’ai fait un BAC ES, puis un an et demi de droit. J’ai repiqué ma première année, et au cours de ma deuxième première année on s’est rendu compte que ce n’était pas fait pour moi et on m’a demandé de choisir soit une réorientation soit les chevaux, et j’ai choisi les chevaux. »

Tu dis que ta mère t’a beaucoup aidé, mais souvent on entend plus parler de ton père.

« Oui car le nom est rattaché à lui, mais c’est vrai que toute mon enfance et mes années juniors et jeunes cavaliers, c’est ma maman qui m’a emmené sur tous les concours. Mon père était là, mais c’est beaucoup ma maman qui s’est occupée de moi. »

Tu as aussi fait partie de la Rolex Academy il y a deux ans, qu’en retiens-tu ?

« Oui, c’était la deuxième année de la Rolex Academy. Je suis partie de chez moi pour aller chez Luciana DINIZ où je travaillais pour Monsieur Edouard DE ROTSCHILD. J’ai ensuite quitté les écuries pour aller chez Ludger BEERBAUM et en étant chez lui j’ai reçu la convocation de la Fédération en disant qu’ils avaient choisi deux cavaliers pour cette Academy, et que j’avais été prise. C’est ma mère qui a rempli le dossier, tout en Anglais. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, j’ai passé le concours de sélection et ça s’est plutôt bien passé. J’ai fait l’entretien et j’étais dans les cinq retenus, j’étais un peu choquée. C’était une super expérience et c’est grâce à eux que j’en suis là ! D’autres cavaliers comme Bertam ALLEN, Michael DUFFY sont aussi passés par là. »

Margaux Rocuet Trafalgar Kervec
Margaux ROCUET et Tafarlgar Kervec

As-tu senti une différence avant et après cette expérience ?

« C’est vrai que j’ai réussi à faire Dinard l’année dernière grâce à eux et je pense que sans Dinard la suite ne se serait pas enchaînée de la même façon. Trois ans après ils m’appellent encore pour savoir si je veux faire des concours avec eux, ça ne s’arrête pas au bout d’un an : c’est vraiment un suivi, ils prennent de nos nouvelles régulièrement. J’ai gardé des liens avec les cavaliers qui étaient avec moi, quand on se voit sur les concours on a plaisir à passer des moments ensemble. C’est vraiment une grande famille, c’est assez sympa.

Pour revenir sur Dinard, être sur cette piste, c’est être à la maison, le CSI 5* de Dinard c’est assez mythique. C’est l’une des plus belles pistes en herbe d’Europe avec évidemment Aix-la-Chapelle même si ce n’est pas le même standing, mais pour moi ça avait une saveur particulière. C’était un grand moment d’émotion, et je me suis rendue compte que les gens étaient assez réceptifs au fait que je fasse le CSI 5* l’année dernière, il y a eu beaucoup d’interviews. Mes sponsors se sont beaucoup investis, ils ont fait des jeux concours, c’était assez rigolo, c’était la première fois pour moi, j’étais un peu sans voix. »

Les Jeux Olympiques seront à Paris en 2024, qu’en penses-tu en tant que potentielle future cavalière de l’équipe ?

« Je ne pense pas que je vais trouver un cheval olympique au coin de la rue mais c’est quand même un beau rêve, et on a vu que les Jeux Mondiaux en Normandie avaient plutôt été concluants en 2014 donc on espère que ce sera la même chose pour les cavaliers français à Paris. »

Peux-tu parler de Qualifying de Hus et Trafalgar Kervec ?

« Qualifying est un cheval que je monte depuis l’âge de sept ans donc je le connais relativement bien, c’est un top cheval de concours, il est vraiment très régulier sur les épreuves 1.45m. C’était vraiment un peu normal de l’emmener lui.

