Il fait partie de ces cavaliers français qui bousculent le quatuor de tête depuis quelques mois : Olivier PERREAU, trente-trois ans, crève l’écran avec sa Venizia d’Aiguilly, si bien que le groupe français GL events vient de conclure avec le Ligérien un accord de long terme. Rencontre avec ce discret sportif.

Comment t’es-tu construit pour arriver en tant que sportif ?

« Mes parents sont professionnels dans le milieu équestre, spécialisés surtout dans la valorisation des jeunes chevaux et l’enseignement. J’ai donc rapidement monté à cheval, évolué dans les catégories jeunes (Cadets, Juniors) et formé des jeunes chevaux. J’ai eu la chance de tomber sur une bonne jument, Grace du Fraigneau, qui m’a amené jusqu’au niveau Jeunes Cavaliers. J’ai pu courir, avec elle, deux fois les championnats d’Europe, et obtenir le titre de champion de France en 2005. Je me suis ensuite professionnellement stabilisé dans la formation des jeunes chevaux et jusqu’au niveau CSI 3* ainsi que le commerce de chevaux de sports. Depuis peu, j’essaie de me concentrer sur le sport de haut niveau avec mes chevaux. »

Qu’est-ce qui t’as le plus appris : les circuits Cadets, Juniors, Jeunes Cavaliers, ou d’être chaque jour sur de nombreux jeunes chevaux ?

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« Je pense que le circuit jeunes est un bon circuit, mais ce n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, ce sont les bases que doit avoir un cavalier. Il vaut mieux galérer jeune et avoir des bonnes bases, qu’oublier les bases et sauter sur le premier cheval qui nous amènera vers de belles épreuves. L’expérience des jeunes chevaux est un atout irrévocable.« 

Ton système est-il tourné depuis le tout début vers le haut niveau ?

« Ma priorité, quand je suis passé professionnel dans le milieu équestre, et que j’ai rejoint l’entreprise familiale, était de développer le système que mes parents avaient mis en place, de le pérenniser. Nous sommes maintenant propriétaires d’une soixantaine de chevaux grâce à notre élevage. Mon but reste de former de jeunes chevaux pour les commercialiser ou les conserver pour le sport. »

Comment sélectionnes-tu chaque année les jeunes chevaux qui deviendront tes prochaines montures pour les CSI 5* ?

« On avance toujours au fur et à mesure, en laissant évoluer les jeunes chevaux à leur rythme. C’est pour moi une chose qui est très importante, trouver des bons chevaux aujourd’hui est devenu une mission très difficile. Mon élevage familial est une grande chance et je monte d’ailleurs certains produits issus de celui-ci sur les plus belles pistes ! J’aime les faire naitre et les former, c’est une activité qui restera intégrée à mon système. « 

C’est donc un énorme avantage d’avoir son propre élevage : pas de frais d’achat sur le cheval et tu les connais par coeur depuis leur naissance finalement. Pas vrai ?

« Oui tout à fait, pour moi c’est un avantage car c’est avant tout ma passion. J’aime sélectionner les juments, les étalons et ensuite les produits. Toutefois l’élevage est très onéreux et c’est aussi un énorme investissement dans le temps. »

On te voit monter en puissance depuis fin 2018. As-tu vraiment senti que 2019 allait être l’année de ta percée à haut niveau ?

