Partie aux Etats-Unis en 2007 chez Eric LAMAZE avant d’installer ses propres écuries en 2010 en Floride, Marie HECART a porté les couleurs françaises de nombreuses fois avec succès. Membre des équipes avec Myself de Brève qui ont terminé première et deuxièmes des Coupes des Nations de Gijón et Hickstead en 2013, elle remporte avec la même jument le Grand Prix de Wellington en 2015. Récemment, c’est en compagnie du hongre de dix ans Cenwood Delle Lame qu’elle s’est illustrée au plus haut niveau, en réalisant un sans-faute lors de la Coupe des Nations de Dublin, et permettant ainsi à l’équipe de France de terminer sur la deuxième marche du podium. Rencontre avec la plus américaine des cavalières françaises.

Vous tournez à la fois en France et aux Etats-Unis, comment cela fonctionne-t-il ?

« J’ai ma base en France où j’ai mes chevaux : j’en ai entre dix-sept et vingt-cinq, jeunes chevaux inclus. Ensuite, lors de la tournée de Floride à Wellington qui dure quatre mois, j’emmène mes clients ainsi qu’environ trois chevaux avec moi afin de pouvoir monter. En général il s’agit de mon cheval de tête ainsi que quelques chevaux destinés au commerce. »

Cenwood delle Lame est-il la relève de Myself de Brève ?

Publicité

« Je l’ai acheté à la fin de ses huit ans, cela fait donc un an et demi que je l’ai et aujourd’hui il est définitivement la relève, tout se passe vraiment très bien. C’est un très bon cheval qui a passé un cap cette saison en faisant les 5*. Il saute très bien et il a mûri cette année. Il est tout de même un cheval qui est très sensible, mais il est également très respectueux et on peut voir cette année qu’il commence à très bien se comporter et à être régulier à ce niveau. »

Vous êtes aujourd’hui le deuxième couple réserviste pour les championnats d’Europe. Aviez-vous pour objectif de faire des 5* avec en l’achetant ?

« Non, pas du tout, je l’avais acheté plutôt pour le revendre par la suite aux Etats-Unis. Cenwood est un cheval qui est très dans le sang, il a un bon équilibre, de bons moyens et est très agréable à monter, donc l’objectif était de le revendre sur le marché américain. Mais pour l’instant, comme on peut le voir, je le garde. Ce qui est sûr c’est que c’est un cheval qui a tout le potentiel. Etant un cheval extraordinaire, il n’y a pas de doute qu’il fera ce niveau de compétition dans le futur. »

La grande piste et le stade de Dublin ont-ils été un problème pour lui ?

« Pour commencer, que ce soit sur herbe ou sur sable, il n’y a pas de différence pour lui, il se comporte de la même façon. Les gradins et le public eux ne le dérangent pas même s’il est un cheval assez sensible. Il aura peut-être cependant tendance à regarder les statues, elles peuvent le bloquer un peu. En Floride par exemple, nous avons des sculptures de chevaux faites avec des branches, et ce genre de chose l’impressionne un peu. En dehors de cela, il ne regarde pas un obstacle en particulier, seul l’environnement est susceptible de le déstabiliser. Mais de manière générales les choses se passent bien avec lui, même s’il faut garder en tête que ces animaux sont des chevaux et par conséquent, on ne sait jamais ce qui peut arriver. »

Travaillez-vous vos chevaux différemment de concours classiques lorsque vous participez à une Coupe des Nations ?

« Non, pas du tout, je les travaille de la même façon. Je me focalise vraiment sur le fitness et les prépare sur d’autres concours lorsque je participe à un concours important tel que le CSIO de Dublin, ou d’autres 5*. De manière générale, je cherche à avoir mes chevaux en pleine forme physique pour ces concours. Par exemple pour préparer Dublin, j’ai sauté à Dinard dix jours auparavant, puis le cheval a été travaillé sur le plat, en forêt et en trotting. Le but était donc de le garder musculairement prêt. Avant de venir ici, j’ai simplement réalisé une petite gymnastique à 1.20m afin qu’il puisse s’étirer. C’est un cheval qui connaît bien son métier malgré son jeune âge et de ce fait, il n’a pas besoin de beaucoup sauter. J’essaie de faire en sorte qu’il garde le moral et ait un bon mental. »

Avez-vous également des jeunes chevaux ?