Trafalgar c’est mon cheval de cœur. Il y a eu le Grand Prix du CSI 5* de Dinard en 2017, on a quand même fait sans-faute, il faut le souligner malgré cette petite dérobade. La fin de la saison a vraiment été bénéfique pour lui, j’ai vraiment appris à mieux le connaître, à mieux le gérer, à savoir comment il se comportait, donc j’espère que là ça sera bien. Il est plus performant en indoor, peut-être plus concentré mais je le trouve assez bien en outdoor. Mais on a un gros problème avec lui, il a peur des écrans. Il regarde rien mais il est tellement sensible que tout l’environnement peut le perturber assez vite.

Quand je l’ai monté la première fois je n’avais jamais monté un cheval aussi sensible de ma vie, c’est-à-dire qu’un simple petit appel de langue peut le faire partir au galop. Il est vraiment à fleur de peau et il m’a fallu quand même du temps à gérer tout ça, pas être dans l’excès du relâchement parce que c’est vrai qu’au début j’essayais de faire des parcours très très relâchés et des fois il pouvait s’oublier un peu sur certains obstacles. Je pense qu’aller à la guerre avec lui c’est pas non plus ça, donc il faut arriver à doser, trouver le juste milieu avec lui.

J’aime beaucoup les chevaux avec du sang j’arrive plus facilement à les monter que des chevaux qu’il faut justement stimuler un peu plus. C’est vrai que quand on regarde mon piquet de chevaux j’ai plus de chevaux un petit peu fous fous que de très calmes, donc c’est que ça doit bien marcher avec. »

Ayant participé à la nouvelle étape du Rolex Grand Slam à ‘s-Hertogenbosch, que penses-tu du circuit ?

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Margaux Rocuet et Trafalgar Kervec au CSI 5* de Dinard en 2017

« C’est bien parce que ça tire les concours vers le haut et ça motive les cavaliers qui ont gagné les étapes précédentes à venir mettre en jeu leur titre. C’est toujours sympa de côtoyer tous ces grands cavaliers et je trouve que c’est une bonne chose. »

Aimerais-tu avoir tes propres écuries ?

« Pour le moment c’est pas vraiment une envie, je sais pas comme ça se passera par la suite mais je pense que comme un jour il faudra ralentir un petit peu la cadence. Je pense que mon business sera un petit peu moins axé sur le commerce que mon père, avec un petit peu moins de chevaux parce qu’il a un don que je n’ai pas, et sait vraiment trouver les chevaux dans des endroits improbables et en faire des champions. On a pu le voir avec Quorida de Treho avec Romain DUGUET, il y a eu aussi Le Prestige St Lois avec Kévin STAUT, Galet d’Auzay avec Michel ROBERT… Il en a quand même sorti pas mal donc c’est vrai qu’il a ce don là. Je pense que je suis plus penchée sur la compétition que sur le commerce, mais j’essaie parfois d’aller avec lui, je suis notamment allée cet hiver à Malines pour voir comment ça se passe, regarder comme il fait, essayer d’apprendre. Je pense que c’est un don qu’on a mais j’essaie de prendre les points positifs. »

Est-ce difficile pour toi de voir des chevaux que tu as formés partir ?

« Oui ça me fait quelque chose parce que moi je suis très attachée à mes chevaux, mais quand je vois maintenant Vendôme d’Anchat évoluer avec Kévin STAUT c’est pour moi juste une fierté immense de l’avoir monté à quatre ans et cinq ans. Se dire qu’il y a des chevaux que certainement j’aurais monté dans les jeunes chevaux qu’on reverra plus tard à la télévision, c’est vrai que c’est assez gratifiant et puis on se dit qu’au final on fait bien son boulot donc c’est plutôt bien. »

Quels sont tes objectifs pour l’année ?

« C’est de continuer un peu sur la lancée de l’année dernière, ça a quand même été une très bonne année pour moi l’année dernière. Il y a eu de très beaux résultats, que ce soit dans les petites épreuves que dans les belles épreuves, des jeunes chevaux aux internationaux, et essayer de faire un peu plus de CSI 3*, 4* cette année, ce serait vraiment bien. J’ai toujours le CSI 5* de Dinard dans la tête, je l’aimerai toujours. S’il y a un concours où je me bats pour avoir une place c’est Dinard ! »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.