« Je savais que j’avais de bonnes juments, amenées progressivement vers le grand sport. En fin d’année dernière, j’ai pu faire le CSI 5* de Valence, le Morocco Royal Tour puis le CSI 5* d’Equita Lyon. Ça me plaisait. J’ai donc beaucoup réfléchi cet hiver sur mon devenir dans le sport, en concertation avec mes parents puisque nous sommes ensemble propriétaires de mes chevaux de tête. J’aurais pu les vendre, c’était le bon moment pour, mais nous avons décidé de les garder pour que je puisse me lancer dans le grand bain. J’arrive à un moment dans ma carrière où j’ai préparé beaucoup de chevaux, j’ai maintenant envie de me lancer ! J’ai eu la chance que Sylvie ROBERT m’invite au CSI 5* du Saut Hermès en mars dernier. Cette victoire un peu inattendue avec GL events Venizia d’Aiguilly dans une des épreuves majeures m’a mis un bon coup en avant ! J’ai tout de suite pu reconfirmer avec la jument au CSI 4* de Gorla Minore. Elle se classe ensuite deux fois dans les Grands Prix de l’Hubisde Jumping à Saint-Tropez, sixième au Global Champions Tour de Cannes, et elle remporte le CSI 4* de St Tropez. Elle a donc vraiment prouvé ses qualités. Elle n’a que dix ans et n’est pas encore arrivée à maturité. Je veux continuer aux rythmes de mes juments. »

? Olivier Perreau & Venizia d'Aiguilly ?- Hubside Jumping CSI 4* GP 1.55m @HubsideJumping

? Olivier Perreau & Venizia d'Aiguilly ?- Hubside Jumping CSI 4* GP 1.55m @HubsideJumping #showjumping #JumpingGrimaud #FrenchRiviera #HarasDesGrillons

Publiée par Hubside Jumping sur Dimanche 16 juin 2019

Avais-tu déjà une structure et des salariés adéquats pour le sport de haut niveau ?

« Nous sommes très bien installés, à Roanne. J’ai quarante boxes pour les chevaux de sport, dix pour les poulinières, cent quatre pour l’organisation des concours, trois carrières, un manège, cinquante hectares, pas mal de véhicules…. On est assez bien installés oui (rires) ! Je travaille avec mes parents, donc eux gèrent toute une partie et je peux me concentrer sur mes jeunes chevaux et mon piquet de tête pour le sport. J’ai ensuite une équipe formidable aux écuries. Je sais que quand je suis parti, tout roule impeccablement, voire presque mieux que quand je suis là (rires) ! »

On vient d’apprendre que l’entreprise française GL events, avec qui tu es proche depuis de nombreuses années, te soutiendra dans le sport ces prochaines années. Peux-tu nous parler de cette collaboration ?

« Je connais Sylvie ROBERT, Présidente de GL events Equestrian Sports, depuis un long moment maintenant. C’est une personne qui fait beaucoup pour les sports équestres. Elle fait partie de ceux qui tirent notre sport vers le haut. Je faisais partie de son équipe dans le Grand National jusque-là, et cette année, en voyant que mon idée était d’évoluer à haut niveau, GL events a décidé de me soutenir dans cette démarche. Ça me fait un grand plaisir de voir des personnes qui croient en moi et en mes chevaux. »

Justement, comment vois-tu la suite de ta saison ?

« J’avance pas à pas, en essayant toujours de tracer une ligne de concours un peu lointaine. Mais avec les chevaux, il faut toujours rester prudent. J’aimerais aller au CSI 5* d’Ascona dans deux semaines mais je suis pour le moment en liste d’attente. Je me rendrai au CSI 3* de Megève de sûr, avant de laisser un break estival à mes chevaux pour reprendre une fin de saison chargée. »

On t’associe logiquement à GL events Venizia d’Aiguilly. As-tu d’autres montures prometteuses ?

« Oui tout à fait, GL events Dolce est une jument très compétitive, souvent classée.  J’ai aussi GL events Jessi qui est encore très verte mais qui a un bon potentiel. J’ai surtout un très bon réservoir de jeunes chevaux, que je prépare doucement. Quelques sujets d’exception sont dedans, ça c’est sûr… »

Ton parcours montre-t-il, même si le sport semble inaccessible sans gros moyens financiers, qu’une porte reste ouverte à qui se retrousse les manches et travaille sans relâche ?

« Il faut toujours y croire. On met peut être plus de temps à réussir, mais j’ai pour ma part essayé de construire ma carrière depuis très longtemps en suivant toutes les étapes. On réussi toujours si on s’en donne la possibilité et qu’on y croit. »

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL. Photo à la Une : © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE