A seulement dix-neuf ans, Lucy DESLAURIERS fait ses débuts au plus haut niveau et se lance dans ce qui semble être une belle carrière internationale. Huitième dans le Grand Prix du Rolex Grand Slam à Calgary, la jeune femme qui faisait sa première Coupe des Nations senior en juin a cette année décroché son billet pour la finale à Barcelone après de très belles performances à Dublin et Spruce Meadows. Rencontre avec la seule Américaine ayant réalisé un sans-faute lors de la première manche de la finale en Espagne, et semble bien être dotée du même talent que ses parents.

Peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Lucy DESLAURIERS, j’ai dix-neuf ans et je viens de New-York. Je m’entraîne avec mon père Mario DESLAURIERS mais aussi avec Mclain WARD. Mon père venant du Canada francophone, je comprends un peu le français mais je ne le parle pas beaucoup, j’arrive quand même à un peu suivre des conversations. »

Comment as-tu commencé à monter ?

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« Ma mère, Lisa TARNOPOL DESLAURIERS, a grandi en montant et elle a fait partie de l’équipe des Etats-Unis, et avec mon père cavalier, c’est comme ça que j’ai commencé à monter à mon tour. J’ai en quelque sorte grandi autour des chevaux et monté toute ma vie. J’ai commencé à poney mais en hunter, je n’ai jamais fait de saut d’obstacles à poney. Je regardais quelques épreuves de poney au CSIO de Dublin et je me disais que j’aurais vraiment aimé en faire, on a vraiment l’air de s’amuser ! »

Beaucoup de grands cavaliers américains ont commencé avec le hunter, est-ce obligatoire là-bas ?

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Lucy Deslauriers et Hester lors de la Coupe des Nations de Dublin © M-J MICHEL

« Commencer avec du hunter fait à mon avis partie du système américain, ça vous apprend beaucoup de choses quant au style et à la position, à l’exécution de parcours basiques, à connaître toutes les bases. On est aussi nombreux à faire ce que l’on appelle en anglais, de « l’équitation » sur chevaux lors de nos dernières années junior. J’en ai fait de mes quatorze ans jusqu’à environ dix-sept, et c’est beaucoup concentré sur le style et l’exécution. Les parcours sont assez similaires à ce que l’on saute à plus haut niveau mais juste à une hauteur moindre. Le hunter et l’équitation permettent clairement d’acquérir les bases et fondements de ce que l’on utilise ensuite à plus haut niveau. »

Peux-tu nous parler de tes deux chevaux ?

« J’ai Hester depuis cinq ans, je l’ai eu quand on sautait assez bas et il venait juste d’avoir huit ans : on a vraiment progressé ensemble jusqu’à ce niveau. C’était un peu un scénario inattendu avec lui, on a commencé à sauter des épreuves à 1.20m quand j’avais douze ans et maintenant on est dans les plus grosses Coupes des Nations du monde et ce n’est pas quelque chose que l’on pouvait prévoir quand j’ai commencé avec ce cheval à un si jeune âge. On a pris notre temps, on voyait ce qu’on pouvait faire et jusque-là il a fait tout ce qu’on lui demandait ! On a une relation assez spéciale je pense, parce que ça fait longtemps que je le monte et comme on a gravi les échelons ensemble, on se fait beaucoup confiance et à mon avis ça nous aide pour accomplir tout ce qu’on a fait, comme nos résultats lors de la Coupe des Nations de Dublin. Grâce à lui j’ai l’opportunité de concourir à ce niveau à un si jeune âge. C’est une perle rare et je suis très chanceuse qu’il soit un cheval de CSI 5*.

Quant à Kaspara, je l’ai eue à la fin de l’année dernière et je n’ai fait que quelques concours avec. Elle a eu une petite blessure l’hiver dernier donc elle est encore assez nouvelle pour moi et on est encore en train d’apprendre à se connaître. Je l’ai d’ailleurs montée à Spruce en U25 et deux semaines avant nous étions au CSI 3* de Bromont où elle a commencé à faire des 1.50m. C’était une bonne expérience de prise avec elle donc j’ai hâte de mon futur avec ! Elle n’a que neuf ans donc elle est encore assez verte, mais on espère qu’elle pourra sauter des plus grosses épreuves et faire du CSI 5*. Après, on ne peut jamais vraiment savoir, avec les chevaux il faut juste être patient, travailler avec eux et espérer que tout se passe bien. »

Que représentent les études pour toi, puisque tu continues à aller à l’école ?

