A tout juste vingt-et-un ans, celui qui a récemment annoncé qu’il concourrait dorénavant pour Israël et qui a fait l’acquisition de Volnay du Boisdeville (à lire ici) a déjà une vie bien occupée. Fils de la milliardaire et philanthrope Karen PRITZKER et du défunt Michael VLOCK, Teddy VLOCK jongle entre équitation, études, mais aussi le monde des affaires. Rencontre avec un jeune homme rempli de projets pour l’avenir.

Peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Teddy VLOCK et suis basé à Wellington en Floride où nous avons des écuries. Nous y sommes environs cinq mois par an et le reste du temps nous sommes en Europe avec Darragh KENNY ou bien en train de voyager pour d’autres concours aux Etats-Unis. »

Comment as-tu commencé à monter ?

Publicité

« Mes parents ne montaient pas du tout, j’ai une grande sœur qui a vingt-neuf ans qui elle a monté quand elle était enfant. J’ai en quelque sorte grandi autour des chevaux, mais je n’étais pas tellement impliqué. J’ai commencé à monter quand j’avais environ treize ans et j’ai secouru une jument lors d’une colonie de vacances où j’étais et j’ai appris à la monter. Quelques mois plus tard, j’ai eu mon premier vrai cheval donc cela ne fait qu’environ sept ans que je monte, ce qui est bien moins que la plupart des cavaliers. Je travaille dur et m’entraîne tous les jours, surtout quand je ne suis pas en cours. Je dédie une grande partie de ma vie à l’équitation, mais j’ai également d’autres choses à côté qui m’intéressent aussi. »

Comment s’est passée ton arrivée en Europe ?

« J’ai commencé à venir en Europe il y a environ trois ans et la plus grosse différence avec les concours aux Etats-Unis, c’est que là-bas il y a aussi du hunter et ce que l’on appelle de « l’équitation ». Il y a donc différents types de disciplines alors qu’ici en Europe c’est presque uniquement du saut d’obstacles. J’ai aussi remarqué qu’ici les organisateurs font beaucoup plus d’efforts pour rendre leurs concours spéciaux, et que ce soit un véritable évènement : même si ce n’est qu’une épreuve de vitesse à 1.10m, ils vont jouer l’hymne national et vous avez droit à un tour d’honneur. Je n’ai jamais vécu cela aux Etats-Unis, il faut que ce soit une très grosse épreuve pour y avoir droit ! Là-bas, on va plutôt aller à pied sur la piste pendant qu’ils changent le parcours et prendre une photo, mais il n’y a personne et pas de sponsor pour venir nous remettre quoique ce soit. Qu’importe ici en Europe, que ce soit un petit concours ou un CSI 5* : les gens font un réel effort pour avoir une véritable remise des prix, ce qui vous donne l’impression d’être important, et c’est quelque chose que j’aime beaucoup ! »

Et y a-t-il des aspects négatifs ?

« S’il y a quelque chose que je n’aime peut-être pas, c’est que les concours en Amérique sont plus grands, physiquement parlant : les terrains sont immenses. De manière générale, tout est souvent plus grand aux Etats-Unis (rires), donc vous avez plus d’espace et il est très rare de voir des paddocks aussi petits que la plupart de ceux que l’on peut voir en Europe. La majorité des carrières de détente ici seraient considérées comme minuscules en Amérique et j’ai peut-être eu le plus de mal à m’adapter à cela. En Europe il n’y a que deux obstacles la plupart du temps, et il faut se lever très tôt, il y a toujours quelqu’un à côté de vous, quelqu’un en train de sauter… Souvent il y a au moins trois cavaliers dans le paddock en permanence, et aux Etats-Unis ce n’est pas quelque chose qui arrive : nous aurons plutôt une personne et vers la fin de son travail peut-être qu’elle vous laissera entrer, mais vous ne verrez jamais trois cavaliers au même moment. »

La transition a donc été un peu compliquée pour toi ?

« Il a fallu que je m’y habitue et cela a été difficile puisqu’il fallait à la fois que je me concentre sur moi-même pour travailler, mais aussi que je fasse attention aux autres. A Wellington par exemple, vous avez un paddock international où la plupart des grosses épreuves ont lieu et il ne va y avoir que quatre obstacles et vous allez obtenir l’obstacle en fonction de votre ordre d’arrivée (si vous arrivez en premier, vous avez l’obstacle numéro un, le deux quand vous êtes deuxième, etc). Il n’y a pas besoin de partager ce qui est très agréable et cela n’existe pas ici, mais je pense que c’est simplement dû à un manque d’espace. »

teddy vlock charly brown rotterdam
Teddy VLOCK et Charly Brown au CHIO Rotterdam © Marie-Juliette MICHEL / Jump’inside

Tu es également à l’université.

