A l’origine des carrières sensationnelles de Jubilée d’Ouilly et d’Armitages Boy, Aymeric DE PONNAT se faisait plus discret ces derniers temps. Après le départ de son dernier crack, le Normand a pris son temps pour se doter d’un nouveau piquet de chevaux plus que prometteur. Soutenu par l’écurie de Monchevreuil, Aymeric DE PONNAT revient pour Jump’inside sur sa transition et ses ambitions.

 

Vous évoluez depuis 2013 avec l’écurie de Montchevreuil, comment s’est mis en place ce partenariat ?

« L’aventure a commencé avec Antoine et Cécile BOURGEOIS de l’écurie de Montchevreuil, mes propriétaires principaux. Ils étaient avant tout désireux que je remonte à très haut niveau. Pour atteindre cet objectif, il est aujourd’hui indispensable de mettre en place un système avec plusieurs chevaux. Nous sommes partis du fait qu’il fallait commencer avec de très jeunes chevaux dans le but de les former et les emmener vers le haut niveau. Il a fallu faire dans un premier temps une sélection en essayant de détecter les chevaux qui passeront le cap. Réaliser cette première étape en sélectionnant une quantité de chevaux suffisante permet de se laisser une marge d’erreur. Une fois cette sélection faite, il fallait trouver parmi eux les chevaux qui sortent du lot pour avoir à terme un piquet qui permette d’aller au plus haut niveau, avec les championnats en ligne de mire, tout en commercialisant certains d’entre eux. Cela est primordial pour trouver un équilibre, la base de toute entreprise. Le luxe de toute écurie est d’avoir suffisamment de cracks pour pouvoir en garder pour le sport, et de pouvoir en vendre afin d’assumer les CSI 5*, les championnats…

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Par le passé j’avais à chaque fois un seul cheval à la fois que j’ai emmené au plus haut niveau, comme ça a été le cas avec Jubilée d’Ouilly et Armitages Boy. À l’époque je n’avais peut-être pas de propriétaires suffisamment motivés pour me confier plusieurs chevaux de haut niveau. Aujourd’hui, j’ai le luxe d’avoir plusieurs montures capables de sauter régulièrement des épreuves à 1.50m voir plus. Cela me permet d’être plus dans le coup. »

 

Avec l’écurie de Montchevreuil vous avez acheté certains de vos jeunes chevaux en ligne, que pensez vous que ce système ?

« Je pense que c’est une très bonne chose. Les cavaliers sont très occupés entre les concours et le travail à la maison. Ils n’ont pas forcément le temps de se rendre aux ventes. Cela permet de détecter via internet des chevaux de qualité, avec de très bonnes origines. Nous pouvons regarder les radios, faire vérifier à son propriétaire si les investissements sont cohérents ou pas… Après nous parlons de chevaux qui ont entre six mois et trois ans, donc pas des chevaux que nous essayons au préalable. Ensuite, ils arrivent au travail à partir de trois ans pour les mâles. Les pouliches sont rentrées un peu plus tard, au mois de septembre. Elles sont débourrées puis nous les laissons un peu tranquilles. Nous essayons de faire en sorte que tous tournent en concours dès leur plus jeune âge. »

 

Parmi tous vos chevaux, y en a-t-il qui sortent du lot ?

« Avec l’écurie de Montchevreuil nous avons réussi à construire une écurie avec beaucoup de chevaux en devenir. Honnêtement, entre tous nos quatre, cinq et six ans, il n’y en a pas un qui est mauvais. Ce sont des chevaux qui sont un peu similaires dans ce que moi j’aime, c’est à dire très près du sang, très moderne, très respectueux, avec beaucoup de locomotion et une très bonne tête. Tout ce qui est nécessaire pour évoluer dans le sport actuel en somme. Je peux actuellement compter sur Elize, ma jument de tête, Gomez TN un étalon de huit ans qui épaule très bien Elize. Il vient de sauter sa première épreuve 1.50m au CSi 3* de Maubeuge et s’est très bien comporté. C’est un cheval que j’affectionne beaucoup en plus d’avoir de nombreux résultats. Il est très simple et a un très bon caractère. Nous fondons beaucoup d’espoir en Hoover qui est aussi un étalon fantastique avec déjà beaucoup de résultats. J’ai également Honeymore WV, une jeune jument qui est très qualiteuse mais un peu craintive. Elle n’est pas trop expérimentée et a besoin de se routiner sur les internationaux pour lui donner un maximum d’expérience. Le but est que dans les prochaines années elle soit plus décontractée et plus compétitive. »