« J’ai toujours été en cours à plein temps, je n’ai jamais fait de cursus en ligne ou une autre forme de scolarité. L’éducation et l’instruction sont des choses très importantes pour ma famille et ça a toujours été la priorité, et le cheval ensuite, même si mes parents étaient dans le sport. Pour l’instant le programme est que j’aille à l’université pendant les quatre prochaines années pour élargir mes horizons, avoir plusieurs cordes à mon arc et ensuite voir ce que je veux faire. Aujourd’hui j’adore monter et je n’arrive pas à m’imaginer sans faire ça mais on ne sait jamais. »

Peux-tu nous parler de tes débuts en Coupe des Nations senior ?

« J’ai fait ma première Coupe des Nations senior en juin cette année. J’ai aussi monté pour les Etats-Unis à Paris au Saut Hermès dans l’équipe U25 en 2015 et j’ai aussi fait pas mal de Jeunes Cavaliers et Juniors dans ma zone (New-York, New Jerset et Pennsylvanie) : pour les championnats et autres compétitions par équipes, on nous divise avec ces régions donc j’ai pu être dans pas mal d’équipes pour ma zone. Je vais aller à l’école pour les quatre prochaines années donc je vais être assez occupée avec ça, mais j’espère pouvoir avoir l’opportunité de représenter les Etats-Unis au niveau 5*. C’est vraiment une expérience incroyable que de représenter son pays et monter pour quelque chose de plus grand que juste soi-même et son cheval : c’est un sentiment spécial et j’ai hâte de continuer avec ça ! »

Qu’est-ce que cela te fait de monter aux côtés de grands cavaliers ?

« C’est assez incroyable d’avoir des grands cavaliers tels que Laura KRAUT dans la même équipe que moi. A vrai dit, j’ai grandi alors que ma mère et elles étaient dans la même équipe, et pouvoir concourir avec elle à Dublin est plutôt spécial ! Je suis très honorée de pouvoir monter contre les personnes que j’ai idolâtrées en grandissant !

J’étais à Spruce Meadows en 2016, ce qui était une expérience plutôt cool et à ce jour, je me surprends toujours à regarder autour de moi au paddock : je ne me lasse jamais d’être entourée de cavaliers incroyables comme Steve GUERDAT et bien d’autres ! J’étais assez impressionnée les premières fois il y a quelques années comme à Calgary, mais j’ai aussi grandi avec mes parents au-devant de la scène internationale donc j’y ai été en quelque sorte exposée. »

Ta famille t’accompagne-t-elle d’ailleurs lors des concours ?

« Toute ma famille était avec moi à Dublin en août dernier parce que c’est une opportunité incroyable de monter pour les Etats-Unis à ce concours. Des fois quand les compétitions sont plus près de la maison comme au Canada ou d’autres endroits, il n’y a que moi, mon père et nos chevaux, mais c’est sympa que tout le monde vienne. »

A Dublin tu faisais partie d’une équipe entièrement féminine, ce qui est assez rare en Europe où il y a souvent des équipes uniquement composées d’hommes.

« Je pense que pour nous aux Etats-Unis c’est assez normal, on a beaucoup d’équipes totalement féminines et à tous les niveaux : Juniors, Jeunes Cavaliers et évidemment CSI 5* avec les Seniors. C’est quelque chose que notre pays fait depuis de nombreuses années, ma mère était d’ailleurs dans la toute première équipe de femmes il y environ trente ou quarante ans. C’est vraiment une chose à laquelle on est habitué mais on peut voir que beaucoup de pays n’ont pas encore ça et trouvent que ça vaut la peine d’en parler dans les médias, ou que c’est choquant. Je me sens privilégiée de faire partie d’une équipe et d’un pays qui nous donne ces opportunités et les normalise. »

Est-ce que le fait d’être une femme influence ton choix de chevaux ?

« Je pense que pour tout cavalier, lorsque l’on recherche un cheval il est important de connaître ses forces et ses faiblesses, mais aussi le type de cheval qui nous correspond. Au final, être une femme ne change pas ce que je recherche en tant que cavalière dans un cheval par rapport à un homme, et en fin de compte ce n’est pas tellement le sexe qui compte mais plutôt se connaître soi-même en tant que cavalier et trouver le cheval avec lequel on peut créer un lien. »

Quels sont tes projets pour le futur ?

« Comme je reprends les cours, je vais devoir jongler avec ça et les concours, et je vais probablement faire une pause de quelques mois avec l’équitation pour me concentrer sur tout ce qui est académique. Ensuite il y a de fortes chances que je reprenne cet hiver avec la Floride et Wellington. »

L'équipe américaine au CSIO 5* de Dubin
L’équipe américaine 100% féminine composée de Laura KRAUT, Lilie KEENAN, Lauren HOUGH et Beezie MADDEN, vainqueur de la Coupe des Nations du CSIO 5* de Dublin en 2017 © M-J MICHEL

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL.