Nation émergente des sports équestres, le Maroc n’a cessé de se développer ces dernières années. Preuve en est avec leur première qualification olympique en saut d’obstacles obtenue cette année…. Partons donc à la rencontre de Marcel DELESTRE, père d’un certain Simon DELESTRE, mais également aux commandes de l’entrainement des cavaliers marocains de saut d’obstacles.

Quand et comment êtes-vous arrivé au poste d’entraineur du Maroc ?

« Je suis arrivé à ce poste le 1er avril 2017. J’ai eu un contact par l’intermédiaire de Monsieur Badr FAKIR, secrétaire général de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres, pour savoir si j’étais libre de tout engagement puisque j’avais terminé mon contrat auprès de l’équipe de la Colombie. Suite à ça, nous avons commencé à en discuter plus sérieusement. Ce contact a été appuyé par Abdelkebir OUADDAR et c’est grâce à ça que je suis à ce poste depuis trois ans ! »

Vous avez récemment appris la qualification olympique du Maroc après la disqualification du Qatar, comment la nouvelle a-t-elle été accueillie ?

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« Nous étions tous très déçus de rater la qualification olympique pour quelques points seulement lors du CSIO-W 4* de Rabat en octobre dernier. Quand on a appris deux mois après notre qualification, nous avons vraiment été très fiers. Les cavaliers, comme mon président, ont accueilli cela avec une immense joie, c’est une très grande satisfaction pour toute notre équipe. »

Comment vous êtes-vous organisés et qu’est-ce qui a changé dans vos plans en apprenant cette nouvelle si proche de l’échéance olympique ?

« Les plans ont très peu changé, si ce n’est que notre tournée en Europe. Tous les ans, nous organisons en effet une tournée en Europe et nous avions prévu en cette année olympique de décaler cette tournée et de la faire en comité restreint. Nous sommes donc restés à travailler au Maroc en profitant des installations extraordinaires de la Fédération. Il n’y a pas une fédération au monde qui bénéficie d’installations comme on a la chance d’avoir au Maroc. »

Quelle analyse faites-vous de l’évolution de l’équitation au Maroc ?

« L’évolution s’est faite grâce à notre président, le Prince Moulay Abdellah ALAOUI, qui fait progresser l’équitation à vitesse grand V, avec des idées très novatrices pour notre sport. Nous avons la chance de pouvoir aussi compter sur l’aide du roi du Maroc, Sa Majesté Mohammed IV. Le Prince Moulay Abdellah ALAOUI est un cousin de Sa Majesté. Le roi du Maroc a son propre cavalier : Abdelkebir OUADDAR. Il lui fournit les chevaux, ce qui est très important. Ceci montre bien la forte implication du roi dans l’équitation. Ensuite, le Prince, qui préside la fédération, investit également dans des chevaux pour les confier aux différents cavaliers.

Ces cavaliers ont aussi beaucoup évolué, ils étaient déjà bons mais peut être pas assez pointilleux dans leur travail quotidien. J’ai amené cette rigueur un peu plus poussée. L’entente entre les cavaliers et moi se passe à merveille, ça créé un vrai esprit d’équipe qui est très fort chez nous et qui permet de bien fonctionner.« 

Kebir OUADDAR MRT
Abdelkebir OUADDAR au Morroco Royal Tour. © Jump’inside / La Petite’L

Quel était votre programme jusqu’aux Jeux de Tokyo ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

« Nous devions faire les trois premiers concours à Lanaken, puis nous rendre à Saint-Tropez. Nous avions ensuite prévu de faire les CSI 2* et 3* d’Opglabbeek et de Bonheiden et devions terminer par Bourg-en-Bresse avant de nous envoler pour Tokyo. Ce programme n’est plus du tout d’actualité au vu de la situation. Nous sommes dans l’attente de savoir quand les concours hippiques reprendront. Il faut que nous en discutions avec notre fédération. Néanmoins c’est une très bonne chose que les Jeux soient reportés, pour la santé de tous c’est la meilleure décision qui pouvait être prise. C’est peut-être une chance pour nous mais nous attendons les nouvelles directives qui seront prises par la FEI dans les semaines à venir. »

Quelle est la situation sanitaire au Maroc avec au Covid-19 ?

« Je suis confiné chez moi en France et mes cavaliers sont auprès de leurs familles, au Maroc. C’est toute une organisation, nous essayons de télé-travailler : quelqu’un sur place les filme en train de travailler et je leur dis ce qu’ils doivent faire et corriger en direct. Sa Majesté a pris des directives très fermes dès le début et a fermé toutes les frontières en amenant tout le monde en confinement directement. Néanmoins, le virus se propage de plus en plus. J’espère que ça sera d’une moindre échelle que ce qu’il se passe en France, mais nous ne pouvons rien prédire… »

Pouvez-vous nous parler des cavaliers faisant parti de votre groupe 1 ?

« Aujourd’hui j’ai trois cavaliers qui sont sûrs d’être qualifiés aux JO : Abdelkebir OUADDAR, Ghali BOUKAA et Ali LAHRACH. Un quatrième est en bonne voie pour se qualifier : Abdeslam BENNANI SMIRES. Ce sont ces cavaliers qui iront potentiellement aux Jeux, sous réserve d’une qualification pour Abdeslam. Ce qui est sur c’est que j’ai une très belle équipe ! »

La collaboration entre Abdelkebir OUADDAR et Philippe LE JEUNE, voulue par Sa Majesté, ne creuse-t-elle pas davantage un fossé entre lui et le reste de l’équipe ?

« Abdelkebir est un pilier pour l’équipe du Maroc mais il a toujours été un peu à part, déjà avant avec sa collaboration avec Marcel ROZIER. Je ne pense pas que ça creuse un fossé car une fois en équipe, il est vraiment là pour tout le monde ! Il est très intégré, reste avec tout le groupe, il n’y a jamais eu de problème la-dessus. Maintenant, la collaboration avec Phillipe LE JEUNE est récente donc je ne sais pas comment cela va fonctionner exactement. »

Quels sont vos objectifs pour les JO ?

« J’aimerais au moins qualifier un cavalier à la finale individuelle de ces Jeux olympiques et puis, si on pouvait faire être dans le top dix par équipe, ca serait une très belle performance ! Nous avons des cavaliers très motivés. Lors de ma première année auprès d’eux, nous avions eu une équipe aux Championnats du monde. Il y a deux ans, un cavalier a même gagné le CSI 4*W de Tétouan, première étape du Morocco Royal Tour. Cela prouve bien que, lorsqu’il faut, mes cavaliers répondent présent sans problème. Cette qualification olympique le reflète bien. Ils sont toujours là, peut-être pas dans l’élite mondiale, loin de là, mais ils se battent tous les jours pour être parmi les meilleurs. Je prends vraiment du plaisir à travailler avec l’équipe du Maroc. J’ai des relations très fusionnelles avec eux et je remercie Sa Majesté et le président de notre fédération, qui nous apportent une aide précieuse pour notre réussite. »

Propos recueillis par Alice BONNEMAINS. © Scoopdyga.com / Pierre COSTABADIE