« Je suis en troisième année à l’Université de Yale en psychologie donc pendant huit à neuf mois par an j’étudie là-bas et je monte en même temps à Wellington, en Floride. C’est assez difficile d’équilibrer tout ça parce que je suis à l’école pendant la majorité de la semaine et ensuite je descends en Floride pour m’entraîner. Vous savez, quand vous atteignez un certain niveau, ça devient plus dur et il faut continuer à s’entraîner pour monter dans les grosses épreuves. L’une des plus grosses difficultés pour moi a d’ailleurs été d’organiser mon temps pour pouvoir faire tout ce que l’école me demandait et aussi être présent pour les concours. Je pense que nous avons trouvé un assez bon équilibre : du lundi au mercredi je peux faire tout le travail lié aux cours et je me concentre ensuite sur les chevaux le reste de la semaine. Le Connecticut et la Floride sont à quelques heures d’avion donc ça peut être assez difficile de tout coordonner, mais on a vraiment une très bonne équipe dans mes écuries, la Vlock Show Stables, donc ils prennent soin de mes chevaux sept jours par semaine et font en sorte que lorsque j’arrive ils soient en forme. »

Comment l’université de Yale gère-t-elle cela ?

« Je n’ai pas d’emploi du temps adapté avec mon université pour pouvoir monter, en fait je ne sais même pas s’ils sont au courant que je monte ! C’est plutôt à moi de m’organiser mais c’est vrai que des écoles proches de Wellington, comme à Miami, ont des programmes spécifiques : par exemple, quand vous êtes cavalier, vous pouvez avoir certains cours en ligne et ils vous facilitent les choses. Yale ne fait rien de ça : ils veulent que vous soyez à Yale donc c’est clairement très difficile mais c’est un véritable engagement. Après, je n’ai plus que deux ans d’études donc je ne m’inquiète pas trop. A côté de ça j’ai aussi deux business et j’aimerais me plonger dans le monde des affaires, mais Yale n’a pas de licence dans ce domaine… »

Etait-ce ton choix de poursuivre des études supérieures ?

« J’étudie parce que je pense que c’est important et dans ma famille l’instruction est quelque chose de fondamental, je pense que c’est une base que vous devez en quelque sorte avoir. Il y a aussi des attentes dans ma famille, mais en même temps ils savent que j’aime monter et que c’est ce que je veux faire, que c’est important pour moi. Si je prenais la décision de ne plus aller à l’école ils le comprendraient, mais je veux avoir une licence avant de savoir si je veux poursuivre mes études plus loin. C’était clairement un choix de ma part d’étudier, mais encouragé par ma mère. »

Tu as vraiment évolué ces dernières années dans le milieu équestre, peux-tu nous en parler un peu ?

« En 2017 j’ai vécu ma plus grosse progression au niveau équestre parce que j’étais membre des Monaco Aces dans la Global Champions League. Je n’ai pas sauté les Grands Prix à 1.60m mais j’ai fait les épreuves à 1.45m et 1.50m du 5* contre les meilleurs cavaliers du monde pendant environ sept concours. C’était une très bonne expérience pour moi. Mon premier concours 5* était le Global de Shanghai et j’ai pu monter aux côtés de Kent FARRINGTON, Harrie SMOLDERS, Marcus EHNING, Bertram ALLEN… Des cavaliers qui sont au plus haut niveau du sport ! C’était un énorme échelon à gravir pour moi ! En 2018 je me suis plutôt concentre sur les CSI 2*, 3* et 4*, ce qui est en fait plus confortable pour moi quant au niveau. J’ai pu expérimenter les épreuves où je concourais contre de superbes cavaliers, et maintenant je peux me concentrer sur moi-même et ne pas être bouche-bé par le concours et les autres participants. »

Comment vois-tu le futur ?

« Mon avenir est encore mixte, j’ai de grandes aspirations : je voudrais sauter les Grands Prix 5* dans le futur, mais en même temps je suis encore à l’université et dirige une agence immobilière en Floride, T&R Developments. Nous avons environ vingt écuries et propriétés et nous venons juste d’ouvrir un restaurant, donc beaucoup de choses se passent en ce moment. L’équitation est ma passion, mais ce n’est pas la seule chose que je fais, donc il faudra voir dans le futur jusqu’où nous pouvons aller. »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.
Crédit photo à la Une : Marie-Juliette MICHEL / Jump’inside