Après avoir rencontré Lucia LE JEUNE VIZZINI à l’occasion du Saut Hermès 2019, nous sommes partis à la rencontre d’une autre personnalité féminine, non pas cavalière cette fois, mais femme et mère de cavaliers : Sabrine DELAVEAU ! Passionnée depuis toujours par le sport, celle qui partage la vie du triple vice-Champion du monde Patrice DELAVEAU s’est prêtée au jeu de l’interview pour nous dévoiler son parcours, sa relation avec le haut niveau, et son dernier projet en date : l’Académie Delaveau !

Avez-vous toujours eu envie de devenir journaliste ?

« Journaliste sportif oui… J’ai toujours été passionnée de sport depuis l’âge de treize ans. J’achetais l’Équipe en cachette à cette époque là car ce n’était pas forcément la lecture préconisée par mes parents ! Mais j’adore la Formule 1, le football, le tennis l’athlé, bref un peu tous les sports… J’ai commencé en presse Economique mais dans le groupe il y avait un journal qui s’appelait « Le Sport », vieux concurrent de l’Équipe qui avait toutes mes faveurs ! C’est comme cela que j’ai écrit mes premiers articles que j’ai ensuite envoyé à Libération et de fil en aiguille j’y ai commencé comme journaliste au service sport. Le graal… »

Comment s’est faite votre rencontre avec les chevaux ?

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« Lorsque j’étais toute petite, au Jardin d’Acclimatation, à Paris, avec ma marraine. Comme mes parents avaient une maison de campagne près d’Anet j’ai commencé à monter à cheval au centre équestre des Vieilles Ventes dans la forêt de Dreux. Ils m’ont ensuite acheté un cheval, puis un deuxième, puis un troisième… »

Et votre rencontre avec Patrice ?!

« C’était pendant un reportage que je réalisais à New-York en 1999, au Madison Square Garden, il faisait une tournée avec l’équipe de France. Il y avait Philippe LEONI, Philippe ROZIER et Olivier JOUANNETEAU. Ils enchaînaient New York, Washington et Toronto. »

Quel peut être le rôle d’une femme et d’une mère de cavaliers ?

« Nous sommes à la fois un couple, une famille et une équipe. Tout est mêlé, il n’y a pas forcément de frontières car c’est le sport de toute une vie. Il faut parvenir à organiser les moments de travail et de vie. Ensuite comme toute vie de sportif de haut niveau, il y a les bons comme pour les mauvais moments. Nous vivons des instants assez incroyables, très intenses, avec beaucoup de bonheur et à côté de ça, il y a aussi le même nombre de moments compliqués, si ce n’est plus (rires !). Il faut arriver à dédramatiser certaines situations et même si je suis aussi atteinte que lui, je dois endosser un masque plus enjoué, faire en sorte de dédramatiser la situation. Mais nous sommes tous les deux assez fatalistes, c’est le sport, c’est difficile, alors on passe à autre chose, on rebondit et on continue… Dès que l’on commence à intellectualiser les choses, c’est là que l’on se perd. Il faut savoir dire : « voilà c’est comme ça, je ferai mieux… », plutôt que commencer à gamberger : « j’aurais dû faire ci, et pourquoi je n’ai pas fait ça… ». Ça ne sert à rien, c’est passé et on ne peut plus rien changer. On garde en mémoire des enseignements, mais on ne remet pas en question les choses. Immédiatement aller de l’avant.

Valentine observe tout et voit bien quelle est la complexité, la difficulté du sport de haut niveau, en plus des valeurs que nous cherchons à lui inculquer. C’est un sport avec un autre être vivant ce qui complique doublement les choses. Tout ne repose pas sur le cavalier, loin de là car le sportif est le cheval. Et puis, l’équitation au plus haut niveau est un triptyque : cavalier-cheval-propriétaire. Un équilibre qu’il faut apprendre à gérer. Savoir également démarcher des sponsors… Mais pour tout cela le cavalier est un peu seul. Il n’y pas de structure qui les prépare à maîtriser ce métier sous toutes ses facettes. Alors c’est notre rôle. »

Le fait d’être mariée à un cavalier de haut niveau a-t-il orienté votre carrière professionnelle ?

« Je suis toujours autant passionnée par les autres sports. Le fait d’habiter Deauville m’empêche effectivement de travailler de la même manière qu’avant. J’ai travaillé un peu dans la presse équestre, puis je me suis rendue compte que le milieu du cheval manquait de livres de référence pour les jeunes passionnés, d’ouvrages présentant la carrière des plus grands cavaliers. Dans tous les sports ça existe, et tous ces jeunes qui se destinent à une carrière de cavalier de haut niveau doivent savoir de quelles manières se sont construits les plus grands champions. Cela m’a donc donné envie d’écrire les livres : Confessions cavalières ; Tu seras cavalier, mon fils : La saga PESSOA et Jours de Conquête (vidéo). »

Parmi ces livres, y en a-t-il un que vous avez plus pris de plaisir à écrire ?

« J’ai pris autant de plaisir à écrire ces trois livres, car ils ont tous leur raison d’être. Le premier, Confessions cavalières, montre la trajectoire de multiples carrières dans le milieu du cheval avec des personnalités d’horizons différents : propriétaires, éleveurs, cavaliers bien sûr, grooms, vétérinaires… Une manière de susciter des vocations, de voir de quelle manière un éleveur a construit la réputation de son élevage, comment une Alexandra LEDERMANN a fait carrière…

Pour le second, Tu seras cavalier, mon fils : La saga PESSOA, j’avais envie de réparer une injustice en quelque sorte… C’était insensé que rien n’ait jamais été écrit sur la famille PESSOA, sur Nelson surtout. Son histoire est complètement incroyable. Neco a aujourd’hui plus de quatre-vingt ans, il n’est pas éternel, et au moins ce livre a le mérite de raconter son histoire mais aussi celle de Rodrigo qui est tout aussi exceptionnelle.