« Oui, cet aspect a d’ailleurs été développé chez moi l’année dernière avec un cavalier jeunes chevaux. J’essaie notamment d’acquérir de bons jeunes, et pour cela je réalise des arrangements avec des éleveurs. Cela me permet d’en avoir un plus grand nombre et de les faire évoluer afin d’avoir, en quelque sorte, la relève. »

Pouvez-vous nous parler d’Irco van Klapscheut ?

« Irco est un cheval de neuf ans qui lui ne m’appartient pas, mais est le cheval de mon élève. Etant assez jeune, je le mets dans les grosses épreuves dans l’objectif de le préparer pour mon élève qui vient de République dominicaine. Je cherche donc à le mettre sur de la hauteur et lui donner de l’expérience afin que le cheval soit prêt pour lui dans l’avenir et qu’il puisse participer aux Jeux panaméricains ou ce genre de championnat. »

En parlant de vos élèves, sont-ils plutôt du continent américain ou européen ?

« J’ai un peu des deux, des élèves du continent européen et du continent américain. Ils viennent en France et repartent aux Etats-Unis. Il y a deux ans par exemple, j’avais Héléna LE PICART qui a fait une saison avec moi. C’est une française qui vit aux Etats-Unis mais qui est venue en Europe car elle souhaiter y faire une tournée. »

Quel était votre était d’esprit par rapport à la Coupe des Nations de Dublin ?

« Pour commencer, nous avions une équipe assez soudée et bien motivée. Sur papier nous n’étions pas l’équipe la plus forte, mais nous avions de bons chevaux et je pense qu’il est possible de dire que nous étions tous dans la montée. Par cela, je veux dire que nous commencions un peu les gros concours avec nos chevaux, et nous avions malgré cela de bonnes chances de réaliser une belle performance (l’équipe de France a terminé deuxième de la Coupe des Nations, ndlr).

Ensuite, quant à la Coupe des Nations en elle-même, je l’ai plutôt bien abordée. Cenwood était très régulier et j’ai essayé de me concentrer afin de faire répéter de bons parcours avec mon cheval. Je l’ai d’ailleurs senti très à l’aise et en forme, il n’y a aucun doute qu’il a mûri. Cela avait beau être sa première Coupe des Nations, nous avions réalisé auparavant de nombreux concours sur herbe dont Chantilly, Lummen ou Dinard pour n’en nommer que quelques-uns, et il était prêt. J’ai essayé de ne pas me mettre de pression de ce côté-là, mais uniquement de faire mon travail du mieux que je le pouvais. »

Un mot sur le CSIO de Dublin ?

« J’étais déjà venue avec Myself par le passé mais je suis contente de revenir. Le terrain est très bon et c’est vraiment un super concours. Le public est génial, le public européen est d’ailleurs bien plus connaisseur que le public américain, les sports équestres n’étant pas parmi les plus populaires aux Etats-Unis. »

Quels sont vos objectifs pour le reste de l’année ?

« Je ne sais pas pour le moment si je tenterai de prendre part au circuit Coupe du Monde, tout dépendra de mon cheval. Peut-être que je rentrerai plus tôt aux Etats-Unis, mais pour l’instant, je ne sais pas, tout va dépendre des résultats de Dublin. Philippe GUERDAT décidera selon la forme des chevaux et s’il souhaite me revoir en équipe. Il est évident que les résultats de chaque CSIO, de chaque Coupe des Nations, dont ceux de Dublin influencent les sélections en équipe. Mais j’ai toujours comme objectif de poursuivre en équipe de France. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.

Publicité