Gomez TN, l’une des recrues prometteuses d’Aymeric DE PONNAT © Alice BONNEMAINS

 

Parlez nous un peu d’Elize, votre jument de tête actuelle !

« C’est vraiment une jument exceptionnelle. Elle a un mental hors pair. Elle est aussi bien performante en indoor qu’en outdoor, sur des pistes en sable que sur l’herbe. Pour moi, c’est une jument qui a tout pour le très haut niveau, pour les championnats. Cette année elle prend tout juste neuf ans et le but est de l’aguerrir sur ce qu’elle fait actuellement, c’est à dire les CSI 3 et 4*, sans objectif particulier. Si nous pouvons avoir une ou deux sélections en CSI 5* en fin d’année ça serait top. Le but est qu’elle soit vraiment prête pour ses dix ans, le début de l’année prochaine. »

 

Quel système avez-vous mis en place à la maison ?

« A la maison je travaille avec ma fille Amy, qui a une quinzaine de chevaux dont quelques sept ans, les autres sont âgés entre quatre et six ans ; et avec un autre cavalier qui a commencé il y a six mois et que je forme pour le moment. Le but est que je puisse par la suite confier des jeunes chevaux à ce cavalier-là, conserver les meilleurs, tout en me consacrant à des concours un peu plus gros, pour les sept ans et les chevaux d’âge. Cette année je monte encore des six ans, mais l’idée est de vraiment déléguer ce côté formation. »

 

Le haut niveau est quel que chose auquel peut penser votre fille Amy ?

« Le but d’Amy est qu’elle se forge d’abord une expérience, avec les jeunes chevaux entre autres, et qu’elle puisse aussi par la suite accéder au haut niveau. C’est un peu le système idyllique auquel j’avais pensé à la base. Après, est-ce cela qui se passera dans l’avenir ? Il faut aussi avoir des propriétaires qui veulent garder les chevaux pour pouvoir faire du sport à ce niveau. »

 

Quels sont donc vos objectifs à plus ou moins long terme ?

« A long terme je vise les championnats, pourquoi pas ceux du monde en 2021. Dans tous les cas il ne faut pas griller les étapes. Le but n’est pas qu’Elize fasse un championnat puis une baisse de forme par la suite. »

 

Le staff fédéral vous a-t-il déjà sollicité pour des échéances ?

« J’ai été convié à un stage en début d’année. Elize est une jument qui est suivie de près par le staff fédéral. Ils savent également que les propriétaires veulent que je fasse du grand sport, au plus haut niveau. Cela fait partie des projets de la fédération. Nous sommes encadrés dès que Henk NOOREN (l’entraîneur de l’équipe de France, ndlr) est sur place en concours. Nous échangeons beaucoup avec lui. C’est rassurant, même pour des cavaliers d’expérience. »

 

L’élevage est-il une activité que vous pratiquez ?

« Il s’agit en effet d’une activité que je pratique depuis un certain nombre d’années, car j’ai une salle de monte à la maison donc les étalons sont prélevés sur place. Je ne le fais pas dans l’intensif, mais c’est quelque chose que j’affectionne. L’élevage est aussi la résultante d’une carrière de jument qui a été performante à haut niveau. Cela permet de produire des chevaux dont nous avons du mal à acheter même jeunes. »

Propos recueillis par Théo CAVIEZEL et Raphaël GARBOUJ. Photo à la Une : © Alice BONNEMAINS.