Et le dernier, Jours de Conquête, c’est un livre plus personnel à travers l’histoire de ces médailles d’argent obtenues aux Championnats du monde de Caen en 2014. J’ai toujours eu envie d’écrire des carnets de route. C’est un exercice qui me plaît beaucoup. Alors c’est notre histoire mais également celle de l’équipe de France, de Pénélope LEPREVOST, Kevin STAUT, Simon DELESTRE, Aymeric DE PONNAT… Mais aussi celle de l’entraîneur national Philipe GUERDAT. »

Et lorsque vous êtes devenue mère de famille, votre carrière a-t-elle pris un nouveau tournant ?

« Pas au début, ça s’est plus emballé à partir du moment où Valentine a commencé à approcher l’équipe de France poney. Nous avons dû commencer à rentrer dans un système parce que cela impliquait une certaine organisation. Le circuit poney est un circuit parallèle pour nous qui sommes dans le circuit cheval. Ensuite, il y a eu les Juniors, mais l’Académie DELAVEAU avait déjà commencé à trotter ma tête. »

Comment est née l’idée de l’Académie DELAVEAU justement ?

« Elle résulte d’une multitude de choses. Depuis vingt ans, depuis que je suis avec Patrice, j’ai vu plein de jeunes arriver à haut niveau, à l’image de Pénélope LEPREVOST, de Simon DELESTRE ou encore de Kévin STAUT… Avec Patrice, nous nous sommes toujours dits : « Regarde, il n’y en a pas un qui a suivi le même cursus…». À l’époque de Patrice, c’était déjà comme ça, mais on se disait que c’était normal, que ça correspondait à une époque, mais quand c’est encore le cas une paire d’années plus tard, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ! Ce n’est pas normal qu’on n’ait pas tiré les enseignements et mis en place un système pour permettre aux jeunes d’accéder et de se préparer au plus haut niveau.

Alors attention, c’est très compliqué de mettre cela en place, ce n’est pas une balle de tennis ni un ballon de foot qui sont bien plus simples à gérer au quotidien… Nous sommes dans un système où il faut beaucoup d’argent pour mettre en place ce type de structures. Ce n’est pas simple mais par contre, nous retrouvons toujours cet aléa, ce même problème récurrent qui est de dire : « Tous ces jeunes arrivent à haut niveau un peu comme ils le peuvent…». Alors c’est vraiment celui qui arrive le mieux à jouer des éléments, à avoir le talent, un peu de chance, de l’argent, qui parvient à accéder au haut niveau. Mais il va manquer certains paramètres, alors ils apprennent tous un peu tout seuls avec le système D, à gérer leur entreprise, leur comptabilité, démarcher des sponsors, des propriétaires, parler anglais…

Aujourd’hui, l’athlète moderne comme on le conçoit est un être qui a plusieurs cordes à son arc, qui est à la fois un businessman et un sportif, qui doit se débrouiller pour trouver des chevaux, gérer son écurie et faire tourner sa boutique. On demande à un cavalier beaucoup plus de choses qu’à un joueur de football qui va être pris en charge au sein d’une équipe bien rodée. »

Que va apporter l’Académie Delaveau aux jeunes ?

« L’Académie DELAVEAU va permettre aux jeunes de mener ce double projet, sportif et scolaire, afin de leur offrir une formation vraiment complète. Qu’ils accèdent ou pas au haut niveau, ils auront emmagasiné de nombreuses expériences auprès d’un préparateur physique, d’un préparateur mental, mais aussi de tous les autres intervenants, qui se relaieront toute l’année à l’Académie, propriétaires, éleveurs, journalistes… bref les acteurs de toute la sphère économique qui gravitent autour de l’animal cheval.

Ça sera aussi notre rôle de savoir aiguiller les jeunes en formation vers ce qui leur correspondra le plus, en fonction de leur niveau et de leurs compétences. Si à un moment il faut leur dire : « Écoute, au niveau sportif nous avons tout fait pour te permettre d’accéder à un bon niveau, mais aujourd’hui ce n’est pas forcément là où tu t’épanouiras le plus et que tu pourras gagner ta vie correctement mais en revanche, il y a énormément de métiers autour du cheval, où tu pourrais t’épanouir et vivre de ta passion, tout en continuant à monter en tant qu’amateur pour te faire plaisir », on le fera. »

Aujourd’hui, où en est l’Académie Delaveau ?

« La première rentrée va avoir lieu en septembre prochain. Au niveau de la structure, tout est en place, nous avons le préparateur physique, le préparateur mental, l’école, le pensionnat, les chevaux au Pôle International de Deauville… Une bonne partie des élèves de tous les âges sont inscrits. Cette première année est une année d’apprentissage pour moi aussi, donc je ne voulais pas plus d’une dizaine d’élèves. Parmi ces dix élèves, il y aura également Valentine. Elle sera en terminale. Ça va lui permettre pour la première fois de sa scolarité d’avoir des horaires aménagés, car c’est un combat de tous les jours pour qu’elle puisse monter et travailler correctement ! »

Retrouvez le site internet de l’Académie DELAVEAU ici, pour en apprendre davantage !

Propos recueillis par Raphaël GARBOUJ.
Photo à la Une : Marie-Juliette MICHEL.